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Arrêtez d’essayer d’être heureux au travail

Chroniques d’experts

Carrière

Le 02/08/2021

Heureux au travail

© Getty Images


Temps de lecture : 6 minutes

Que cherchons nous vraiment quand nous disons vouloir trouver plus de sens à notre travail ? En quoi cela diffère-t-il du bonheur ? D’après le psychologue Roy Baumeister et ses collègues, il existe cinq grandes différences entre ces deux notions.

Le bonheur au travail fait couler beaucoup d’encre. Et pourtant, rares sont ceux qui savent l’atteindre, à en juger par les chiffres de l’institut Gallup, selon lequel 85% des salariés ne sont pas engagés dans leur travail. Comme nous consacrons en moyenne 90 000 heures de notre vie au travail, il est évidemment très utile de comprendre comment optimiser ce temps passé à gagner notre vie. Mais cela est plus compliqué qu’il n’y paraît : si vous faites du bonheur votre principal objectif, il risque de vous échapper. Car le bonheur (comme toutes les émotions) est un état passager et non permanent. Une autre approche, plus concluante, consiste à privilégier la recherche de sens dans votre activité professionnelle.

Comme l’a expliqué Emily Esfahani Smith, les personnes qui cherchent à trouver du sens à leur vie personnelle et professionnelle atteignent généralement un niveau de bien-être supérieur à celui des autres. Des études montrent que faire en sorte que le travail ait plus de sens est l’un des moyens les plus puissants, mais les moins utilisés, d’augmenter la productivité, l’engagement et la performance. Dans une enquête réalisée auprès de 12 000 personnes, 50% d’entre elles ont déclaré ne pas avoir l’impression que leur travail avait un sens ou une importance véritable. Mais celles qui en avaient l’impression affichaient un niveau de satisfaction au travail 1,7 fois plus élevé et un niveau d’engagement 1,4 fois plus fort, et avaient plus de trois fois plus de chance de rester dans leur entreprise actuelle.

En tant que coach de cadres dirigeants qui réfléchissent à la prochaine étape de leur carrière, j’entends souvent des clients exprimer leur souhait de trouver davantage de sens à leur travail. Prenons l’exemple de Jon (il ne s’agit pas de son vrai prénom). Il avait créé et développé une société dans les biotechnologies, qui avait atteint un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards de dollars. Les investisseurs rongeaient leur frein en essayant de le convaincre de prendre les rênes d’une autre entreprise en qualité de P‑DG. Mais face à ces offres en apparence très séduisantes, Jon avouait qu’il souhaitait surtout s’attaquer à ce qui lui semblait être des problèmes de santé plus importants, que personne n’était parvenu à résoudre à ce jour. Flatté d’être invité à occuper des fonctions aussi élevées, il attendait cependant autre chose de son travail, notamment une satisfaction et un engagement durables au travail.

La différence entre sens et bonheur

Dans une étude récente, Shawn Achor et son équipe de chercheurs ont constaté que neuf personnes sur 10 étaient prêtes à renoncer à un certain pourcentage de leur salaire toute leur vie durant pour occuper un emploi ayant plus de sens à leurs yeux. Cela fait beaucoup de gens qui accepteraient de gagner moins en échange d’un travail qui compte. Mais que cherchons nous vraiment quand nous disons vouloir trouver plus de « sens », et en quoi cela diffère-t-il du bonheur ?

Les philosophes, les penseurs, les artistes et les chercheurs en psychologie sociale peinent depuis longtemps à répondre à cette question. D’après les travaux du psychologue Roy Baumeister et de ses collègues sur le bonheur et le sens, il existe cinq différences entre ces deux notions :

1. Satisfaction des désirs ou des besoins

Satisfaire ses désirs est corrélée au bonheur, mais pas au sens. D’ailleurs, d’après Roy. Baumeister, « il s’avère que la fréquence des sentiments positifs et négatifs n’a aucun rapport avec le sens, qui peut se développer même dans des conditions très difficiles. » Jon, par exemple, aurait peut-être apprécié le prestige d’un titre de P-DG, mais sa volonté de faire quelque chose qui compte était plus forte, même si cela signifiait ne pas bénéficier de cet avantage.

