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À dix jours de la COP26, des documents révèlent un intense lobbying anti-climat de la part de certains États

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Publié le 22 octobre 2021

ENVIRONNEMENT

Ces documents destinés au Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, demandent à minimiser la nécessité de réduire le recours aux combustibles fossiles ou la consommation de viande. Ils remettent aussi en question le soutien des pays développés aux pays en développement. L’Arabie saoudite, l’Australie, le Japon ou encore la Suisse font partie des États qui mènent cet intense lobbying anti-climat.

Six ans après l’Accord de Paris, et alors que les États du monde entier sont attendus à la COP26 de Glasgow pour relever leur ambition climatique, une fuite de documents révèle un intense lobbying contre la fin des énergies fossiles, la réduction de la consommation de viande ou encore l’aide aux pays les plus pauvres. Ces 32 000 documents consultés par Unearthed, l’équipe de journalistes de Greenpeace, et la BBC, étaient destinés au Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui finalise son nouveau rapport d’évaluation.

L’Arabie saoudite, l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde, soutenu par l’Argentine et la Norvège, demande aux scientifiques de l’Onu de supprimer leur conclusion selon laquelle “les efforts de décarbonisation dans le secteur des systèmes énergétiques doivent être axés sur le passage rapide à des sources sans carbone et sur l’élimination progressive des combustibles fossiles“. L’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), quant à elle, appelle à supprimer la conclusion : “Si le réchauffement doit être limité à 2°C, environ 30 % du pétrole, 50 % du gaz et 80 % des réserves de charbon resteront incombustibles”.

Énergies fossiles, CSC et 100 milliards

L’Australie, grand exportateur de charbon, ou encore le Japon, grand consommateur de charbon, rejettent pour leur part la conclusion selon laquelle il est nécessaire de fermer progressivement les centrales électriques au charbon. Et de nombreux pays, parmi lesquels la Norvège, soutiennent en outre que le captage et stockage de CO2 (CSC), une technologie qui n’est pas encore mature et très coûteuse, soit davantage mise en avant comme outil potentiel de réduction des émissions provenant des combustibles fossiles. 

Le Brésil et l’Argentine, deux des plus grands producteurs de viande bovine et de cultures fourragères, s’opposent quant à eux fermement aux preuves contenues dans le projet de rapport du Giec selon lesquelles la réduction de la consommation de produits carnés est nécessaire pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Ils demandent aux auteurs de supprimer ou modifier certains passages faisant référence aux “régimes à base de plantes” ou qui décrivent le bœuf comme un aliment “à forte teneur en carbone”.

L’aide des pays riches aux pays pauvres, scellée à Copenhague en 2009 et pilier de l’Accord de Paris, est également remise en cause. Les pays développés s’étaient engagés à fournir 100 milliards de dollars par an aux pays en développement d’ici 2020, un objectif qui n’a pas encore été atteint. Or, un grand nombre des commentaires de la Suisse visent à modifier les parties du rapport qui affirment que les pays en développement auront besoin du soutien, notamment financier, des pays riches pour atteindre les objectifs de réduction des émissions.

Inquiétudes pour la COP26 

Les commentaires des gouvernements qui ont fuité sont toutefois en grande majorité conçus pour être constructifs et pour améliorer la qualité du rapport final, note la BBC. Et les scientifiques du Giec n’ont aucune obligation de les intégrer dans leurs rapports. Ils font simplement partie du processus. “Si les commentaires relèvent du lobbying, s’ils ne sont pas justifiés par la science, ils ne seront pas intégrés dans les rapports du GIEC“, explique ainsi la climatologue Corinne le Quéré à la BBC.

Mais à moins de dix jours de l’ouverture de la COP26 sur le climat, ces prises de position mettent en doute la volonté de certains à s’inscrire dans la logique de l’Accord de Paris. Elles risquent en outre de cristalliser les tensions alors que la méfiance des pays en développement envers les pays développés est à son apogée. La conférence des Nations Unies est décrite comme la “dernière chance au monde de maîtriser le changement climatique”.    

Concepcion Alvarez @conce1

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