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Air intérieur : quels polluants émergents retrouve-t-on dans les bureaux ?

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Bien que respirée au quotidien par une large proportion d’actifs, la qualité de l’air intérieur des espaces de bureaux est moins étudiée que celle des logements ou des écoles. Une importante étude dans 30 immeubles de bureau en Nouvelle-Aquitaine vient aujourd’hui compléter les connaissances encore peu documentées.

Dans le prolongement des études menées par l’OQAI (observatoire de la qualité de l’air intérieur), le projet « Poeme » a été initié par le laboratoire des sciences de l’ingénieur et de l’environnement de La Rochelle Université, Atmo Nouvelle-Aquitaine et le CSTB (centre scientifique et technique du bâtiment) pour réaliser des mesures détaillées de qualité de l’air dans 30 immeubles de bureaux répartis sur le territoire de Nouvelle-Aquitaine entre septembre 2018 et juin 2019 pendant 7 jours dans chaque bâtiment.

Ces mesures avaient pour objectif de déterminer les concentrations intérieures de substances :

  •  qui apparaissent d’intérêt sanitaire prioritaire mais dont le classement est incertain du fait d’un très faible nombre de données de concentrations ou bien qui n’ont jamais fait l’objet de mesure de concentrations intérieures ;
  • n’ayant pu être classées car aucune mesure de concentration n’a jamais été réalisée dans des immeubles de bureaux dans le monde. Pour certaines, les usages accrus des produits en contenant posent question sur les expositions de la population générale. La mise en évidence de la présence dans l’air intérieur de ces substances, et le cas échéant la mesure de leur concentration, permettront aux agences sanitaires d’orienter leurs travaux d’évaluation ;
  • considérées comme des traceurs classiques de la qualité de l’air intérieur, à savoir celles mesurées dans le cadre de la campagne nationale bureaux de l’OQAI (5 aldéhydes et 14 COV) et d’autres pour lesquelles peu de données existent dans les bâtiments de bureaux en France, comme les composés organiques semi-volatils (COSV) et les particules fines (PM2,5).

À ces substances organiques ont été ajoutés 17 éléments traces métalliques susceptibles d’être présents sur les particules en suspension dans l’air extérieur mais jamais ou rarement mesurés dans les bureaux en France. Au total et en comptant le potentiel oxydant, ce sont 130 paramètres qui ont été recherchés dans le cadre du projet Poeme.

Les résultats de l’ensemble de ces mesures ont mis en lumière les éléments suivants :

  • les concentrations en aldéhydes sont globalement faibles, avec des concentrations cependant élevées en propionaldéhyde dont les sources n’ont pas été identifiées. À noter, le propionaldéhyde peut être émis par les désinfectants et les produits d’entretien. Les principales sources de formaldéhyde en air intérieur sont les matériaux de construction et de décoration ainsi que certains produits d’entretien ;
  • les COV (concentrations en composés organiques volatils) sont globalement faibles, la médiane la plus élevée étant observée pour le limonène. Les concentrations les plus élevées sont observées pour les terpènes, notamment le limonène et l’x-pinène, et les siloxanes. Les siloxanes sont présents dans les produits d’hygiène et les cosmétiques. Les produits d’entretien parfumés, les parfums d’ambiance et le bois sont des sources de terpènes en air intérieur.

Parmi les COV « émergents », environ 1/3 ne sont jamais détectés ; 1/3 sont détectés dans moins de la moitié des bureaux et 1/3 détectés dans plus de la moitié des bureaux. Par ailleurs, on observe, d’une part, le dépassement de la valeur limite réglementaire pour le benzène dans l’air intérieur dans 9 immeubles et, d’autre part, la présence de deux composés chlorés sont détectés dans l’air des bureaux alors qu’ils sont classés cancérogènes probables chez l’Homme. Il s’agit du 1,2,3-trichloropropane et du dichlorométhane. Ces deux composés chlorés font partie de la liste des substances que l’ANSES a retenu prioritaires dans le cadre d’un étiquetage des meubles ;

  • les concentrations en COSV sont les plus élevées pour les phtalates, les muscs de synthèse et les hydrocarbures aromatiques polycycliques, ce qui est également observé dans les logements et les écoles. Les principales sources de phtalates sont les matières plastiques. Les muscs peuvent être émis par les fragrances contenues dans les savons, parfums et produits de nettoyage.

De plus, le lindane, insecticide organochloré interdit d’usage agricole depuis 1998 et de tout usage depuis 2008, est quantifié dans 73 % des bureaux ;

  • les concentrations en PM2,5 restent plutôt faibles, avec une médiane égale à 8 µg/m3 ;
  • les concentrations intérieures en métaux montrent principalement l’influence de sources extérieures. Des dépassements des valeurs réglementaires pour la qualité de l’air extérieur sont observés pour l’arsenic et le cadmium, dans un unique espace de bureau pour chacun (deux bâtiments différents). La source majeure atmosphérique de ces éléments est liée au trafic routier, à savoir les particules diffuses émises par les plaquettes et disques de frein ainsi que l’usure des pneus. La présence de ces métaux dans les espaces de bureau est donc possiblement liée au transfert dans le bâtiment d’air provenant de l’extérieur. Le zinc peut aussi provenir des émissions industrielles, du chauffage résidentiel, de certaines peintures ou des cosmétiques ;
  • le potentiel oxydant a été mesuré selon trois méthodes, ce qui fournit des informations tout à fait originales s’agissant d’air intérieur. Des associations sont observées entre le potentiel oxydant et les concentrations en HAP, notamment le pyrène et le fluoranthène ;
  • les concentrations en CO2 sont en moyenne faibles. Le calcul des débits d’air neuf apporté dans le bâtiment montre que dans la plupart des cas étudiés (16 bâtiments sur 30), le débit réglementaire attendu n’est pas respecté.

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