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Après deux ans de polémique, Total renonce finalement à s’installer sur le campus de Polytechnique

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Publié le 29 janvier 2022

GOUVERNANCE D’ENTREPRISE

TotalÉnergies rétropédale. Le pétrolier devait installer un centre de recherche au sein du campus de Polytechnique mais il vient d’y renoncer face à la fronde des élèves et des ONG. Ces derniers se mobilisent depuis deux ans, dénonçant une stratégie d’influence du groupe sur “les cerveaux des futurs cadres de la nation”. Ils se félicitent de leur victoire mais restent vigilants. 

C’est un projet qui fait l’objet d’une vive controverse depuis son annonce et TotalEnergies vient d’y renoncer. Alors que le groupe avait prévu d’installer un centre d’innovation et de recherche dédié aux énergies bas-carbone (renouvelables, batteries, nouvelles mobilités) au cœur du campus de l’École Polytechnique, il a annoncé dans un communiqué publié le 28 janvier faire machine arrière. Il évoque “un retard important par rapport au calendrier initial” et des “recours qui vont nécessiter plusieurs années avant de pouvoir être définitivement purgés et permettre sa construction”.

“C’est une excellente nouvelle”, réagit Benoit Hagland, ancien de Polytechnique qui a participé aux premières manifestations des étudiants il y a deux ans. “Les mobilisations ont payé ! Total pensait sûrement que notre engagement allait retomber avec les nouvelles promotions mais elles se sont aussi mobilisées. Il en a eu marre de cette résistance“, croit-il. Depuis 2020, les étudiants, rejoints par les ONG et des alumni, protestent contre ce qu’ils appellent la “stratégie d’influence” de Total. 

Une stratégie “d’influence néfaste”

“Coûte que coûte et en dépit de l’urgence climatique, l’industrie des fossiles tente d’accroître son influence néfaste sur les établissements de l’enseignement supérieur et les cerveaux des futurs cadres de la nation”, dénonce Edina Ifticène, chargée de campagne pétrole à Greenpeace France. En mars 2020, face à la fronde, le Conseil d’administration, avait décidé de déplacer de 200 mètres le centre de recherche, sur un terrain qui appartient à l’Établissement public d’aménagement de Paris-Saclay et non plus à Polytechnique. Un “tour de passe-passe” qui n’avait pas réussi à convaincre les associations et élèves. 

“Les nouvelles énergies n’attendent pas. Et la transformation de TotalEnergies – qui a accéléré en 2021 – ne peut pas non plus attendre”, affirme le groupe dans son communiqué. L’École polytechnique a également réagi, en disant prendre acte et regretter la décision prise par TotalEnergies même si celle-ci ne remet pas en cause les partenariats avec l’entreprise “ni les engagements de l’école dans le domaine de la transition énergétique”. Le pétrolier maintient en effet son partenariat scientifique avec l’Institut polytechnique de Paris et notamment avec les départements dédiés à l’énergie, à l’intelligence artificielle et à la science des données.

Le parquet a ouvert une enquête

Si les ONG et les étudiants se félicitent de ce renoncement, ils n’en restent pas moins vigilants. “Nous continuerons à nous battre pour que les relations entre l’École polytechnique et les entreprises partenaires s’inscrivent dans un cadre transparent et soient accompagnées de garanties concernant l’indépendance de la recherche et de l’enseignement”, a fait valoir Thomas Vezin, secrétaire général de la Sphinx, association fondée en 2017 par d’anciens élèves de Polytechnique. 

L’association fait d’ailleurs partie des trois ONG avec Greenpeace et Anticor, qui ont déposé plainte en avril dernier contre Patrick Pouyanné, pour prise illégale d’intérêt. C’est la double casquette du PDG de TotalEnergies, également membre du conseil d’administration de Polytechnique, qui entretient la confusion.   Le PDG a de son côté assuré s’être retiré des débats et abstenu au sein du conseil de l’X concernant ce projet, à l’exception d’une fois, lorsqu’il est intervenu en tant que patron du groupe pour répondre aux autres administrateurs. En septembre dernier, le Parquet national financier a d’ailleurs ouvert une enquête à ce sujet. Il va devoir déterminer si le PDG de Total a profité de sa présence au conseil d’administration de l’école pour influencer la décision d’implanter un centre de recherche au sein du campus. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina avec AFP

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