La COBEL Academy propose des Webinaires & Master Class

5 livres pour comprendre la Décroissance

La décroissance a refait son apparition dans la sphère médiatique depuis quelques années déjà. Face à une croissance synonyme de bien-être, de progrès, et de développement des sociétés, le mouvement décroissant tente de proposer un nouveau modèle hors de cette recherche absolue de croissance.

Le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution, la vulnérabilité croissante des populations, les conséquences de cette croissance généralisée prônée depuis les balbutiements de la société industrielle montrent les failles de ce système économique.

Apparue dès 1972 dans un dossier du Nouvel Observateur écrit par le journaliste et penseur de l’écologie politique André Gorz, le terme de décroissance fait d’abord écho au rapport du Club de Rome sorti la même année et intitulé Les limites de la croissance.

Partant de la formule maintenant médiatique « d’une croissance infinie dans un monde fini », les auteurs de la décroissance ont depuis théorisé plus précisément cette notion, proposant un concept politique, économique et social dans un but de réduction drastique de la consommation. Le tout afin de ne pas surexploiter l’environnement, et ainsi le préserver. Une critique qui aborde dans un premier temps les limites physiques de la planète. La consommation de ressources telle qu’on l’a connait aujourd’hui n’est pas soutenable, entraînant déjà des pénuries (eau douce, minerais, alimentaires…)

Puis dans un deuxième temps les penseurs ont développés une pensée critique culturelle de la société industrielle. Ivan Illich, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Serge Latouche, André Gorz (pour ne citer qu’eux) ont tenu à questionner plus largement cette notion d’accumulation sans fin et de progrès irraisonné. 

Youmatter vous propose 5 livres à lire afin de mieux comprendre ce concept de décroissance !

1 – Qui sont les auteurs et autrices de la décroissance ? – Aux origines de la décroissance: Cinquante penseurs

Dans ce livre sorti en 2017, sont dressés les portraits de 50 penseurs et penseuses de la décroissance.  Simon Weil, Albert Camus, Hannah Arendt, même si ces intellectuels ne se revendiquaient pas de la décroissance, ils ont participé à cette critique de la société capitaliste et de la surconsommation. Une levée de boucliers commune existante depuis le XIXe siècle contre les inégalités, la destruction de l’environnement, l’atteinte à la santé humaine, et le progrès technologique irréfléchi. 

Ce livre est un moyen de découvrir ces théoriciens de la décroissance au travers de portraits didactiques retraçant les grandes réflexions de ces auteurs, proposant également une courte bibliographie et un choix de lectures afin d’approfondir ses connaissances personnelles. 

Aux origines de la décroissance

Aux origines de la décroissance: Cinquante penseurs, Cédric Biagini, David Murray et Pierre Thiesset, L’échappée, 2017, 300 p., 22 €.

2 – Un monde fini – La décroissance : Entropie – Ecologie – Economie

Né le 4 février 1906 en Roumanie, Nicholas Georgescu-Roegen est un économiste et statisticien, fondateur de la pensée décroissante. Il développera notamment le concept de bio-économie, s’attelant à faire du vivant et de l’environnement un objet d’étude pour l’économie. Il considère très tôt que cette discipline scientifique ne peut décrire le monde si elle s’en tient à une représentation « mathématique » des relations économique. Dès 1971, il publie un ouvrage majeur de la décroissance The Entropy Law and Economic Process, traduit plus tard en français par Entropie – Ecologie – Economie. 

Il emprunte à la physique les principes de la thermodynamique pour développer sa pensée économique, qui contrairement aux théories de l’époque jusqu’alors cantonné à des circuits d’échanges entre producteurs et consommateurs, intègre les enjeux environnementaux. Le premier principe considère que toute énergie ne peut être créée ou détruite, suivant la célèbre phrase d’Antoine Laurent Lavoisier (1743 – 1794), « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

À partir de ce constat, il applique à son économie le deuxième principe de la thermodynamique : l’entropie, c’est-à-dire l’irréversibilité des phénomènes physiques. Une fois brûlé, le bois qui avait une valeur marchande ne vaut plus rien.

Il en déduit que l’économie ne peut se soustraire à son environnement. Calculer l’ensemble des bénéfices et désavantages d’une activité humaine revient à intégrer les déchets non réutilisables, incluant autant l’exploitation des ressources que la pollution rejetée par la production et la consommation de ces dernières. 

À la lumière de ces éléments, l’économiste conclut que le rythme actuel de consommation n’est pas soutenable pour la planète. Il considère que la lutte pour l’environnement doit se faire à partir d’une logique rationnelle : la consommation des ressources ne peut être supérieure à la capacité de l’environnement à se renouveler et à absorber les pollutions.

En outre, un contrôle accru de la pollution ne peut qu’entraîner une plus grande consommation de ressources. Il rejette donc en partie l’idée d’un progrès technique infini. La société ne pourra trouver éternellement une nouvelle forme d’énergie, de nouvelles ressources exploitables, de nouvelles innovations afin de se soustraire à la crise environnementale.

telecharger

La Décroissance – Entropie – Ecologie – Economie, Nicholas Georgescu-Roegen, Sang de la Terre, 2020, 302 p., 25,00 €.

