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[Articles] La Low-tech fait son show dans un festival à Concarneau

Fabriquer un four solaire, concevoir une marmite norvégienne, participer à une table ronde sur le « mieux manger »… Jusqu’au 3 juillet, l’association le Low-tech Lab organise son premier festival pour faire découvrir concrètement des technologies sobres en ressources et en énergie. L’occasion aussi de célébrer le retour de Corentin de Chatelperron et du Nomade des mers en Bretagne. Petite immersion dans ce village des innovations et rencontre avec le co-fondateur du Low-tech Lab.

« Vous aimez les crêpes ? », interroge Frédéric Henrio, en se tournant vers les visiteurs. Tout le monde répond positivement dans un élan d’enthousiasme, sans imaginer la finalité de la question. Le Breton enchaîne : « Eh bien pour profiter d’une fest-noz (célébration régionale, ndlr), et alimenter une crépière pendant six heures, il faudrait douze heures de pédalage. » A l’occasion du festival de la low-tech à Concarneau, ce bénévole du Comté cycliste de Saint-Evarzec (commune située à dizaine de kilomètres de Concarneau, ndlr) a apporté avec lui une machine un peu particulière pour illustrer ses propos : une centrale électro-musculaire. « Petit jeu de mot avec centrale nucléaire », sourit l’intéressé.

Derrière lui, dix vélos sont branchés entre eux et reliés à cette centrale. « Si tous les vélos fonctionnent et que l’on a de bons cyclistes qui pédalent, on peut produire jusqu’à 500 Watts », précise ce passionné de cycles. Il montre fièrement une petite lampe qui s’allume, tandis que quelques curieux forcent sur leurs mollets. Pour Frédéric Henrio, il s’agit avant tout de sensibiliser les citoyen.ne.s au gaspillage énergétique. « On ne voit pas ce que représente l’électricité lorsque l’on branche notre chargeur. Quand on pédale, on en prend davantage conscience », exprime l’animateur.

« Vivre mieux avec moins »

Depuis 2013, l’association du Low-Tech Lab déniche, expérimente et documente les technologies et les savoir-faire accessibles qui répondent à nos besoins primordiaux, tout en respectant l’environnement. Poêle de masse, toilettes sèches, garde-manger…Sur son « wiki » des low-tech, l’association met à disposition de chacun.e des tutos d’outils pour gagner en sobriété et en autonomie chez soi. Son leitmotiv : « Donner l’envie et les moyens de vivre mieux avec moins. »

Chaque stand du festival l’illustre concrètement. Ce samedi 25 juin, l’association INTI et l’entreprise NeoLoco étaient notamment présentes pour promouvoir l’usage du four solaire [article et tuto sur le four solaire disponibles dans notre prochain numéro]. Munie de 57 miroirs, la machine Lytefire de NeoLoco monte jusqu’à 300° : les rayons du soleil se reflètent sur les miroirs et convergent vers une vitre qui les laissent entrer dans le four. Des cookies au caramel et à la noisette, cuits sur place, ont appuyé la démonstration, et ravi au passage les papilles des passants.

Le grand retour du Nomade des Mers

Si beaucoup de visiteurs sont venus découvrir ou tester les solutions low-tech pour ce premier jour du festival, le retour de l’emblématique Nomade des Mers à son port d’attache, prévu à 16 heures, a attiré de nombreux admirateurs. Débuté en février 2016, ce voyage en catamaran a permis de documenter plus de 50 low-tech découvertes à travers ses 25 escales. A son bord : le désormais célèbre Corentin de Chatelperron –-, mais aussi Guénolé Conrad et Caroline Pultz qui l’ont accompagné en intermittence lors du voyage. Lors de ce périple, ils ont notamment découvert le déshydrateur solaire au Mexique, le filtre à eau en céramique au Guatémala, ou encore la culture de spiruline à Madagascar.

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©Alicia Blancher

En France, ce sont Pierre-Alain Levêque et Clément Chabot qui ont tenté d’« intégrer cette vision low-tech à nos modes de vie développés » en expérimentant pendant un an ces solutions dans une « tiny house », présente sur le festival.

