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Avec le tantra, on ne « fait plus l’amour, on est amour »

« On est là pour jouir. Jouir de chaque instant qui passe. » Des roches noires ridées, des friches à l’abandon et des montagnes enneigées. C’est au fin fond de la vallée de la Haute-Bléone, située dans les Basses-Alpes, que Pierre Servanton a installé un lieu d’accueil pour organiser des stages d’initiation au tantra, à 20 minutes à pied des premières habitations.
« C’est un lieu puissant énergétiquement. Ici, on est dans une vallée assez encaissée, en cul-de-sac, qui n’a pas été bousillée par le tourisme », décrit-il.
Crâne chauve, écharpe jaune, lunettes rondes, Pierre est accompagnateur en montagne. Il fait également partie du collectif Nouveaux Horizons qui regroupe 7 animateur·trices en tantra. Séduction, sexualité, respect de l’autre… Il fait le constat que le patriarcat a influencé notre intimité et nos corps. « Séduire des partenaires, faire l’amour, c’est très valorisant. Mais à un moment, tu satures, tu as l’impression de tourner en rond. Avec le tantra, on ne fait plus l’amour, on est amour. On est plus dans l’être que dans le faire. »

« Le tantra a une réputation sulfureuse, car il est considéré comme très sexuel. Mais il n’y a pas de passage à l’acte, pas de pénétration », explique Pascale, qui pratique le tantra dans le sud-ouest de la France. À l’origine, le tantra est une spiritualité indienne libre et subversive de l’hindouisme.

Une forme de lâcher-prise ? Pierre poursuit :

Mise à nu

Pour s’abandonner, il n’existe pas de manuel de bonnes pratiques à prendre au pied de la lettre. Mais le tantra nécessite quelques règles. En début de stage, les participants s’engagent à garder pour eux ce qu’il s’est passé lors du stage. « C’est très intime, car on va se mettre à nu au sens propre comme au figuré, donc on a besoin que les autres ne dévoilent pas notre identité ou ce que l’on va faire. »
L’initiation peut débuter. Cela commence par une simple salutation à l’autre. Les deux mains jointes au niveau du plexus solaire, en penchant la tête en avant. Puis, en verbalisant : « je salue le divin qui est en toi », pour témoigner de son respect. Comme le font la plupart des peuples d’Asie. Vient ensuite la méditation du regard. À un mètre l’un de l’autre, on plonge alors son regard dans l’œil gauche de son partenaire.

« Vous avez déjà vraiment regardé une personne dans les yeux ? Ce n’est pas si évident, lance Pascale. C’est d’une incroyable amplitude. Ça part des doigts de pied jusqu’aux cheveux. On devrait apprendre le tantra en sixième ! » À tour de rôle, chacun va ensuite déshabiller l’autre en gardant les yeux fermés. C’est le moment de l’effeuillage. Une fois nus, chacun prend le temps de regarder le corps de l’autre dans sa globalité et promener son regard sur chaque parcelle de peau. « Petit, grand, gros, maigre, borgne, manchot… On se livre au regard des autres comme on est », ajoute Pierre Servanton.

« On est toujours en train de se planquer derrière son métier, son enfant, son partenaire… Que tu sois ingénieur, que tu gagnes du fric, on s’en tape !, s’exclame Pascale. Au tantra, on essaie d’enlever ces enveloppes. La vraie personne, elle est faite de chair, d’os, de cicatrices, de bourrelets. Tu te rends compte que chacun est beau, loin des schémas instagramés. »

« Lorsque l’on fait l’amour, il y a un rapport marchand qui s’installe »

Pascale s’est également initiée au massage tantrique, où l’un·e des partenaires reçoit des caresses subtiles à tour de rôle.

Le tantra réinterroge d’ailleurs la norme de l’hétérosexualité encore largement tenace dans notre société. « Chaque personne a une part de féminin et de masculin en lui. On voit bien que l’on n’est pas hétérosexuel à 100 % ou homosexuel à 100 % », explique Pierre Servanton. Lors de massages tantriques, l’animateur note souvent de la gêne de la part des partenaires. « On vit dans une société de contrôle. En Occident, ça nous fout la trouille de recevoir, car on se sent obligés de tout maîtriser, tout contrôler. Recevoir fait peur, ça nous met mal à l’aise. Il faut toujours produire un travail pour pouvoir recevoir sans culpabiliser. »

Après un massage tantrique s’ensuivent parfois des moments de contemplation en pleine nature et de longues marches en silence. Encore une fois : rien n’est obligatoire, mais ils peuvent être importants pour capter la beauté de la nature. Le visage au vent et la tête dans les arbres, les questions pleuvent souvent : ça veut dire quoi, vraiment, « faire l’amour » ? Pour Pierre, le tantra fait la peau à « la pénétration à tout prix ». Car on a souvent du mal à dire ce que l’on pense, à dire non. « Si mon partenaire a besoin d’avoir un orgasme, je ne vais pas me forcer. Mais il y a d’autres possibilités. Il ou elle peut se caresser devant moi, et ça peut être très agréable de regarder. On peut laisser à l’autre la possibilité de se masturber. Souvent, lorsque l’on fait l’amour, il y a un rapport marchand qui s’installe. Tu m’as fait ça donc je vais te faire ça en contrepartie. On peut aussi se dire que je reçois juste, tout en guidant doucement. Ça crée du dialogue ! »

Le couple sur la table de dissection

Le tantra picore aussi du côté de la communication dans les relations amoureuses. S’écouter, s’intéresser aux douleurs ou aux tensions qui peuvent s’agripper à notre plexus. Parler de son ressenti, de sa sensation physique permet de ne pas culpabiliser son partenaire.

C’est le jeu du yin et du yang, où chacun dispose de 30 minutes pour exposer ses peurs, ses désirs et ses fantasmes à l’autre. « Bien sûr, nos rythmes sont très différents. Chez l’homme, la montée de désir est rapide. Chez la femme, il faut plus de temps pour se connecter énergétiquement l’un à l’autre. Petit à petit, il faut que les corps se mettent au diapason. Et quand l’un des deux est tendu comme une arbalète, ça ferme des portes. »
La pratique du tantra nécessite aussi de revisiter la notion de couple. « Je pense que les amours pluriels existent. On peut pleinement aimer plusieurs personnes en même temps, tant que l’on est honnête et que l’on respecte tout le monde », lance Pascale. L’homme de sa vie, le coup de foudre… Tous ces concepts ont, selon elle, été mis en place par le patriarcat, qui influence autant les hommes que les femmes.

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