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Amazon continue de détruire des millions de produits neufs invendus malgré les scandales à répétition

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Publié le 23 juin 2021

GOUVERNANCE D’ENTREPRISE

Amazon, dans son entrepôt de Dunfermline au Royaume-Uni, détruit chaque semaine 130 000 produits invendus neufs détruits, selon une enquête de la chaîne britannique ITV. En une année, plus de 6,7 millions de produits seraient ainsi détruits rien que dans cet entrepôt. Une pratique légale au Royaume-Uni qui questionne le modèle économique du géant du e-commerce et son impact écologique. 

Après l’enquête de la chaine française Capital sur la destruction des produits invendus par Amazon en 2019, c’est au tour du Royaume-Uni d’épingler le géant du e-commerce. La chaîne britannique ITV s’est en effet infiltrée dans l’entrepôt de Dunfermline et a filmé des objets neufs sous scellés comme des télévisions, des drones, des ordinateurs empilés dans des caisses estampillées “destroy” soit “à détruire”. Un ancien employé du centre explique au média qu’en seulement une semaine “notre objectif était de détruire jusqu’à 130 000 objets”. 

Le salarié évoque des “ventilateurs Dyson, des aspirateurs, des produits Apple ou encore 20 000 masques chirurgicaux encore sous plastique” partant en destruction. Ainsi, en une année, ce serait plus de 6,7 millions d’invendus qui auraient été détruits par Amazon. Des “quantités industrielles”, fait remarquer Alma Dufour, chargée de campagne sur la surproduction aux Amis de la Terre. L’ONG a d’ailleurs calculé que si la même quantité de produits était détruite dans les 24 autres entrepôts Amazon du Royaume-Uni, plus de 162 millions de produits seraient ainsi concernés. Ce calcul, qui est une projection, donne l’idée de l’ampleur du phénomène. 

Le système Amazon 

La situation est d’autant plus surprenante qu’en septembre 2019, Amazon avait annoncé déployer un programme, aux États-Unis et au Royaume-Uni, consistant à donner ses invendus à des associations caritatives. Contacté par Novethic, Amazon n’a pour l’instant pas répondu à nos questions. Mais dans un mail adressé à la presse britannique, le groupe affirme que la décharge identifiée par ITV est en fait un site de recyclage. “Nous travaillons vers un objectif de zéro élimination de produit et notre priorité est de revendre, de faire un don à des organisations caritatives ou de recycler les produits invendus”, écrit Amazon. 

Dans tous les cas, la législation britannique autorise la destruction des invendus. “Pour Amazon, le temps c’est de l’argent. Vu les quantités de produits, il faudrait une solution “massive”. Or c’est compliqué d’aller chez Emmaüs avec 120 000 produits à donner par semaine”, explique Alma Dufour. Mais ce système peut-il être rentable pour Amazon ? En réalité, les produits envoyés à la destruction ou au recyclage ne lui appartiennent pas. Le groupe n’est qu’un “market place” qui stocke des millions d’objets de milliers de vendeurs différents. Or, plus un objet reste en stockage dans un entrepôt, plus le vendeur paye. Ce dernier a le choix : récupérer son produit, à ses frais, ou demander à Amazon de le détruire. La dernière solution apparaît bien plus rentable pour le vendeur. 

Interdiction de destruction en Europe 

Pour le groupe, qui vend un milliard de produits chaque année en France, l’objectif est de libérer sans cesse de la place pour ses produits les plus populaires. “Le problème c’est qu’Amazon ne filtre pas les produits qu’il vend, il y a de tout. Pour avoir une vraie politique écologique, il faudrait que les États plafonnent le nombre de produits acheminés sur leur territoire. Un système de quota permettrait de mieux répondre à la demande”, propose la chargée de campagne aux Amis de la Terre.

En attendant, les ONG militent pour l’interdiction de la destruction des invendus dans l’Union européenne. Bruxelles, qui travaille sur une feuille de route visant à rendre le secteur textile plus durable pourrait s’inspirer de la législation française qui, depuis, 2019, interdit la destruction des produits qui ne sont pas vendus. Mais cette loi présente des limites, affirme Les Amis de la Terre. “Dans les faits, dans quasi tous les cas, c’est le recyclage qui prime plutôt que le réemploi”, affirme Alma Dufour qui pousse l’UE à aller plus loin que la France. 

Marina Fabre, @fabre_marina

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