Il est également possible pendant ces quelques jours de visiter le Nomade des mers. Avant de passer le seuil de ce « bateau-laboratoire », Caroline nous prévient : « Vous verrez, ça grouille à bord ». Ferme de grillons pour l’alimentation, élevage de mouches soldats noires pour le compost, culture de spiruline et de plantes en bioponie (pratique dérivée de l’hydroponie, qui consiste à cultiver des plantes hors-sol à l’aide d’une solution nutritive organique et biologique, ndlr)… Un véritable écosystème y cohabite. « Nous ne sommes pas trois co-équipiers mais des milliers », aime à présenter l’ancienne designeuse qui a rejoint l’aventure il y a deux ans.

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Corentin de Chatelperron nous relate l’une de ses découvertes préférées : la culture de mouches soldats noires ©Alicia Blancher

Sur l’avant du bateau, on retrouve trois fours solaires, à l’arrière une petite éolienne et à l’intérieur un pédalier, afin de produire de l’électricité sur cet habitat maritime. « Mon rêve ce serait d’installer une laverie à côté d’une salle de sport, dont les usagers produiraient l’énergie nécessaire en pratiquant leur activité. Du sport rentable », souligne Corentin tout en nous faisant une petite démonstration du pédalier.

Pour l’ingénieur breton, ce retour à Concarneau ne marque pas la « fin » mais bien le « début » d’une aventure. Et pour cause, il repart d’ici fin septembre avec Caroline à l’ouest du Mexique, en basse Californie, pour expérimenter de nouvelles technologies low-tech en milieu aride. « On cherchait un espace sous contrainte, ce qui permet d’innover et d’être plus créatif », explique Corentin.

Passer à l’échelle supérieure 

Après avoir expérimenté différentes solutions low-tech au sein de leur association, l’équipe souhaiterait toucher davantage le grand public. L’un des enjeux de ce festival. Pascal, 54 ans, est venu de Bordeaux spécialement pour l’occasion, sur ce premier week-end. « J’avais envie de découvrir concrètement la low-tech, de mettre la main à la pâte », justifie-t-il, appliqué à scier des planches de bois pour fabriquer une marmite norvégienne sous le chapiteau du Konk Ar Lab, le FabLab (lieu qui met à disposition du public des outils nécessaires à la conception d’objets, ndlr) de Concarneau. Aidé de deux jeunes « maîtres bricoleurs » – Amos de 18 ans et Nacio de 9 ans -, Pascal n’a pas vu le temps passé, et n’a toujours pas visité les autres stands à quelques mètres.

Conférences, expositions, atelier de réparation de vélos, formation de fabrication de four solaire… Ce premier festival offre diverses portes d’entrée vers la low-tech. Julie, Juliette, Matthias et Olivier, un groupe d’amis vivant en Bretagne, sont venus assister au retour du Nomade des mers et visiter le bateau. Julie avait suivi son périple via des documentaires télévisés. Si cette dernière est attentive à « réduire [ses] déchets », elle reconnaît ne pas s’être engagée dans une démarche low-tech qui lui paraît plus difficile à mettre en place. « On est justement là pour découvrir », lance son ami Olivier, qui souhaite revenir un autre jour avec ses enfants pour le « coté très pédagogique » du festival.


Pour montrer l’intérêt de ces outils accessibles et durables à une plus grande échelle – et prouver qu’ils ne sont pas réservés à des ingénieurs passionnés -, le Low-tech Lab collabore avec l’ADEME, la région Bretagne et la communauté d’agglomération de Concarneau pour mener une « transition low-tech » sur des territoires expérimentaux. Parmi les vingt structures candidates sélectionnées : la mairie de Rosporden, l’hôpital de Concarneau ou encore le Muséum national d’histoire naturelle. « Sur un ou deux ans, nous mènerons un accompagnement individuel pour chaque structure, comprenant notamment de leurs besoins spécifiques, dans des domaines divers comme l’habitat, les déchets ou encore la mobilité », précise Jacqueline Roisil, directrice adjointe de l’ADEME Bretagne, présente à l’ouverture du festival. Les premiers ateliers commenceront en septembre prochain.


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Pour aller plus loin

Low-Tech Lab : https://lowtechlab.org/fr
Programme du festival : https://lowtechlab.org/fr/festival-2022/le-programme

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