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Accélérer la transition de nos entreprises vers une gouvernance partagée

Ce qui manque aujourd’hui est une vision de l’entreprise à 360 degrés,
repenser les articulations entre gouvernance, management et travail

Aux côtés d’illustres dirigeants comme Pascal Demurger (directeur général du Groupe Maif), Henriette Dræbye Rosenquist (présidente de Pfizer France) et Emmanuel Faber (président-directeur général de Danone), j’ai signé une tribune dans Ouest-France intitulée « Accélérer la transition de nos entreprises vers une gouvernance partagée ». A l’initiative de Luc Bretones (Fondateur de The NextGen Entreprise Summit et de Purpose For Good), cinquante dirigeant(e)s européens prenaient position dans cette tribune pour repenser le rôle de l’entreprise dans la société et réinterroger nos systèmes de gouvernance.

Pascal Demurger, Henriette Dræbye Rosenquist et Emmanuel Faber

Cette tribune a été publiée le 14 septembre 2020, à une époque riante, illuminée par le déconfinement du joli moi de mai et les bienfaits des congés que nous pensions « post-covid ». C’était l’époque de la floraison des tribunes inspirées sur « le monde d’après » et les lendemains qui chantent. Pourtant, celle-ci ne participait pas à cette vision naïve et déjà lourde de déconvenues. Elle pose un constat que je crois très partagé, mais qui est ici formulé clairement et avec lucidité : notre modèle de management et de gouvernance est à bout de souffle ; le travail ne répond plus à ses fonctions émancipatrices ; les salariés ne s’y retrouvent plus ; les entreprises doivent repenser leur finalité.

Elle s’inscrit dans la droite ligne de l’appel que nous avions lancé pour soutenir les préconisations du rapport Notat-Senard et la loi PACTE à un moment où cette dernière était fortement menacée (« Appel collectif de soutien aux conclusions du Rapport Notat Senard sur l’entreprise et l’intérêt général »).

Le constat n’est pas neuf. Il est même particulièrement frustrant, en relisant le rapport de François Bloch-Lainé, « Pour une réforme de l’entreprise (1963), celui de Pierre Sudreau sur « La réforme de l’entreprise » (1975) ou celui d’Antoine Riboud sur « la modernisation des entreprises » (1972), de constater à quel point nous avons du mal à transformer ce constat d’essoufflement en solutions.

Et pourtant, les solutions existent. Plus précisément, elles affleurent. Je m’aperçois que presque tous les thèmes que je traite sur ce blog sont des réponses à ce manque :

renouveau du management, émergence du management responsable, autonomie au travail, limites du lean management et de l’entreprise libérée, sécurité relationnelle, RSE, modèle de l’entreprise contributive, évaluation des impacts, gouvernance responsable, raison d’être, société à mission, dialogue avec les parties prenantes, qualité de vie au travail (QVT), valorisation du potentiel humain, approches collaboratives de la formation, démocratisation du travail, intrapreneuriat, OTP (organisations du travail participatives), nouveaux modes d’implication des salariés, management par les valeurs, intelligence collective, innovation participative, gouvernance responsable, place des représentants des salariés dans les conseil d’administration, ‘empowerment’, expression directe des salariés, dialogue social.

La consultation participative lancée à la suite de cette tribune en a généré d’autres. Novethic signale que parmi les 165 premières propositions reçues avant le 1er octobre les plus plébiscitées sont :

  • associer les salariés à la définition de la raison d’être,
  • établir pour chaque collaborateur un plan de développement individuel avec un coach/mentor de son choix ou
  • instaurer l’égalité de traitement des collaborateurs en éliminant les statuts.

(voir : « 50 dirigeants européens lancent une consultation citoyenne pour repenser le rôle des entreprises dans la société », Novethic, 13 octobre 2020).

Tous ces thèmes, toutes ces initiatives sont trop souvent pensés isolément. Ce qui manque aujourd’hui est la façon de les articuler, de structurer la démarche, de parvenir à un renouveau de l’entreprise à 360 degrés, de repenser les articulations entre gouvernance, management et travail. L’enjeu n’est pas mince. Il faudra un « Pacte 2 », une seconde étape de la loi Pacte pour pousser plus loin l’ambition portée par son acronyme, Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises.

Mais justement, la Commission européenne s’interroge sur une éventuelle généralisation de certains dispositifs de la loi Pacte à l’ensemble de l’UE, comme elle l’a déjà fait pour la Déclaration de performance extra-financière (DPEF). En décembre 2020, le Parlement européen a adopté par 347 voix contre 307, un rapport sur la gouvernance durable des entreprises, élaboré par un député français, le centriste Pascal Durand. Il reprend l’idée clé de la loi Pacte autour d’une meilleure prise en considération par les entreprises des enjeux sociétaux, sociaux et environnementaux.

Ce texte, favorable à une réforme en profondeur du capitalisme, servira de base à deux nouvelles réglementations annoncées par la Commission européenne pour 2021 : la directive sur la gouvernance durable des entreprises, portée par le Commissaire en charge de la justice, Didier Reynders, et la révision de la directive sur la DPEF, promue par la commissaire Mairead McGuinness, en charge des services financiers. Dans ce cadre, la Commission européenne a également présenté une étude « Study on directors’ duties and sustainable corporate governance » , dans laquelle elle suggère une nouvelle action pour favoriser une gouvernance d’entreprise plus durable et pour accroître la responsabilisation des entreprises en matière de création de valeur durable. Ce rapport, publié en juillet 2020, constitue en quelque sorte l’étude d’impact de la future directive. Il pose un constat clair (et sans concession, disent certains) sur les insuffisances de la gouvernance des grandes entreprises.

