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Alors que les prix flambent, les industriels continuent de laisser échapper du gaz qui pourrait être valorisé

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torchage thailande Love Krittaya CC0

Publié le 11 mars 2022

Cette semaine, une vidéo montrant le rejet volontaire de centaines de milliers de mètres cube de gaz sur un site français a provoqué l’indignation alors que les prix flambent. Depuis des années, les industriels pétroliers et gaziers sont incités à récupérer et valoriser ce gaz devenu précieux et à lutter contre les rejets et les fuites de méthane. Les bénéfices économiques mais aussi écologiques seraient considérables. 

C’est une vidéo qui a beaucoup tourné cette semaine, provoquant une importante indignation. Et pour cause, les images, signées RMC, montrent un immense panache de gaz s’échapper d’une cheminée alors que les prix ne cessent d’aller de record en record. Il s’agit d’une “mise à l’évent” opérée par Storengy, une filiale d’Engie, qui compte dix sites de stockage dans l’Hexagone. Selon la chaîne, des centaines de milliers de mètres cube de gaz sont rejetés volontairement dans l’atmosphère lors de simples opérations de maintenance, pour des raisons de sécurité -éviter les risques d’explosion- mais aussi d’économies, alors que ce gaz est depuis longtemps incité à être récupéré. 

“C’est des milliers et des milliers de mètres cube qui partent aux petits oiseaux. La consommation d’un village en hiver est gaspillée en une seule fois”, témoigne un ancien salarié, interrogé par RMC. “J’étais intervenu en disant que ce n’était pas possible. Ce gaz était en pression suffisante pour qu’on en récupère au moins les deux tiers et qu’on le remette sur le réseau. On disait à la direction ‘on gâche du gaz’ mais on nous répondait ‘non, on gagne du temps et le temps c’est de l’argent’“, explique-t-il.

L’industrie fossile est le deuxième plus gros émetteur de méthane

Cette pratique (le torchage du gaz), évidemment choquante, n’a pourtant rien d’exceptionnelle. Elle est dénoncée – en vain – depuis des années par les associations environnementales. Début février, une nouvelle étude publiée dans Science a pour la première fois, grâce à l’imagerie satellite, quantifié et cartographié les panaches de méthane suffisamment gros pour être visibles depuis l’espace. Entre 2019 et 2020, les scientifiques en on comptabilisé 1 800 à travers le globe, dont 1 200 sont attribués à l’exploitation d’hydrocarbures. Il peut s’agir de rejets accidentels ou liés à des opérations de maintenance.

Leur impact climatique est gigantesque. Il est comparable à celui de la circulation de 20 millions de véhicules pendant un an. Le méthane a en effet un pouvoir de réchauffement 82 fois plus important que celui du CO2 sur une période de vingt ans. Mais c’est aussi une gabegie économique. “Aux prix actuels élevés du gaz, quasiment toutes les émissions liées aux opérations gazières et pétrolières dans le monde pourraient être évitées pour un coût net nul“, en s’attachant à les empêcher ou à les récupérer, estime Fatih Birol le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

L’industrie fossile est le deuxième plus gros émetteur de méthane, après l’agriculture, mais les émissions du secteur sont largement sous-estimées. Les rejets issus de l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz sont ainsi 70 % plus élevés que les quantités déclarées officiellement par les gouvernements, selon le Global Methane Tracker 2022 publié par l’AIE le 23 février. En 2021, les émissions de méthane sont en outre reparties à la hausse (+5 %) en raison de la relance économique post Covid-19, principalement en Chine, en Russie et aux États-Unis.

Engie : des émissions de méthane réduites de 15 % en France depuis 2016

Dans le cadre du Oil and Gas Methane Partnership, porté par le PNUE et la Commission européenne, plus de 70 entreprises, représentant 30 % de la production de pétrole et de gaz mondiale se sont engagées à être plus transparentes sur leurs émissions de méthane. TotalEnergies, qui a déjà réduit de 80 % son torchage de routine depuis 2010, s’engage à ne plus y avoir recours d’ici 2030. ExxonMobil de son côté prévoit de réduire ses émissions de méthane de 40 à 50 % d’ici 2025 par rapport à 2016. De son côté, Engie assure les avoir réduites de 15 % en France depuis 2016.

À la COP26, une centaine d’États se sont aussi engagés à réduire leurs émissions de méthane de 30 % d’ici 2030, le sujet faisant enfin son apparition au sein des négociations internationales. Mais la Chine, la Russie et l’Inde, qui pèsent pour un tiers des émissions de méthane, n’avaient pas rejoint la coalition. Deuxième gaz à effet de serre derrière le dioxyde de carbone, le méthane a déjà contribué à une augmentation des températures de 0,5° C sur les 1,1°C de hausse par rapport à la période pré-industrielle. Réduire nos émissions de méthane de 45 % permettrait d’empêcher un réchauffement de 0,3°C d’ici 2045, selon l’ONU.

Concepcion Alvarez @conce1

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