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A quoi ressembleraient nos vies si la tonne de CO2 coûtait 100€ ?

100€ c’est le prix qu’il faut donner à la tonne d’équivalent CO2 pour espérer diviser par 4 les émissions de GES françaises d’ici 2050. Qu’est-ce que cela changerait dans notre quotidien ? 

Les experts scientifiques le répètent : il est plus qu’urgent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) pour limiter le réchauffement climatique. Et si pour y parvenir, on taxait le carbone émis ? C’est un choix qu’ont fait plusieurs pays : du Mexique où la tonne de CO2 coûte un dollar, à la Suède où en elle coûte 100. La France a elle aussi adopté une taxe carbone en 2014. Le prix d’une tonne équivalent CO2 en France aujourd’hui s’élève à 44,60€. Il était censé augmenter jusqu’à 100€ à la fin de la décennie. Cela correspond au prix estimé du CO2 qu’il faudrait mettre en place pour atteindre l’objectif national de diviser par 4 les émissions de GES d’ici 2050. Un Français émet, en moyenne, 11 tonnes équivalent CO2 par an. A quoi ressembleraient nos vies si la tonne de CO2 coûtait 100€ ? Devrions-nous tous débourser 1100€ chaque année ?

Pour être efficace et juste, une taxe carbone ne fonctionne pas seule. Elle doit s’accompagner de mécanismes de redistribution pour éviter que les ménages les plus modestes soient pénalisés. Des études ont montré, qu’en effet, la taxe carbone pesait plus sur les ménages pauvres que sur les ménages riches. Les politiques publiques doivent aussi mettre en place des alternatives bas-carbone pour satisfaire les nouvelles demandes des citoyens, quelle que soit leur localisation. Que changerait une telle taxe ? Devrions-nous faire des sacrifices ? Quels choix serions-nous amenés à faire ? Imaginons nos vies si la tonne de CO2 coûtait 100€.

Précision : Dans cet article, nous parlerons de tonne équivalent CO2, ce qui n’est pas la même chose qu’une tonne de carbone. 1 kg de CO2 contient 272,7 g de carbone. Donc pour passer de carbone à CO2, il suffit de multiplier par 4 environ. 

A la maison

Ce qui consomme le plus d’énergie dans un habitat, c’est le chauffage. C’est aussi lui qui est susceptible de générer le plus de gaz à effet de serre. Se chauffer au fioul, par exemple, émet près de 9 tonnes équivalent CO2 par an. Chauffer son logement au gaz naturel en émet 7. Se chauffer à l’électricité en émet seulement 2 avec le mix énergétique français. Avec une taxe carbone, utiliser ces moyens de chauffage pourrait revenir respectivement à 900€, 700€ et 200€ par an. 

Changer de mode de chauffage est une opération lourde qui demande un changement d’installation. Pour que la taxe carbone ne soit pas qu’une pénalisation des ménages qui se chauffent au fioul, il faut donc l’accompagner d’aides. L’ADEME, dans un scénario “climat-énergie” pour diviser par 4 nos émissions d’ici 2050, propose d’aider à la rénovation de tout le parc d’ici 2050 (27 millions de logements). Cette rénovation comportera l’isolation des bâtiments pour faire baisser la facture énergétique des ménages (et donc la taxe carbone !). Il s’agira aussi de passer à des modes de chauffage neutres ou bas-carbone comme le bois-énergie ou l’électricité renouvelable. L’ADEME prévoit aussi la construction de bâtiments neufs à énergie positive, c’est-à-dire des bâtiments qui consomment moins d’énergie qu’il n’en produisent. 

Dans les transports

Les transports sont le premier poste d’émissions de GES en France et seront donc fortement impactés par une taxe carbone. Pour parcourir 15 000 km, une voiture à essence de petite cylindrée émet 3 tonnes équivalent CO2 alors qu’une voiture de grosse cylindrée en émet 7,2. Un RER, lui, émet 128 kg équivalent CO2. 

