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[Articles] Agriculture : quel bilan écologique pour Emmanuel Macron ? (1/8)

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Episode 1/8. Depuis son élection, Emmanuel Macron s’est positionné à plusieurs reprises comme le « président du climat », de son appel aux chercheurs américains lors du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris à son récent discours d’inauguration à la COP26. Mais, dans les actes, qu’en est-il ? Avec la fin de son quinquennat vient le temps du bilan. Agriculture, énergie, mobilité, climat… Voici une série de huit épisodes consacrés aux mesures écologiques prises par Emmanuel Macron. Pour ce premier opus, on passe à la loupe ses politiques dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation.

« Make our planet great again ! », avait scandé Emmanuel Macron le 1er juin 2017 aux Américains suite à la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Avant même d’être nommé en 2018 par l’ONU « champion de la Terre », Emmanuel Macron proposait dans son programme « une rupture profonde avec le modèle productif existant » et faisait de nombreuses promesses en lien avec les enjeux écologiques. Parmi elles : ramener la part du nucléaire dans le mix énergétique à 50 % ou encore fermer toutes les centrales à charbon. Au moment de la première vague de la pandémie, c’est encore lui qui avait exprimé, dans son allocution aux Français du 13 avril 2020, la nécessité de planifier « la sobriété carbone, la prévention [et] la résilience », de « sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer » et de bâtir « un autre projet dans la concorde ». Un semblant d’épiphanie qui, en pleine crise sanitaire, donnait presque envie d’y croire.

Lors de son discours d’inauguration à la COP26, qui a eu lieu du 31 octobre au 12 novembre 2021 à Glasgow, en Écosse, Emmanuel Macron a réaffirmé que la France « sera au rendez-vous de ses engagements » [en matière de réduction des gaz à effet de serre, N.D.L.R.] S’il affirme aussi qu’il « n’en sous-estime ni l’importance ni la difficulté », ses nombreuses prises de position – publiques – en termes d’écologie tranchent sévèrement avec la réalité. Son discours semble en effet bien loin des mesures mises en place durant le quinquennat. Les associations écologistes sont nombreuses, encore aujourd’hui, à dénoncer ce décalage entre ses propos et les décisions prises par le gouvernement : détricotage de la loi climat, soutien aux multinationales polluantes, promesses électorales non tenues… La France, qui ne respecte toujours pas l’Accord de Paris pris en 2015, n’a de leçon à donner à personne. Malgré ce décalage avéré, Emmanuel Macron s’est encore permis, lors de son discours d’inauguration à la COP26, d’interpeller les « plus gros émetteurs », dont les stratégies nationales ne sont pas conformes à l’objectif du 1,5 degré, à rehausser « leur ambition dans les quinze jours ». Le président aurait-il cependant oublié les deux condamnations du tribunal administratif de Paris et du Conseil d’État pour son inaction en termes de politiques publiques environnementales ? Faudrait-il lui remémorer également les nombreux rappels du Haut Conseil pour le climat à respecter les engagements de l’Accord de Paris ? Cette hypocrisie est arrivée à son comble le vendredi 29 octobre 2021, à l’avant-veille de la COP26 donc, quand a circulé un document confidentiel où la France tente de faire reconnaître dans la taxonomie européenne le gaz et le nucléaire sous le label « énergie verte » pour s’assurer des marchés à l’étranger.

Pour ne pas se laisser bercer par les stratégies de communication du président, ce bilan rend compte des mesures phares du gouvernement en matière d’écologie, et en donne le ton. Si Emmanuel Macron n’hésite pas à rappeler l’importance des enjeux écologiques via ses tweets ou ses prises de parole publiques, les actes suivent plus rarement. Nous dressons donc ici un bilan de son quinquennat via une analyse des principales mesures du président depuis son élection, en 2017, jusqu’à aujourd’hui, à quelques semaines de l’élection présidentielle.

Ci-dessous : en rouge les mesures négatives, en gris les neutres, et en vertes les positives

Agriculture / Alimentation

Emmanuel Macron a échoué à interdire les néonicotinoïdes, le glyphosate et l’élevage de poules en cage, qu’il s’était pourtant engagé à supprimer, en plus d’amoindrir les aides aux agriculteurs biologiques. Côté alimentation, des efforts ont été réalisés au niveau de la restauration collective, qui devrait contenir plus de produits « durables », sans pour autant définir très clairement les aliments concernés. Le bilan reste donc mitigé.

     1. Une restauration collective plus durable ?

La loi EGalim prévoit, à partir de 2022, 50 % de produits bio ou durables dans la restauration collective. Ces produits doivent être conformes à la certification environnementale de niveau 2 pour entrer dans ces 50 % (La certification environnementale est un dispositif de l’État qui se décline en trois niveaux et concerne les exploitations agricoles, ndlr). Pourtant les volailles, quel que soit le type d’élevage – donc, potentiellement, d’élevage industriel –, bénéficient de cette recommandation.

