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Alice Barbe, cofondatrice de l’Académie des futurs leaders : “La politique ce n’est pas gouverner, c’est servir”

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Academie des futurs leaders Davood Maeili

Publié le 22 juillet 2022

Qui veut encore entrer en politique ? Peu de personnes, toutes les mêmes en tout cas, sorties de grandes écoles et du même moule alors même des entrepreneurs sociaux, des activistes pourraient se lancer. Pour rétablir des ponts entre ces agitateurs de la société civile et la politique, Alice Barbe a lancé l’Académie des futurs leaders. L’été sonne la fin de la première promotion qui a compté le boulanger Stéphane Ravacley et l’activiste climatique désormais députée, Alma Dufour. Entretien avec celle qui veut réinventer le système face à la “fable de l’égalité des chances”. 

En janvier dernier, vous avez lancé la première promotion de l’Académie des futurs leaders. Quel était le constat de départ ? 

Le constat de départ c’est que très peu de gens veulent encore s’engager en politique. Ils ne se sentent pas légitimes et ressentent une défiance. Les partis politique ont aussi beaucoup de difficultés à attirer de nouveaux profils alors qu’il y a toute une nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux, de militants, d’activistes qui se reconnaissent dans les causes sociétales, climatiques, de justice sociale, de démocratie. 

Il y a de vrais gros mouvements, je pense aux Gilets jaunes, qui se sont lancés pour questionner la démocratie, l’améliorer, questionner l’inaction climatique, le patriarcat. Or, ces univers, politique et militant, se rejoignent de moins en moins. Sans compter l’abstention. Il y a cette espèce de dichotomie entre politique et militantisme.

Comment expliquez-vous qu’il y ait si peu de ponts entre ces univers ? 

On me dit souvent, “il faut être fou pour faire de la politique”. C’est une défiance démocratique qu’on voit beaucoup en Europe et aux États-Unis. Je ne suis ni sociologue ni historienne, mais j’observe la montée du populisme, de l’extrême droite, l’ultra polarisation sur des grands sujets comme l’immigration, les attaques envers les élus, le harcèlement… Il y a de moins en moins de débats, de moins en moins de dialogue. Ce qu’on a voulu faire, c’est créer cette passerelle entre les gens qui se disent “j’ai toutes les qualités pour me lancer en politique mais je n’ose pas y aller”, “je ne suis pas légitime”, “j’ai peur”, et le monde politique.

L’Académie a cette ambition de réinventer l’incarnation politique et de remettre de la confiance entre les citoyens et leurs leaders. On utilise le mot leader a dessein. Le leadership politique ce n’est pas gouverner, c’est plutôt servir. C’est pour cela qu’on a mis au cœur du projet trois valeurs, trois qualités qui ne sont pas portées aujourd’hui dans le débat public politiquement : éthique, intégrité et empathie.

Stéphane Ravacley, Alma Dufour… Quel bilan tirez-vous de cette première promotion dont certains membres se sont présentés aux Législatives ? 

On a lancé la première promotion en janvier. On s’est inspiré du Brand New Congress aux États-Unis qui a accompagné Alexandria Ocasio-Cortez (sénatrice, nouvelle figure des démocrates, NDR). On a lancé un appel : “si vous identifiez quelqu’un, dans votre entourage, que vous voulez voir en politique, nominez-le”. On s’est retrouvé avec 350 nominations en octobre. On a composé un jury composé d’anciennes femmes politiques comme Najat Vallaud Belkacem ou Cécile Duflot, ainsi que de personnes issues de la société civile avec un jeune activiste pour le climat et une activiste qui a fait la révolution tunisienne.

Treize personnes ont été sélectionnées, parmi eux Stéphane Ravacley, le boulanger qui a entamé une grève de la faim en soutien à son apprenti guinéen menacé d’expulsion, Priscilla Ludosky, une des initiatrices des Gilets jaunes, ou l’activiste pour le climat Alma Dufour qui est désormais députée. Ils ont été sélectionnés sur la base de leur capacité à mobiliser sur trois champs d’activités : la justice sociale, l’environnement et la démocratie. On a des profils très hétérogènes, une promotion paritaire, avec des personnes qui ne sont traditionnellement pas représentées en politique.

Parmi les nouveaux députés, on compte l’arrivée de figure comme Rachel Kéké, première femme de chambre à l’Assemblée. Mais la part d’ouvrier est seulement de 2% contre 20 % à la sortie de la seconde guerre mondiale, comment l’expliquez-vous ? 

C’est d’abord scandaleux. Tout comme à Sciences Po et dans le reste des grandes écoles, il y a une fable de l’égalité des chances qui n’est pas effective. Ce ne sont pas les plus méritants qui réussissent, ce sont surtout ceux qui sont là au bon endroit au bon moment, même s’il y en a certains qui travaillent dur, bien sûr. Mais il y a tout un système de représentation à réinventer, et cela passe par l’inclusion. Stéphane Ravacley le dit bien, je veux des boulangers à l’Assemblée. C’est la diversité qui fera la richesse, comme pour la biodiversité. Un pays qui n’est pas fort dans sa diversité de représentation politique, c’est un pays qui est malade.

L’école, l’Académie, est une brique parmi d’autres. L’Académie n’est pas une machine électorale. L’objectif n’était pas que les futurs leaders deviennent forcément candidats aux législatives. Pour certains, c’est le chemin à prendre et c’est tant mieux, mais il y a aussi des gens qui veulent repenser le système, et c’est ça la vraie politique. Ce n’est pas quand tu es élu que tu repenses les institutions. 

Propos recueillis par Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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