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[Bonnes pratiques] Chez Nestlé, un guide pour apprendre à se connecter et mieux déconnecter

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Le sujet n’est pas nouveau, mais il est devenu central avec les confinements et le télétravail. Isolement, difficultés managériales, évolution du rapport au travail, enchaînement des réunions Zoom : pour Camy Puech, ces facteurs constituent un terreau fertile pour l’hyperconnexion. Et puisque, crise oblige, il a fallu s’adapter vite, « on n’a pas eu le temps de définir des règles pour bien prendre soin de soi »; analyse le PDG de Quali social, lors d’un webinaire organisé le 18 mai. Résultat : « l’hyperconnexion a favorisé la confusion entre la performance et la présence continuelle », selon Barbara Hart, associée chez Sésame Avocats. Tout l’enjeu, désormais, va être de la déconstruire et d’opérer un retour à la normale.

Chez Nestlé, un groupe de travail s’est mis en place dès le premier confinement pour accompagner les collaborateurs dans les bonnes habitudes de travail à prendre. Il y a eu une série de newsletters avec des conseils pour les télétravailleurs (conditions de travail, sécurité, ergonomie, conseils santé, etc.). Et début 2021, le groupe a voulu aller plus loin. Les collaborateurs se voient soumettre, tous les deux ans, un questionnaire visant notamment à recueillir leurs avis sur le bien-être au travail. À la suite de la dernière enquête, réalisée en octobre 2020, le groupe a identifié quatre priorités d’action. Parmi elles : l’amélioration de l’équilibre professionnel – personnel.

Ce qui a été fait ? Le groupe a déployé un guide de la connexion et de la déconnexion, car « avant de parler de déconnexion, il faut d’abord être connecté de façon efficace », explique Julie Achilli, responsable expérience collaborateur. Le guide est pensé comme un recueil de bonnes pratiques qui rassemblent les règles collectives à appliquer, et consacre un volet aux temps de connexion.

Premier objectif du guide : apprendre aux collaborateurs à se connecter de façon efficace, de façon à optimiser les temps d’échange. On y retrouve quatre thématiques :

  • collaborer efficacement, grâce à des pauses café ou à des réunions d’équipe ;
  • maîtriser les moyens de communication : quand utiliser Teams ? Envoyer un mail ? ;
  • gérer et animer une réunion efficacement : le premier conseil est évident ; il s’agit de commencer à l’heure. Il est important, aussi, d’avoir établi un ordre du jour précis ;
  • moins d’emails, comment faire ? : le guide établit des préconisations en fonction de l’urgence du message. Pour des communications urgentes ou plus informelles, un outil de messagerie instantanée ou le téléphone sont davantage adaptés ;

Avec ces conseils et rappels, Nestlé espère que ses collaborateurs opteront pour une organisation de travail plus fluide, qui les fera gagner en efficacité.

Quand et comment déconnecter ? Le guide rappelle quelques règles simples à observer : éteindre le téléphone professionnel pendant les temps de repos, bloquer un créneau pour les pauses déjeuners, fixer une heure de fin de journée, élaborer un rituel de transition entre travail et vie privée, éteindre les outils de travail le soir.

Déconnecter, c’est aussi respecter la déconnexion des autres. En cas d’envoi de mail tardif, par exemple, Julie Achilli conseille de choisir l’option d’envoi en différé ou de préciser, dans le corps de mail, qu’il n’attend pas de réponse immédiate.

Pour déployer le guide, Nestlé a établi un dispositif de communication interne, via des newsletters et le réseau social d’entreprise). Un focus a également été fait sur les managers : le guide a été décliné dans un petit guide à destination des managers pour les engager à le déployer en équipe.

Julie Achilli relève néanmoins une difficulté : que tout le monde en vienne à l’utiliser quotidiennement, et dans la durée. Certes, le guide n’apporte rien de révolutionnaire, mais « il permet d’ouvrir le débat et aux équipes de s’exprimer sur le sujet de la charge et de la déconnexion ». C’est là le principal enjeu, pour elle. Le prochain sera de savoir comment ancrer ces pratiques dans la vie quotidienne. La responsable explique que son équipe continue de se questionner sur la manière de continuer à le déployer. Le sujet va être inscrit dans l’ensemble de la culture digitale chez Nestlé, c’est un sujet au long cours.

L’ambition du groupe, désormais, est d’aller encore plus loin sur le sujet de la charge de travail et de la déconnexion. Trois niveaux doivent être pris en compte: l’organisation, les managers et les collaborateurs. En mars, un groupe de travail a été lancé afin « d’emmener les membres de la direction, pour que le sujet soit porté par l’entreprise », indique Julie Achilli.

Reste que chez Nestlé et ailleurs, il reste encore beaucoup à faire en matière de déconnexion. La moitié des participants au webinaire a d’ailleurs indiqué que leur entreprise n’avait pas mis en place de guide.

Cadre juridique
Le droit à la déconnexion est né avec la loi travail, en 2017. L’employeur doit inscrire le sujet dans le cadre de la négociation sur la QVT. À défaut d’un accord, les entreprises doivent adopter une charte des bonnes pratiques.

« Les enjeux juridiques sont très forts car il y a enjeu de prévention », rappelle Barbara Hart : « il n’y a pas de sanction directe quand on n’applique pas le droit à la déconnexion, en revanche on doit préserver la santé mentale et physique des salariés ».

En Europe, une directive sur le droit à la déconexion pourrait bientôt voir le jour.

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