2. Temporalité

Roy Baumeister a observé que si le bonheur est directement lié à la situation « ici et maintenant », le sens « semble provenir d’un assemblage du passé, du présent et de l’avenir, sous la forme d’une espèce d’histoire cohérente ». Dans le cas de Jon, accéder à un poste de dirigeant aurait pu être une source de bonheur immédiat, mais il était prêt à renoncer à cette brève bouffée d’endorphines pour chercher ce qui correspondait mieux à sa vision et à ses valeurs à long terme.

3. Vie sociale

Les liens avec les autres sont importants à la fois pour le bonheur et le sens, mais la nature de ces liens influe sur le type d’épanouissement qui en résulte. D’après les travaux de Roy Baumeister, aider les autres donne du sens tandis que se faire aider procure du bonheur. Le désir de Jon de mettre ses compétences au service des autres le prédisposait à rechercher ce type de rôle.

4. Défis

Le stress, les tensions et les difficultés limitent le bonheur, « mais semblent faire partie intégrante d’une vie très riche en sens », explique Roy Baumeister. Pour accroître ses chances de trouver du sens à sa vie professionnelle, Jon était prêt à s’engager sur une voie plus difficile que d’accepter un poste de P-DG.

5. Sentiment d’identité

Les actions ou les activités qui permettent « d’exprimer le moi » constituent une importante source de sens. Mais elles ont « très peu pertinentes » en ce qui concerne le bonheur. En s’intéressant à un autre type de poste, Jon exprimait ce qui lui tenait désormais le plus à cœur.

Comment privilégier le sens

Les distinctions qui précèdent sont autant de fils conducteurs susceptibles de vous aider à cheminer vers une vie professionnelle dotée de plus de sens, ce qui, d’après les travaux du psychologue Pninit Russo-Netzer, peut in fine conduire également au bonheur. Voici quatre mesures concrètes à prendre pour que votre travail ait plus de sens.

1. Répertoriez vos activités

Identifiez les projets et les tâches qui vous procurent une satisfaction profonde (par opposition à ceux qui sont seulement gratifiants à court terme). Etes-vous épanoui au travail quand vous faites une présentation à vos clients, par exemple ? Etes-vous stimulé quand vous servez de mentor et de coach auprès de collaborateurs moins expérimentés, en pensant à la contribution positive que vos efforts actuels auront sur leur avenir ?

2. Mettez en accord vos valeurs et vos actions lorsque vous fixez vos priorités

Si vos activités de mentor sont liées à votre identité et constituent un moyen de l’exprimer, consacrez-leur un peu de temps toutes les semaines. Si le développement personnel est l’une de vos valeurs fondamentales, adoptez des rituels quotidiens allant dans ce sens, par exemple en écoutant des podcasts, en prenant un cours ou en participant à un groupe de réflexion.

3. Concentrez-vous sur les relations, pas seulement les résultats

Mais, ce faisant, déterminez également comment vous allez vous y prendre, en n’oubliant pas que, d’après les études de Roy Baumeister, contribuer au bien-être des autres est fortement lié à la perception de sens.

4. Partagez « le meilleur de vous-même » avec vos collègues

Dans une optique altruiste, aidez les autres à identifier les activités qui leur permettent d’exprimer véritablement leur personnalité et de trouver du sens à leur travail. Dans l’ouvrage intitulé « Alive at Work », Daniel Cable recommande d’inviter ses collègues à raconter des situations dans lesquelles chacun a donné le meilleur de lui-même. Vous pouvez le faire pour vos pairs et leur demander de vous rendre la pareille.

Avoir une vie pleine de sens, une raison d’être, peut ne pas vous rendre heureux – du moins, à court terme. Cela nécessite de travailler sur soi, de faire des efforts et de s’attaquer à des questions qui peuvent dans un premier temps s’avérer frustrantes. Mais en abordant des situations professionnelles en pleine conscience, en cherchant à aider les autres tout en exprimant sa personnalité, vous arriverez à mettre en pratique les compétences qui vous aideront à trouver la valeur intrinsèque de votre travail.

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