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Biodiversité : une décision “historique” à la COP sur le commerce des espèces menacées

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requin bleu Cites Diego Delso CC0

Publié le 29 novembre 2022

ENVIRONNEMENT

La surexploitation des espèces sauvages constitue l’une des causes majeures de disparition de la biodiversité, après la perte d’habitat et le changement climatique. C’est pourquoi la conclusion de la COP sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, vendredi 25 novembre, constitue une avancée majeure. Elle a permis de protéger des centaines d’espèces supplémentaires, parmi lesquelles les requins et les raies. Une première étape avant la COP15 sur la biodiversité qui s’ouvre à Montréal le 7 décembre prochain.  

Parallèlement à la COP27 sur le climat de Charm el-Cheikh en Égypte, une autre COP se tenait à Panama, en Amérique centrale. Il s’agit de la conférence sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, dite Convention de Washington et connue sous son acronyme anglais Cites. En vigueur depuis 1975, elle réglemente le passage aux frontières de plus de 38 000 espèces animales et végétales. Elle s’est clôturée vendredi 25 novembre sur une décision “historique” qui vise à protéger une cinquantaine d’espèces de requins menacés par le florissant trafic de leurs ailerons en Asie.

La protection des requins était devenue au fil des débats une mesure emblématique, plusieurs délégations ayant posé sur leurs bureaux des requins en peluche. Ces squales ont été inscrits à l’Annexe II de la Cites limitant strictement le commerce de certaines espèces par consensus, malgré les réserves émises par le Japon, préoccupé par les conséquences de cette décision jugée “préjudiciable d’un point de vue social et économique” pour les pêcheurs de son pays. Les requins qui bénéficieront dorénavant de la protection de la Cites représentent “approximativement 90% du marché” des ailerons de squales.

100 millions de requins tués par an

Ce marché, dont le centre névralgique se trouve à Hong Kong, dépasse le demi-milliard de dollars par an (483 millions d’euros). Les ailerons peuvent se vendre 1000 dollars le kilo en Asie de l’Est pour confectionner des soupes très réputées de la gastronomie chinoise traditionnelle. Paré de mythiques vertus thérapeutiques et aphrodisiaques, autrefois réservé à l’empereur de Chine, puis à une élite, ce plat est devenu un marqueur de réussite sociale, incontournable dans les banquets et repas de fête.

Parmi les autres espèces qui vont également bénéficier de la protection de l’Annexe II, on compte les raies-guitares et des espèces de raies d’eau douce. Au total, près de 100 espèces de requins et de raies vont être protégées. “Ceci restera dans les mémoires comme le jour où nous avons inversé la tendance pour empêcher l’extinction des requins et des raies du monde”, s’est félicité dans un communiqué l’ONG Wildlife Conservation Society. “La prochaine étape cruciale consistera à mettre en œuvre ces inscriptions et à veiller à ce qu’elles se traduisent par des mesures commerciales et de gestion des pêches plus solides dès que possible”, avertit l’ONG.

D’après le directeur pour l’Amérique latine et les Caraïbes de l’ONG IFAW, Joaquin de la Torre, “les requins et les raies sont aujourd’hui le groupe d’espèces les plus menacées, plus menacées même que les éléphants et les grands félins”. “La demande internationale pour leurs ailerons et leur chair (…) a provoqué une diminution significative de leurs populations dans le monde entier : on estime que plus de 100 millions de requins meurent chaque année dans les pêcheries”, soit le double du nombre des prélèvements permettant de préserver l’espèce, explique-t-il.

Les éléphants et les hippopotames conservent le statu quo

Cette 19e conférence a également décidé de protéger 160 espèces de “grenouilles de cristal”, dont la peau transparente permet de voir les organes internes, une vingtaine d’espèces de tortues, dont la matamata, à la spectaculaire carapace épineuse qui attise la convoitise des collectionneurs. Plus de 150 espèces d’arbres et plusieurs espèces d’oiseaux chanteurs vont également être protégées. Toutes ces espèces ont vu leurs populations décliner ces dernières années.

La Cites a également rejeté la demande de plusieurs pays africains d’autoriser la reprise, même contrôlée, du commerce d’ivoire d’éléphant, ainsi que de celui des cornes de rhinocéros blanc. Elle a en revanche échoué à protéger le pernambouc, un arbre brésilien dont le bois est utilisé pour la fabrication des archets. L’Union européenne notamment s’est opposée à son classement. L’hippopotame, dont l’ivoire des dents sert de plus en plus de substitut aux défenses d’éléphant, n’a pas non plus vu son statut renforcé.

“Les Parties à la Cites sont pleinement conscientes de leur responsabilité de faire face à la crise de la perte de biodiversité en prenant des mesures pour veiller à ce que le commerce international des espèces sauvages soit durable, légal et traçable. Le commerce est à la base du bien-être humain, mais nous devons réparer notre relation avec la nature. Les décisions issues de cette réunion serviront les intérêts de la conservation et du commerce des espèces sauvages, qui ne menacent pas l’existence d’espèces de plantes et d’animaux à l’état sauvage, pour les générations futures”, estime Ivonne Higuero, la Secrétaire générale de la Cites.      

Concepcion Alvarez @conce1 avec AFP

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