Avec une taxe carbone de 100€, les voitures polluantes seraient donc bien plus chères qu’aujourd’hui. Si on prend une durée de vie moyenne de 200 000 km pour une voiture, on pourrait alors imaginer que le malus à l’achat sur une grosse cylindrée serait de 9600€. Cette taxe pourrait financer des aides à l’achat de voitures électriques ou au biogaz pour les citoyens vivant en zone rurale, par exemple. Posséder une voiture deviendrait si coûteux que des pratiques de partage de véhicules pourraient devenir communes. Grâce à des politiques publiques de soutien, les transports en commun, le vélo ou la marche deviendraient les modes de transport privilégiés dans les grandes et moyennes villes. 

Pourrait-on encore prendre l’avion dans un monde avec la tonne de carbone à 100€ ? Parcourir 15 000 km en court-courrier (10 aller-retours Paris-Marseille) émet 4,4 tonnes équivalent CO2. Parcourir la même distance en avion long-courrier (un aller-retour France-Etats-Unis) émet 3,3 tonnes équivalent CO2. Voyager en avion serait donc toujours possible mais serait à réserver pour des occasions exceptionnelles, pour des longues distances lorsque aucune autre alternative n’est possible. Les vols intérieurs deviendraient très chers et beaucoup moins intéressants que d’autres modes de transports comme le train. Par exemple, un aller-retour Paris-Marseille en avion coûterait 50% plus cher qu’aujourd’hui. Ces vols seraient donc amenés à disparaître progressivement.  

Dans l’assiette

Notre alimentation est aussi à même de changer fortement avec l’instauration d’une taxe à 100€. Produire une tonne de blé émet 400 kg d’équivalent CO2 alors que produire une tonne de viande de volaille en émet près de 4 tonnes. Produire une tonne de viande de bœuf est encore plus polluant avec près de 15 tonnes d’équivalent CO2. Notre alimentation serait donc amenée à se végétaliser. Manger de la viande sera toujours possible mais plus rare. Le scénario de l’ADEME propose, en effet, de diminuer de 40% la consommation quotidienne de viande et d’augmenter celle de fruits et légumes de 25%.

Avec cette taxe carbone, la provenance des aliments aurait également une influence sur leur coût. Faire venir une tonne de mangues d’Afrique du Sud en avion émet près de 12 tonnes d’équivalent CO2. Importer une tonne de fruits d’Espagne en semi-remorque émet 130 kg d’équivalent CO2. Une tonne de pommes du maraîcher local voyageant en utilitaire léger émet seulement 11 kg d’équivalent CO2. Manger local et de saison serait alors moins coûteux pour le consommateur. 

Au travail

Indirectement, cette taxe carbone pourrait même faire évoluer nos métiers. Prenons l’exemple du secteur du bâtiment. Produire une tonne d’acier émet environ 3 tonnes équivalent CO2. Produire une tonne de bois issu de forêts gérées durablement permet de stocker près de 3 tonnes d’équivalent CO2. Construire en acier deviendrait alors coûteux alors que la construction en bois se développerait, bénéficiant de subventions. L’ADEME, dans ce même scénario, estime que les secteurs des centrales nucléaires et thermiques, des énergies fossiles et de l’automobile perdraient des emplois alors que ceux de l’électricité renouvelable, des transports collectifs et du tertiaire embaucheraient massivement. En outre, l’ADEME a calculé que, dans un tel scénario, 825 000 emplois seraient créés, le PIB gagnerait 3 points et le revenu disponible des ménages augmenterait. 

Des vies bas-carbone grâce à la taxe ? 

A elle toute seule, une taxe carbone de 100€ sur la tonne d’équivalent CO2 ne règlera pas tous les problèmes. Il faut l’accompagner de mesures de redistribution et de politiques publiques fortes pour amorcer un changement de comportements sociaux mais aussi de l’économie. La taxe carbone est cependant un outil à manier avec précaution car elle peut souvent renforcer les inégalités. C’est, par exemple, l’augmentation de la taxe carbone française qui avait (entre autres raisons) amené les Gilets Jaunes dans la rue.

Photo de recha oktaviani sur Unsplash

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