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2021, un avant-goût amer du changement climatique pour l’agriculture française

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Publié le 07 septembre 2021

ENVIRONNEMENT

Épisodes dramatiques de gel sur les vignes, inondations qui retardent la moisson du blé, incendies qui ravagent les cultures… L’année agricole 2021 se place sous le signe du changement climatique. Entre une baisse des rendements et de la qualité, les agriculteurs français entrevoient les effets de la crise. Si ces derniers tentent de s’adapter, ils demandent d’urgence une réforme de l’assurance avant qu’il ne soit trop tard. 

“C’est l’été le plus humide de ma carrière. C’est la première fois que je fais ma rentrée en n’ayant pas fini ma moisson”. Le Président des chambres d’agriculture, Sébastien Windsor, n’est pas un cas à part. Comme pour de nombreux céréaliers, les pluies du début de l’été ont considérablement grevé les rendements. La moisson 2021 devait pourtant être l’une des meilleures de ces dernières années. Finalement, la récolte reste “décevante” selon le cabinet de conseil Agritel, “elle n’atteint pas la moyenne des dix dernières années”. 

Au-delà des volumes, c’est surtout la qualité qui n’est pas au rendez-vous. “Les intempéries à répétition pendant l’été 2021 ont pénalisé le bon remplissage des grains et en ont dégradé la qualité”, explique Michel Portier, directeur général du cabinet Agritel, qui évoque “une vraie déconvenue”. Résultat : des blés pas aux normes pour la meunerie et de mauvaises surprises. “Un camion parti de mon exploitation a été vendu 235 euros la tonne. La décote a été de 30 euros la tonne” à son arrivée au port de Rouen, explique Christophe Hillairet, céréalier dans les Yvelines. Son blé, initialement destiné à la meunerie, a finalement été déclassé en blé fourrager pour l’élevage.

Qualité et quantité en baisse 

Heureusement, “les acheteurs sont moins regardants en ce moment. Les marchés sont porteurs car les récoltes mondiales ont été globalement mauvaises”, explique Luc Servant, vice-président des Chambres d’Agriculture et président de la chambre régionale Nouvelle Aquitaine. Reste que les effets du changement climatique ont impacté de multiples cultures cette année entre le gel intense du mois d’avril, les inondations au début de l’été et les incendies. La viticulture enregistre une année “historiquement faible” avec une baisse des rendements de 20 à 30 % à 2020.

Or la situation ne devrait pas s’améliorer. “Avec le réchauffement climatique, nos vignes, et notamment nos chardonnay, qui sont précoces, font leurs bourgeons bien plus tôt qu’avant. Un coup de gel par-dessus, et c’est toute la récolte qui peut être compromise, comme ça a été le cas en 2017”, résume dans La Montagne Benoît Montel qui exploite 10 hectares de vignes entre Riom et Clermont-Ferrand. À cela s’ajoutent les incendies qui ont par exemple brûlé 1 000 hectares de vignobles dans le Var. Les apiculteurs ne sont pas en reste. Leur production a chuté de deux tiers à cause des conditions climatiques. Les températures clémentes de l’hiver ont favorisé le développement des ruches qui ont subi de plein fouet le froid glacial du printemps.

Réforme de l’assurance

“On voit clairement cette année que la France n’est pas à l’abri du changement climatique”, analyse Sébastien Abis, directeur du club Demeter et chercheur associé à l’institut des relations internationales et stratégiques (Iris). “La France agricole doit accélérer sa transition pour qu’elle puisse rester performante à l’heure où le changement climatique complexifie l’équation”, estime le chercheur pour qui l’agriculture française est à la fois responsable de la crise climatique, victime mais aussi vectrice de solutions. “Il faut du temps pour que le monde agricole change, on est sur des cycles longs. Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton comme dans une usine”, défend-il. 

Si les agriculteurs tentent de s’adapter au changement climatique en diversifiant leur culture, en semant plus tôt pour éviter les sécheresses d’été ou en misant sur des variétés moins sensibles, ils attendent fermement une réforme de l’assurance agricole. “Avec la multiplication des catastrophes, il y a un vrai que les assureurs ne couvrent plus le secteur agricole”, estime Luc Servant. Dans un rapport parlementaire rendu en juillet à l’issue du Varenne agricole de l’eau, le député Frédéric Descrozaille plaidait pour un système assurantiel reposant à la fois sur l’État et les assureurs privés. “On ne peut pas demander aux agriculteurs de prendre seul en charge les conséquences du changement climatique”, estime-t-il.

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