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À Volvic, l’accès à l’eau fait des remous face au réchauffement climatique

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Publié le 22 juin 2021

ENVIRONNEMENT

À Volvic, la nappe phréatique s’est vidée de 30% depuis les années 80. Alors que le géant de l’eau minérale, Volvic, propriété de Danone, puise sa ressource dans les réserves du territoire, un pisciculteur est contraint de faire cesser son activité par manque d’eau. L’entreprise maintient qu’elle n’y est pour rien, et tente de réduire sa consommation d’eau à coups d’investissements colossaux et d’innovation.

Il faut cinq ans à une goutte de pluie pour traverser les couches géologiques et se transformer en eau minérale naturelle Volvic“, met en avant la marque au volcan, du groupe Danone. L’eau minérale est une ressource précieuse. En France, sur 40 000 captages d’eau souterraine d’eau potable, seuls 90 sont de l’eau minérale.

Mais avec le réchauffement climatique, celle-ci se fait encore plus rare. La température moyenne à l’année dans le Puy-de-Dôme a ainsi augmenté de 2,2 °C depuis les années 80, diminuant la capacité de la nappe phréatique de 30%. La situation provoque des tensions entre les riverains et le géant de l’eau minérale. Selon les informations communiquées par Danone Eaux France, le site de Volvic est autorisé à prélever 2,8 milliards de litres d’eau par an sur la capacité totale du gisement. Soit “seulement” 22% des réserves de la nappe. 

Conflit avec les riverains

Mais à un peu plus d’un kilomètre de l’usine d’embouteillage, la pisciculture de Saint-Genest-l’Enfant, classée monument historique, manque d’eau, à tel point qu’elle a dû cesser son activité depuis 2018. C’est pourtant ici que jaillit l’eau Volvic après son périple au cœur des roches. Et le constat a été mis en avant par des scientifiques. Selon Robert Durant, expert géologue de la région, alors que l’eau en bouteille est commercialisée depuis 1935, entre 1927 et aujourd’hui, le débit de l’eau est passé de 470 litres par seconde à 50.

Une expertise a été demandée et financée par Danone pour expliquer la baisse des écoulements”, explique Cathy Le Hec, Directrice Ressources en Eaux de Danone France qui assure que les conclusions seront communiquées dès la publication du rapport. Mais ce dernier a déjà fuité dans la presse. Selon l’Agence France Presse, le rapport conclut à “une relation souterraine entre les forages exploités pour l’eau de Volvic et la source Gargouilloux“. 

En mars, environ 300 personnes se sont rassemblées dans les rues de Volvic pour demander un meilleur partage de l’eau. L’association Eau Bien Commun 63 exigeait la baisse des prélèvements de l’eau par Volvic, dont près de 70% de la production part à l’export, notamment en Allemagne, au Japon et en Grande-Bretagne.

Volvic optimise ses prélèvements

L’entreprise dément les accusations. “Volvic a toujours prélevé moins d’eau que ce qu’elle n’était autorisée à le faire”, justifie Cathy Le Hec. “Et depuis 2015, nous avons baissé de 14% nos prélèvements, et nous poursuivons dans ce sens”, précise-t-elle.

Pour économiser l’eau, Danone a d’ailleurs misé sur l’innovation. Près de 6 millions d’euros ont permis d’optimiser l’opération de mise en bouteille, afin de limiter les pertes en remplissant les contenants à la goutte près. Volvic lance parallèlement un projet pilote de réutilisation des effluents, visant, par le biais de roseaux, à nettoyer et filtrer naturellement l’eau usée afin de la réutiliser pour le nettoyage des machines. Le système, qui permettrait à terme de fonctionner en circuit fermé, nécessite un investissement évalué à 5 millions d’euros sur les trois prochaines années. Ces opérations visent des objectifs concerts. Alors qu’aujourd’hui, pour vendre un litre d’eau, Volvic en utilise 1,4, l’ambition est de n’en prélever qu’1,15 d’ici 2025. 

Volvic filtrationSystème de filtration de l’eau grâce aux roseaux en phase de test, à l’usine d’embouteillage de Volvic.  ©Pauline Fricot

La disponibilité de l’or bleu n’est pas le seul sujet sur lequel Volvic se montre vigilent. L’eau minérale répond à un cahier des charges très précis : sa composition doit être stable, et ne doit être ni traitée, ni chlorée, et exempte de toute contamination, aux pesticides par exemple. Dans ce cadre, Volvic travaille en collaboration avec une vingtaine d’agriculteurs présents sur le site, afin de limiter l’utilisation d’intrants chimiques, ou restreindre la pollution de l’eau par les bovins. “Il faut travailler avec tous les acteurs pour pérenniser les ressources en eau”, assure Cathy le Hec. “Notre activité dépend entièrement de cette ressource naturelle.” Mais elle admet : “on ne sait pas ce que demain nous réserve“.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 

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