3 – Le premier rapport international contre la croissance – Les limites à la croissance

Seulement quatre ans après les grands mouvements de contestations en 1968 contre la société de consommation destructrice, sort un rapport de chercheurs du renommé Institut de technologie du Massachusetts (MIT) appelant à une « halte à la croissance ». 

Ce rapport commandé par le Club de Rome, un groupe de réflexion composé de scientifiques, de fonctionnaires et d’industriels, tente de démontrer les effets négatifs de la croissance, autant sur l’environnement que sur les populations grâce à un modèle de dynamique des systèmes nommé world 3

À partir des données récoltés par le modèle, les auteurs Dennis Meadows, Donella Meadows et Jørgen Randers, ont pointé 5 problèmes principaux à la croissance : 

  1. l’accélération de l’industrialisation ;
  2. la croissance forte de la population mondiale ;
  3. la persistance de la malnutrition mondiale ;
  4. l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables ;
  5. la dégradation de l’environnement.

Evidemment, certains constats sont aujourd’hui à nuancer, notamment en ce qui concerne la forte croissance de la population mondiale. Mais ce rapport fut un point d’appui important des mobilisations pour l’environnement, offrant une légitimité scientifique à la critique de la croissance capitaliste. 

les limites a la croissance 645x1024 1

Les Limites à la croissance, Dennis Meadows, Donella Meadows et Jørgen Randers, Rue de l’échiquier, 2017, 488 p., 12,50 €.

4 – Le gros mot – La décroissance

Economiste français et professeur émérite de l’Université Paris-Sud, Serge Latouche est un des penseurs français principaux de la décroissance. Pour lui, la « Décroissance » est un « slogan provocateur » sciemment utilisé pour faire parler de lui. Un gros mot censé crisper les partisans de la croissance et participer au changement des imaginaires. 

Dans ce livre au titre explicite, Serge Latouche vulgarise ce projet décroissant de société et les débats qui l’entourent. Car au-delà d’être un argument subversif, la décroissance est pour l’économiste « un art de vivre bien, sobrement, en accord avec le monde, un art de vivre avec art ».

51cuCYpV0wL. SY291 BO1204203200 QL40 ML2

La décroissance, Serge Latouche, Que sais-je ?, 2019, 129 p., 9 €.

5 – Frugalité et décroissance, La convivialité d’Ivan Illich

Ivan Illich, philosophe et penseur de l’écologie politique, est considéré comme un des intellectuels majeurs de la décroissance politique. La convivialité, titre de son livre sorti initialement en 1973, vise autant à critiquer la société industrielle qu’à proposer la construction d’une société d’après-développement frugale et conviviale. 

Pour Ivan Illich, la société conviviale est « une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l’homme contrôle l’outil ». Dans l’état actuel, l’outil de la société industrielle, qu’il soit technique (machine, informatique) ou institutionnel (état, entreprise), rend esclave son utilisateur.

Le travailleur ne travaille plus pour lui-même, mais perd en autonomie et devient dépendant d’une chaîne de production où il n’a aucun contrôle. Finalement, il ne répond qu’à des objectifs, financiers ou politiques, qui le dépassent.

Le philosophe développera des concepts clefs de la décroissance, notamment celui de la contre-productivité, où Ivan Illich démontre l’existence d’un seuil critique où les institutions se mettent inconsciemment des bâtons dans les roues. Pour illustrer ce concept de contre-productivité, il prend l’exemple du réseau routier.

Alors que la voiture est censée permettre de se déplacer plus rapidement, le trafic actuel et les embouteillages ralentissent au contraire les citoyens. La dépendance à la voiture engendrée par notre mode de vie dessert l’objectif premier de l’automobile et de la construction de voies rapides.

Pour lui, son « austérité joyeuse » qu’il développe dans son livre permettra aux sociétés de réellement s’émanciper, de produire des « outils conviviaux » et donc, in fine, de s’humaniser.

116818 couverture Hres 0 621x1024 1

La Convivialité, Ivan Illich, Seuil, 2014, 160 p., 7,50 €.

Image par Rinaldo Imperiale de Pixabay

Dans ce monde complexe qui se dessine devant nous…

…nous sommes plus que jamais déterminés à décrypter et analyser tous les grands phénomènes qui agitent nos sociétés. A mettre sur le devant de la scène de l’information fact-checkée, basée sur la science, sans a priori et sans concession. A fournir aux citoyens de meilleures clefs de compréhension et d’action dans un monde en transition.
Pour fournir une information indépendante, de qualité, disponible au plus grand nombre et sans publicité pour le nouveau 4×4, nous pensons que l’information doit être libre.
Mais cela ne peut se faire sans vous.

Nous avons besoin de vous pour construire avec nous une information de qualité et gratuite pour tous, pour la diffuser, pour la partager autour de vous, mais aussi pour nous aider à préserver notre indépendance financière.
Chaque fois que vous contribuez par exemple à hauteur de 50 euros (17 euros après déduction fiscale), ce sont 2 000 citoyens qui sont mieux informés sur des sujets d’avenir.

Merci d’avance, en espérant continuer longtemps à construire avec vous une information digne de notre avenir,

L’équipe éditoriale de Youmatter.

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article