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Bombes climatiques : derrière l’extension de l’aéroport de Nice, une hausse du trafic aérien attendu

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Publié le 27 juillet 2022

ENVIRONNEMENT

L’extension du Terminal 2 de l’aéroport de Nice vise à accueillir d’ici 2030 plus de 20 millions de passagers, soit une hausse de 50 % de la fréquentation. Le projet, toujours d’actualité malgré la crise sanitaire, est vivement contesté pour son impact climatique, avec une projection de plus de 28 millions de tonnes équivalent CO2 émis sur trente ans. Toute la semaine, Novethic vous propose un tour de France des projets les plus climaticides, en s’appuyant sur l’étude “Projet local, impact global” publiée en mai dernier par le cabinet BL Évolution et l’association Terres de luttes*.

Vignettes projets climaticides 3

La crise sanitaire n’aura rien changé. Le projet d’extension du Terminal 2 de l’aéroport de Nice, le deuxième en France en termes de fréquentation, “reste d’actualité“, indique l’aéroport. Si le projet ne prévoit pas la construction de nouvelles infrastructures, limitant ainsi son impact sur l’artificialisation des terres, il prévoit l’extension des locaux existants, avec un hall d’enregistrement supplémentaire et six nouvelles salles d’embarquement et de débarquement. L’objectif est d’attirer toujours plus de passagers : 21,6 millions en 2030 contre 14,5 millions en 2019, correspondant à une hausse de 50 %, et plusieurs dizaines de milliers de vols supplémentaires par an.

Plusieurs associations écologistes y voient un acte climaticide et ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Marseille pour tenter de faire annuler le permis de construire accordé en janvier 2020. “Il s’agit d’un projet anachronique en totale contradiction avec les objectifs de lutte contre le dérèglement climatique et de préservation de la qualité de l’air, une fuite en avant au seul profit d’intérêts financiers et au détriment de notre santé. En dépit d’une forte opposition exprimée lors de l’enquête publique (75 % d’expression contre) et de l’avis extrêmement sévère de l’Autorité Environnementale, le permis de construire a été accordé“, dénonce France Nature Environnement Alpes 06.

Accélération du sur-tourisme”

L’instruction est désormais close et une audience devrait se tenir d’ici la fin de l’année. “Nous pointons surtout l’insuffisance de l’étude d’impact environnemental qui ne prend pas en compte la hausse du trafic aérien induite par la hausse du nombre de passagers, et donc ses conséquences sur les émissions de CO2, mais aussi la pollution liée au trafic routier pour se rendre à l’aéroport, les nuisances sonores…”, explique Laurent Parzy président de FNE06. “Cette extension qui vise à accueillir toujours plus de touristes est une aberration alors qu’il faudrait davantage miser sur le ferroviaire“, ajoute-t-il.

Il faut dire que la région est déjà sursaturée par les touristes, avec des impacts sur la biodiversité mais aussi la pollution. “L’aéroport est la pièce maîtresse du tourisme dans la région, qui n’a pas su diversifier son économie et qui en est donc hyper-dépendante, au détriment de l’urgence climatique”, souligne Airy Chrétien, du collectif 06 qui se mobilise également contre l’extension du T2. La plateforme aéroportuaire, construite en bord de mer, est en outre très vulnérable au changement climatique, accentué lui-même par le trafic aérien. C’est le serpent qui se mord la queue. 

Du côté de l’aéroport, on explique que “cette extension ne comprendra pas de nouvelle zone commerciale, mais permettra le développement des trafics court et long-courriers”. “Ces investissements vont nous permettre d’accompagner la croissance du trafic”, affirme Didier Monges, Directeur Opérations et Développement Compagnies.

“Aucune trajectoire réaliste sans réduction forte de la croissance du trafic”

Selon l’étude “Projet local, impact global” publiée en mai dernier par le cabinet BL Évolution et l’association Terres de luttes*, qui étudie 65 projets, l’extension du Terminal 2 de l’aéroport de Nice serait l’un des plus impactant actuellement menés en France, en termes d’émissions de gaz à effet de serre avec plus de 28 millions de tonnes de CO2 émis sur 30 ans. D’autres projets d’extension sont dans les tuyaux à Marseille, à Nantes, mais aussi à Lille où la préfecture vient de délivrer l’autorisation environnementale pour la modernisation et l’extension de l’aéroport. D’autres en revanche ont été abandonnés, comme à Roissy-Charles de Gaulle ou à Notre-Dame-des-Landes.

“Les projets d’extensions d’aéroports s’appuient sur des prévisions de croissance du trafic aérien a un rythme soutenu (+4 % de passager par an). Bien que les projets tablent sur des hypothèses très optimistes de réduction des émissions de gaz à effet de serre par passager, il en résulte tout de même une augmentation des émissions de gaz à effet de serre systématique, ce qui va à l’encontre des trajectoires de transition écologique. Plusieurs études montrent qu’aucune trajectoire réaliste ne peut conduire à l’objectif sans réduction forte de la croissance du trafic“, précisent les auteurs de l’étude.

Concepcion Alvarez @conce1

*Retrouvez ici l’intégralité de l’étude “Projet local, impact global” publiée en mai 2022 par le cabinet BL Évolution et l’association Terres de luttes.

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