     2. Distance minimale des épandages de pesticides

Le 20 décembre 2019, le gouvernement a annoncé que les agriculteurs devront respecter des distances minimales de sécurité entre les zones d’épandage et les habitations. Elles sont fixées respectivement à trois, cinq (pour les cultures basses), dix (pour les cultures hautes) ou, de façon exceptionnelle, vingt mètres (pour 0,3 % des produits phytosanitaires seulement). Ces distances restent, pour les associations environnementales, très insuffisantes pour protéger la population.

     3. Interdiction non effectives pour l’élevage intensif

Emmanuel Macron avait promis d’interdire l’élevage de poules en cage lors de sa campagne pour l’élection présidentielle. Pour l’instant, seules les installations de nouveaux élevages en batterie sont interdites. De même pour la castration à vif des porcelets et le broyage des poussins mâles, interdits depuis le 1er janvier 2022, mais dont l’effectivité sera progressive.

     4. Loi autorisant de nouveau les néonicotinoïdes

Les insecticides néonicotinoïdes, connus pour être très toxiques pour les pollinisateurs, et de ce fait interdits en 2018, ont été à nouveau autorisés par le gouvernement en 2020 pour les producteurs de betteraves à sucre.

     5. Promesse non tenue sur le glyphosate

Emmanuel Macron avait promis lors de sa campagne d’interdire le glyphosate, une des molécules les plus utilisées dans les produits phytosanitaires. À la fin de son mandat, cette interdiction n’a pas encore cours, et semble toujours plus lointaine.

     6. Interdiction du dioxyde de titane dans les produits alimentaires

La loi EGalim prévoit l’interdiction du dioxyde de titane, un minéral composé d’oxygène et de titane, classé comme cancérogène avéré par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) dans les produits alimentaires.

     7. Révision du programme national de nutrition santé (PNNS)

Le gouvernement a ajusté les recommandations nationales en matière de santé alimentaire. Suite à l’avis de l’ANSES, l’État recommande de baisser la consommation de charcuterie et de viande, de privilégier les légumineuses, les fruits à coque et les céréales complètes. Les jus de fruit, quant à eux, passent dans la catégorie « boisson sucrée ».

     8. Plan protéines végétales

Dans le cadre du plan France Relance, le gouvernement a réservé une enveloppe de 100 millions d’euros pour soutenir la production française de protéines végétales. Il vise à augmenter de 40 % la surface de production de légumineuses sur trois ans, améliorer l’autonomie alimentaire des élevages et soutenir la recherche et le développement. Un budget encore insuffisant, néanmoins, selon les syndicats paysans.

     9. Plan « pollinisateurs »

Les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture et de l’Alimentation ont annoncé le 21 novembre 2021 le lancement d’un plan national pour stopper le déclin des insectes pollinisateurs, ainsi qu’un nouvel arrêté sur la protection des abeilles qui contraint les agriculteurs, à partir du 1er janvier 2022, à utiliser des produits phytosanitaires (herbicides et fongicides compris) seulement sur certaines tranches horaires. Des mesures encore trop marginales selon les syndicats d’apiculteurs et les associations écologistes.

     10. Suppression des aides au maintien de l’agriculture biologique

Le 20 septembre 2017, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Stéphane Travert a annoncé la suppression des aides au maintien de l’agriculture bio, pourtant essentielles à la pérennité des jeunes exploitations pour compenser leur déséquilibre financier.

     11. Lois contre la maltraitance animale

La loi contre la maltraitance animale marque une avancée pour les animaux de compagnie (fin de la vente de chiots et chatons en animalerie, peines durcies pour maltraitante ou abandon…) et les animaux sauvages en captivité (via l’interdiction progressive dans les cirques). En cas de mauvais traitement des animaux, la loi EGalim double les sanctions : elles passent de six mois à un an d’emprisonnement, assorties de 15 000 euros d’amende. Le délit de maltraitance animale est également élargi aux abattoirs et aux transporteurs d’animaux, et désigne « un responsable de la protection animale » dans chaque abattoir qui bénéficie du statut de lanceur d’alerte. En revanche, les conditions de vie des animaux d’élevage ne sont pas prises en compte de la même façon.

     12. Rejet de l’interdiction des publicités pour les aliments trop gras, salés, sucrés

Le 27 mai 2018, l’Assemblée nationale a refusé d’inscrire dans la loi l’interdiction des publicités pour des produits alimentaires « trop gras, trop sucrés ou trop salés à destination des enfants » ainsi que l’amendement pour rendre obligatoire le « nutriscore » – un système d’étiquetage nutritionnel présent sur les emballages des produits alimentaires.

     13. Soutien à l’exonération fiscale de l’huile de palme

Après plusieurs années de lutte des associations écologistes, l’avantage fiscal pour les biocarburants contenant de l’huile de palme a bien été retiré, mais contre   l’avis du gouvernement. Le 24 février 2021, le Conseil d’État a interdit tous les produits à base d’huile de palme dans les biocarburants.

-> Bilan : 3 mesures sur 13 positives


A vos agendas…
Sortie du prochain épisode consacré au climat : vendredi 11 mars.

Pour aller plus loin 
Dossier sur le bilan écologique d’Emmanuel Macron à retrouver dans son intégralité dans notre K60.

Pour en savoir plus ou lire la suite : Source | Lien vers l'article

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