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ANSM et ANSES, ensemble dans une approche “une seule santé”

En France, deux agences sanitaires sont compétentes en matière de médicament. Comment l’ANSM, en charge du médicament humain, et l’ANMV, responsable du médicament vétérinaire, articulent-elles leurs actions ?

CAROLINE SEMAILLE. L’ANSM et l’ANMV coopèrent depuis très longtemps, notamment en matière d’inspection des établissements pharmaceutiques à activités mixtes, humaine et vétérinaire. En la matière, nous mutualisons nos ressources et coordonnonsnos efforts : en 2021, nous avons mené cinq inspections conjointes pour les études non cliniques. Nos agences se mobilisent également ensemble lors de situations sensibles majeures. Cela a été le cas à propos des ruptures de médicament humain et les possibilités de suppléer en cas de besoin avec les médicaments vétérinaires lors de la crise liée au Covid-19. Nous allons étendre cette coopération au domaine de l’évaluation des dossiers de demandes d’autorisation de mise sur le marché pour capitaliser sur nos expertises respectives.

JEAN-PIERRE ORAND. Nous coopérons également au niveau européen. L’ANSM et l’ANMV portent la position française auprès de l’Agence européenne du médicament et participent au réseau des chefs des agences des médicaments, qui aborde des questions de politique sanitaire et de gestion. Nous avons co-présidé les deux réunions de ce réseau durant la présidence française de l’Union européenne, en vidéoconférence et à Saint-Malo.

Sur quels sujets, historiques ou nouveaux, travaillez-vous ensemble ? Que retirez-vous de ces collaborations ?

JEAN-PIERRE ORAND. Bien évidemment nous restons fortement investis sur la question de la résistance aux antibiotiques, l’un de nos plus anciens objets de collaboration. Nous voyons émerger d’autres sujets. Par exemple, l’utilisation de médicaments vétérinaires à base de plantes est de plus en plus plébiscitée par les éleveurs et les vétérinaires. En 2021, l’ANMV a produit une évaluation des risques pour le consommateur, à laquelle des agents de l’ANSM ont participé. Il s’agit en effet d’un sujet bien connu en médecine humaine. Si chaque agence a ses missions propres et ses évaluateurs, il y a un intérêt évident à travailler ensemble, notamment sur l’évaluation du risque environnemental lié à l’usage des médicaments.

CAROLINE SEMAILLE. Sur certains sujets, comme les médicaments à base de plantes et les médicaments homéopathiques, les compétences sont rares. Nous avons dès lors tout intérêt à échanger sur nos expertises respectives. Les experts en toxicologie de l’ANSM participent aux travaux de l’ANMV et, en miroir, leurs experts sont associés au comité français de pharmacopée. Par ailleurs, l’ANMV, et l’Anses en général, a développé une expertise en matière de santé environnementale dont nous pouvons bénéficier. Avec les nouvelles politiques européennes liées au Pacte vert ou « Green deal », nous nous dirigeons vers un renforcement de la prise en compte de l’impact sur l’environnement, y compris pour le médicament humain.

Quelles sont vos perspectives de collaborations ?

JEAN-PIERRE ORAND. En santé animale, nous voyons apparaître de nouvelles thérapies, comme les thérapies géniques ou le recours aux cellules souches, qui existent déjà en médecine humaine. Cela nous incite à renforcer nos échanges avec l’ANSM sur ces innovations en approfondissant l’approche globale « Une seule santé ». Les sujets sont de plus en plus transversaux et appellent à des rapprochements. Les deux agences sont par exemple partenaires, avec les ministères chargés de la santé et de l’agriculture, du projet PARS piloté par l’OMS et financé par l’UE. Le projet vise à appuyer dans les États membres les réformes structurelles concernant la disponibilité des antibiotiques. Nous portons également ensemble un projet d’évaluation d’un dossier européen de vaccin humain pour la grippe aviaire.

CAROLINE SEMAILLE. Pour concrétiser notre volonté de décloisonner les activités de santé publique, nous lançons la construction de la future plateforme commune ANSM-Anses, dont la première pierre va être posée à Lyon en juillet. Les équipes de nos deux agences basées à Lyon vont se regrouper dans un seul et même bâtiment : elles partageront un laboratoire commun de haute sécurité biologique et de technologies de pointe. La plateforme réunira ainsi nos compétences, qui se consacreront en premier lieu à un sujet pionnier de nos collaborations : l’antibiorésistance, pour laquelle l’approche « une seule santé » trouve toute son importance. C’est un bel accomplissement de notre coopération. 

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