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Antoine Pelissolo, psychiatre : “Le changement climatique peut provoquer un deuil écologique”

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Publié le 01 novembre 2021

ENVIRONNEMENT

Attaques de panique, dépression, troubles alimentaires, colère… Le changement climatique impacte de différentes manières notre santé mentale. Parfois directement lors d’évènements extrêmes avec des syndromes s’apparentant à du stress post-traumatique, parfois indirectement en provoquant de l’éco-anxiété… Des “troubles climatiques” que le psychiatre Antoine Pelissolo décrypte dans son dernier livre Les émotions du dérèglement climatique cosigné avec le Dr Célie Massini. 

Dans votre livre, vous expliquez que le changement climatique a des impacts sur la santé mentale. Comment et pourquoi ?

Il y a deux aspects. D’abord il y a les évènements climatiques qui ont des effets directs sur la santé mentale, comme la hausse des températures ou la pollution. Certaines études démontrent ainsi une corrélation entre les pics de chaleur et l’augmentation des passages aux urgences pour troubles de l’humeur ou anxiété. On note même une hausse des suicides et des actes agressifs. Ce sont des effets peu connus, provoquant une aggravation de certaines pathologies et de troubles du comportement, et qui atteignent directement les fonctions psychiques des personnes impactées. Après des évènements extrêmes, certains développent un stress post-traumatique. La douleur est davantage psychique que physique.

Ensuite, il y a les effets indirects qui pèsent sur la santé mentale. On observe, une angoisse qui monte, plutôt liée à une peur pour l’avenir face aux “effondrements”. Cette inquiétude, forte, qu’on appelle éco-anxiété, touche surtout la nouvelle génération. C’est intéressant car on parle souvent de l’impact du changement climatique pour les générations futures alors que les jeunes d’aujourd’hui se sentent déjà concernés et impactés. Une autre forme de troubles climatiques s’exprime avec la solastalgie, qui est plus proche de la dépression, on a le sentiment qu’on ne retrouvera jamais le monde d’avant. C’est comme un deuil écologique.

Comment se traduisent concrètement la solastalgie et l’eco-anxiété ?

Pour la solastalgie, il y a le sentiment qu’on ne puisse plus retrouver un endroit qu’on aime par exemple parce qu’il a été victime de sécheresse. C’est une douleur rétrospective. Les personnes qui disent souffrir d’écoanxiété rapportent des symptômes relevant du champ des troubles anxieux. Cela peut être des troubles alimentaires, des attaques de panique, des insomnies, des pensées obsessionnelles, de la frustration, de la colère… C’est un peu la “maladie des inquiétudes”. Le point commun entre les personnes écoanxieuses est qu’elles ont du mal à se projeter dans l’avenir. Certaines personnes renoncent même à l’idée d’avoir un jour des enfants, c’est assez typique des personnes souffrant d’écoanxiété.

Est-ce normal ou pathologique ?

D’un point de vue médical, ce diagnostic ne figure pas dans les classifications des maladies psychiatriques. Et l’éco-anxiété n’est pas forcément une pathologie. S’interroger sur l’avenir, s’inquiéter de la détérioration de l’environnement n’a rien d’anormal, c’est même plutôt sain. Mais si on n’arrive plus à maîtriser ses émotions, si on se sent seul et qu’on a l’impression de porter une grande souffrance, si la question climatique devient envahissante pour notre esprit, notre corps, on peut évoquer une éco-anxiété pathologique… Dans ce cas il ne faut pas hésiter à en parler, que ce soit avec ses amis ou en consultants des professionnels.

L’enjeu n’est pas d’être dans le déni ou de relativiser, c’est important quand on écoute ces personnes de légitimer leur parole. Pour se soulager, certains vont s’engager dans des actions bénéfiques pour l’environnement, ils vont limiter la consommation de certains produits… Ce sont des actions à sa propre échelle mais on a le sentiment de sortir d’une certaine passivité, de l’impuissance. Être au contact de la nature est aussi très important. On sous-estime vraiment les effets bénéfiques des espaces verts sur notre corps et notre psychisme.

Propos recueillis par Marina Fabre, @fabre_marina 

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