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Bombes climatiques : à l’instar de la ferme des 1000 vaches, la ferme des 1200 taurillons suscite une forte opposition

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Publié le 29 juillet 2022

ENVIRONNEMENT

La ferme des 1000 vaches a définitivement fermé ses portes après cinq ans à attendre l’autorisation d’atteindre ce seuil tant décrié. Dans la Vienne, un autre projet de ferme-usine suscite lui aussi la polémique depuis maintenant huit ans : celui de la ferme d’engraissement de 1200 taurillons. Toute la semaine, Novethic vous a proposé un tour de France des projets les plus climaticides, en s’appuyant sur l’étude “Projet local, impact global” publiée en mai dernier par le cabinet BL Évolution et l’association Terres de luttes*. Dernier épisode aujourd’hui.

Vignettes projets climaticides 5

C’est une partie de ping-pong qui dure depuis 2014 autour de l’installation d’une ferme usine de 1200 taurillons dans le village de Coussay-les-Bois, un millier d’habitants, près de Châtellerault, dans la Vienne. D’un côté, il y a Pierre Liot, un industriel du sérail, âgé de 84 ans, propriétaire de fermes bovines et d’usines d’alimentation animale, récemment épinglé pour des manquements à la réglementation sur l’un de ses sites. De l’autre, il y a le collectif d’opposants Aspect, qui regroupe une douzaine d’organisations nationales et locales. Ils sont soutenus par le maire de la commune et même par l’ancienne ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili.

Le projet se situe à l’écart du village, dans un ancien site d’enfouissement de déchets, qui a fermé en 2013, sur une zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) et proche d’une nappe phréatique. Il prévoit la construction de trois bâtiments, surmontés de toits photovoltaïques, qui accueilleront les taurillons, de jeunes bovins mâles non castrés, pour les engraisser pendant plusieurs mois. Ils seront ensuite envoyés à l’abattoir puis vendus à des industriels de l’agro-alimentaire. Une unité de méthanisation est également prévue. Les permis de construire ont été accordés en 2015, mais depuis rien ou presque n’a avancé.

“Un projet porté par un homme seul contre l’ensemble de la société”

En 2017, près de 200 manifestants bloquent les travaux et obtiennent quelques mois plus tard une première victoire auprès du tribunal administratif de Poitiers qui retoque le projet. En 2020, un nouveau blocage est organisé avant un nouveau rebondissement en décembre 2020 lorsque la cour d’appel de Bordeaux donne finalement son feu vert. Le dernier revers date du 16 juin 2022. Le tribunal administratif de Poitiers, saisi par le collectif Aspect, a prononcé un non-lieu à statuer. Cela pourrait marquer la fin de l’histoire, mais c’est sans compter sur la ténacité des opposants…

“C’est un projet porté par un homme seul contre l’ensemble de la société. Le conseil départemental, la communauté d’agglomération, l’ensemble des maires du canton, le député de la circonscription et la population, à travers les deux enquêtes publiques, ont montré leur opposition au projet. La chambre d’agriculture de la Vienne a même refusé d’instruire le dossier jugeant qu’il s’agissait d’un projet industriel et non pas agricole. Le syndicat des Eaux de Vienne a quant à lui estimé qu’il y avait un risque plus que probable de pollution à court-terme. Pourquoi persister ?”, interroge Dominique Brunet, le co-président du collectif.

Un nouveau blocage et une action en justice à la rentrée

Les travaux devraient officiellement démarrer le 15 septembre prochain, mais un nouveau blocage est d’ores et déjà prévu et une nouvelle action en justice devrait être déposée. “Les permis sont assortis de tellement de préconisations qu’on sait qu’on va de nouveau pouvoir stopper les travaux”, assure l’éleveur ovin devenu militant. “On pourrait porter plainte dès aujourd’hui mais on en garde sous le coude“, s’amuse-t-il presque. Une surveillance renforcée de la part du collectif qui va déjà mener l’industriel Pierre Liot devant le tribunal correctionnel de Poitiers en décembre prochain pour plusieurs infractions.

Selon l’étude “Projet local, impact global” publiée en mai dernier par le cabinet BL Évolution et l’association Terres de luttes*, qui étudie 65 projets, ce projet de ferme-usine de taurillons devrait émettre 320 000 tonnes de CO2 équivalent sur trente ans. Le cabinet fustige la logique de “coup parti” qui permet à certains projets de poursuivre leur route jusqu’à leur mise en œuvre, sans remise en question.

Les contraintes qui s’imposent et s’imposeront du fait des dérèglements climatiques et de l’érosion de la biodiversité, font que même un arrêt très tardif de la mise en œuvre des projets peut constituer un gain écologique et économique certain. Ainsi, la dynamique doit être inversée et par défaut, un projet qui consomme de l’espace, des ressources et émet des gaz à effet de serre devrait être mis à l’arrêt et re-questionné, d’autant plus s’il n’entre pas dans une perspective de transition écologique”, notent les auteurs.

Concepcion Alvarez @conce1

*Retrouvez ici l’intégralité de l’étude “Projet local, impact global” publiée en mai 2022 par le cabinet BL Évolution et l’association Terres de luttes.

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