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[Articles] NégaWatt : « La sobriété consiste à permettre à chacun de consommer mieux et moins »

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Ce qui va être important, c’est que les pouvoirs publics trouvent le bon équilibre, sur deux points. Le premier, c’est de s’assurer que les efforts sont portés par tous les acteurs, et pas seulement par les ménages. Et donc envoyer des signaux assez forts aux entreprises ainsi qu’aux collectivités qui vont être contraintes, de toute façon, de faire des efforts. Typiquement, les panneaux publicitaires qui ont envahi différents espaces publics constituent une consommation peu justifiée. De plus, ils sont vecteurs de messages nous incitant à consommer. La deuxième chose, c’est la justice sociale, c’est-à-dire ne pas demander des efforts de façon uniforme. Il faut cibler les consommations les moins justifiables. Et, à l’inverse, protéger les citoyens les plus fragiles. On ne peut pas demander à des ménages en précarité énergétique de baisser le chauffage. Il y a donc des usages à protéger et renforcer et d’autres à éliminer. La question est : « Où est ce qu’on met le curseur entre les deux ?» Il n’y a pas de vérité absolue et cela passe nécessairement par un processus démocratique, qui vise une sobriété concertée.

Vous parlez de processus démocratique. Certains pensent au contraire qu’il faut restreindre les libertés pour garantir la mise en place d’une sobriété…

La question de la liberté met en lumière le lien de la sobriété avec des enjeux d’équité ou de solidarité. Car il y a un lien évident, même s’il est contre-intuitif, entre la sobriété et la liberté. Si l’on parle de mobilité, par exemple, et qu’on regarde le déclenchement de la crise des « gilets jaunes », on voit que celle-ci est liée à une dépendance forte à la voiture, seule option de mobilité pour un grand nombre de ménages, avec des distances de plus en plus longues à parcourir et un poids de plus en plus insupportable sur leur budget. La dynamique de sobriété propose de développer les infrastructures pour permettre le recours à l’usage du vélo, le renforcement de l’offre de transports en commun, les solutions de télétravail ou de covoiturage. On n’est pas obligé demain de prendre systématiquement son vélo ou un bus. Il s’agit au contraire de renforcer l’offre et permettre à chacun de choisir selon les moments, selon les conditions et les contextes, entre différentes solutions de mobilité. La sobriété consiste à permettre à chacun de consommer mieux et moins dans des meilleures conditions. Elle peut ainsi s’accompagner d’une forme de liberté. À l’inverse, si l’on ne fait rien, les effets des crises peuvent être de plus en plus liberticides.

Il est souvent opposé à la sobriété le fait qu’elle nuise à croissance et fragilise le modèle social.

Les principaux verrous à une réflexion positive sur la sobriété sont le rapprochement entre sobriété et décroissance, perte de confort ou de pouvoir d’achat. Il ne s’agit pas de faire de la décroissance un objectif en soi, mais d’interroger le modèle économique sous les angles écologique, géopolitique ou de justice sociale. On atteint les limites planétaires, voire on les dépasse, il est donc indispensable que les entreprises fassent évoluer très vite leurs modèles d’affaires, qu’elles apprennent à créer de la valeur en économisant de la ressource. Aujourd’hui, à négaWatt, quand on réfléchit à la question de la sobriété, on se réfère à l’économie du donut, c’est-à-dire à cette idée d’inscrire le modèle économique entre deux limites : d’un côté, un plafond écologique correspondant aux limites planétaires, de l’autre, un plancher social, correspondant aux conditions de vie décentes auxquelles chacun doit pouvoir accéder. Ces deux limites doivent être définies collectivement.

Vous évoquez la difficulté de positionner le curseur de la sobriété. Qui peut être garant de ce curseur ? L’État ?

L’État et les collectivités, parce que cela se joue à différents niveaux. Les pouvoirs publics doivent organiser la cohérence qui s’articule sur les trois piliers : sobriété, efficacité et renouvelables. La mobilité est peut-être l’exemple le plus important et le plus parlant. Car la voiture est quand même à la source d’énormément de problèmes. Typiquement, sur les véhicules, comment fait-on une régulation sur l’efficacité des moteurs qui n’est pas couplée avec une régulation sur la taille globale des véhicules ? On l’a bien vu avec l’introduction du critère bonus-malus sur le poids des véhicules proposé par la convention citoyenne pour le climat (CCC), qui plaidait pour la création d’une taxe de 10 euros par kilogramme pour les véhicules neufs de plus de 1400 kilos. La taxation concerne in fine les véhicules au-delà de 1800 kilos. C’est devenu un critère inopérant. [la taxe ne concerne que 2,3% des véhicules, N.D.L.R.].

La tendance actuelle consiste à penser qu’on va régler le problème en remplaçant des véhicules thermiques par des véhicules électriques, sans rien changer d’autre. C’est une impasse. Elle ne fait que déplacer le problème des limites environnementales et maintenir les problèmes d’inégalité dans l’accès à la mobilité, d’autant plus que le modèle économique des véhicules électriques risque d’être encore moins égalitaire que le modèle thermique, notamment sur les marchés d’occasion. Pour négaWatt, l’émergence du véhicule électrique devrait au contraire être une opportunité pour repenser notre rapport à l’automobile et réduire notre dépendance du point de vue de l’aménagement du territoire, de l’étalement urbain, du budget des ménages, de la pollution atmosphérique, etc. Il faut proposer des solutions qui n’imposent pas aux ménages d’être propriétaires d’un véhicule à tout faire, sur-dimensionné par rapport à son usage quotidien et sous-utilisé. Nous proposons par exemple d’aller vers des solutions plus partagées, avec un recours à des véhicules différents selon les besoins.

Le dernier pilier du scénario négaWatt propose 100% d’énergies renouvelables en 2050. On est loin du compte par rapport à ce scénario ou à nos voisins européens.

Le scénario négaWatt propose une division par deux des consommations d’énergie finale. Les 50% de baisse se répartissent « schématiquement » ainsi : 20% grâce à la sobriété et 30% grâce aux gains d’efficacité. Leurs effets se combinent. Cette réduction est clé pour atteindre une fourniture à 100% avec des énergies renouvelables locales, déployées progressivement d’ici 2050. Sur la biomasse, il y a des défis importants et des limites. Sur les renouvelables électriques, les enjeux résident plus dans les conditions de leur déploiement. Ainsi, le photovoltaïque n’implique pas de détourner de leur usage agricole des surfaces actuellement dédiées. Et pour l’éolien terrestre, on reste sur une projection de 18 000 mâts éoliens terrestres, contre près de 30000 déjà installés en Allemagne. C’est un niveau de développement prudent par rapport à la saturation des paysages.

Justement, les renouvelables ont aussi des inconvénients : fabrication, impacts environnementaux, recyclage…

Oui, les renouvelables ont des impacts. Dans le scénario négaWatt, il n’est par exemple pas prévu de développer l’hydroélectricité du fait de ses implications sur la biodiversité. On intègre au contraire un risque de baisse de la production des ouvrages hydroélectriques existants à mesure que le stress hydrique va augmenter sous l’impact du dérèglement climatique. On a besoin d’activer toutes les énergies renouvelables, mais dans les limites d’un juste déploiement. C’est aussi un enjeu de nouvelles filières industrielles sur lesquelles la France peut prendre un rôle important, notamment sur l’éolien flottant, compte tenu des compétences dont elle dispose de par son histoire pétrolière.

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