Encore de belles batailles d’idées qui s’annoncent ! Le modèle de l’entreprise tel que nous le connaissons aujourd’hui est « dispersé façon puzzle ». Il va continuer à être secoué, à prendre forme… et c’est tant mieux !


POINT DE VUE  –  « Accélérer la transition de nos entreprises vers une gouvernance partagée »

Vertical, centralisé, siloté… notre modèle traditionnel d’organisation du travail a vécu. Le constat est unanime et le modèle n’a plus valeur de référence ni d’inspiration ni pour nous dirigeants ni pour nos collaborateurs. Le temps de l’entreprise considérée comme une structure neutre et entièrement dédiée à la recherche de profit et de rentabilité, semble bien loin. Créer l’entreprise de demain, c’est notre ambition, mais c’est aussi une réponse à la croisée de différentes « fractures », qu’elles soient économiques, sociales ou écologiques. Reste à construire un autre modèle appuyé sur d’autres pratiques managériales, d’autres méthodes et d’autres valeurs. Ce modèle est à la fois à penser et à mettre en œuvre concrètement.

Attentes connues et consensuelles

Plus de sens, plus de transparence, plus d’autonomie, plus de collaboration : les attentes sont relativement connues et consensuelles elles aussi. Le plus dur n’est pas de les identifier mais d’y répondre dans un cadre qui concilie performance économique, sociale et environnementale et nous permette de renouer avec la confiance de nos clients, collaborateurs et parties prenantes.

Confiance dans nos entreprises et performance de nos entreprises sont indissociables. Ce constat, beaucoup le partagent, et pas seulement parmi les dirigeant(e)s et autres entrepreneur(e)s. La pression s’exerce de toutes parts : salariés, réseaux sociaux et clients expriment au diapason les mêmes préoccupations et les mêmes aspirations pour les entreprises de demain.

Nos organisations ne sont pas inertes ni incapables de se renouveler, bien au contraire. Nous avons entamé ces transitions depuis plusieurs années déjà. Toutes nos expériences ne sont pas, pour autant, couronnées de succès et il serait par ailleurs absurde de considérer hâtivement que ce qui n’a pas fonctionné hier ne fonctionnera pas non plus demain.

Plus que jamais, nous avons besoin de confronter nos idées et expériences entre dirigeants d’entreprise et avec nos collaborateurs, nos clients, nos parties prenantes. (…)

Comment dépasser la recherche de profit à court terme ? Comment reconstruire des relations de confiance et engager ses collaborateurs ? Comment humaniser l’entreprise et en faire un lieu d’épanouissement ? (…) Nous manquons cruellement aujourd’hui de lieux de débat sur l’entreprise et dans nos entreprises. Notre monde actuel est marqué par l’incertitude, rendant les projections financières aléatoires et les divinations des futurologues douteuses. Il est aujourd’hui temps de privilégier l’intelligence collective de tous aux fulgurances de quelques-uns pour éclairer nos prises de décision.

Mobilisation collective

Par ailleurs, seule une vraie mobilisation collective dans nos entreprises et autour de nos entreprises pourra nous faire traverser cette crise sanitaire et économique. Mais cette mobilisation collective ne se décrète pas sur un mot d’ordre des dirigeant(e)s pas plus qu’elle ne se déclenche de manière spontanée.

L’association des collaborateurs et des parties prenantes aux enjeux, contraintes, opportunités, décisions de l’entreprise reste la meilleure manière de nourrir l’adhésion donc de l’engagement.

Nos entreprises sont des acteurs engagés dans la société et auprès de leurs collaborateurs : à nous de faire vivre le débat d’idées en leur sein !

Les signataires

Emmanuel Faber (Président-Directeur Général de Danone)

Henriette Dræbye Rosenquist (Présidente de Pfizer France)

Pascal Demurger (Directeur Général du Groupe MAIF)

Alain Roumilhac (Président de Manpower France)

Carole Avril (Directrice Générale de la Fédération Française des Diabétiques)

Luc Bretones (Fondateur de The NextGen Entreprise Summit et de Purpose For Good)

Giovanna D’Alessio (Partner d’Asterys)

Cyril Lage (Fondateur et Président de Cap Collectif)

Pierre-Alain Raphan (Député LREM de la 10ème circonscription de l’Essonne)

Bruno Bonnell (Député LREM de la 6ème circonscription du Rhône)

Olivier Pastor (Co-fondateur de l’Université du Nous)

Mathieu Castaings (Fondateur de Finacoop)

Alexis Nollet (Co-fondateur d’Ulterïa)

Alexandre Dandan (Fondateur d’InneXplore)

Alexandre Gérard (Président d’Inov’On)

Bastoun Talec (Associé chez HappyWork)

Emmanuel Mottrie (Président de TMC Group)

Martin Richer (Fondateur de Management & RSE)

Michel Bundock (Président du Groupement des Chefs d’Entreprise du Québec)

Laurent Vuarraz (Fondateur de Talk)

Doug Kirkpatrick (Consultant en management)

Jos de Blok (Fondateur de Buurtzorg)

Yan Laurent (Directeur Général Hôtels Mercure Paris)

Eliana Hohl (Consultante en Management)

Isabelle Kocher (ex-CEO ENGIE Groupe)

Philippe Pinault (Président de Holaspirit et Talkspirit)

Pierre Sinodinos (Président d’ANEO)

Eric Delannoy (Président de Tenzing)

Sébastien Crozier (Président CFE-CGC Orange)


Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises,
Management & RSE

Pour aller plus loin :

Accédez à cette tribune en ligne sur le site du quotidien Ouest France, premier titre de la PQR

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