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Budget 2023 : 45 milliards d’euros pour le bouclier tarifaire et toujours pas assez pour la transition écologique

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budget 2023 istock FREDERICA ABAN

Publié le 16 décembre 2022

ENVIRONNEMENT

Le budget 2023 prévoit encore 45 milliards d’euros de dépenses pour le bouclier tarifaire, afin d’aider les ménages à faire face à l’envolée des prix de l’énergie. Une mesure d’urgence qui est contestée alors que la crise énergétique est partie pour durer et que les ménages les plus modestes ne sont pas ciblés en priorité. En parallèle, la nécessaire transition écologique n’est toujours pas financée à la hauteur des enjeux, ou du moins des promesses faites par Emmanuel Macron pendant la campagne.

Le budget 2023, sur lequel le gouvernement a une nouvelle fois dégainé l’article 49.3 après un rejet au Sénat, prévoit un déficit de 165 milliards d’euros contre 158 milliards initialement. Cela est dû aux moyens mobilisés pour amortir le choc de la crise énergétique. L’année prochaine, le bouclier tarifaire, qui gèle les prix du gaz et plafonne ceux de l’électricité, devrait ainsi coûter 45 milliards d’euros. Au total, il voisinera les 100 milliards d’euros entre 2021 et 2023.

A contrario, les dépenses pour la transition écologique n’augmentent pas suffisamment. Un exemple : “les dépenses publiques prévues pour le bouclier tarifaire en 2023 sont presque 20 fois supérieures au budget de Ma Prime Rénov (2,45 milliards contre 45 milliards)”, pointe ainsi Andreas Rüdinger, coordinateur transition énergétique France pour l’Iddri.

De l’importance d’un signal prix sur les énergies fossiles

“L’objectif principal du bouclier tarifaire n’est pas la transition écologique mais une réponse urgente sur le plan social et un moyen de limiter l’impact inflationniste sur le plan économique. C’est une demi-réussite. Il a permis qu’on ait moins d’inflation que nos voisins mais il n’a pas empêché l’inflation. Or, si on avait appliqué le principe du “1 euro pour 1 euro” (un euro investi dans la transition pour un euro dépensé dans le cadre du bouclier tarifaire, ndr), cela aurait permis de mobiliser 40 milliards dans la transition environnementale”, calcule Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE.

Les experts insistent sur l’importance d’un signal prix sur les énergies fossiles afin d’inciter les Français à se tourner vers d’autres alternatives, tout en mettant en œuvre des dispositifs ciblés pour accompagner les ménages les plus modestes. Or, selon une étude de l’Institut des politiques publiques, si la mise en place de ce bouclier tarifaire était “la moins mauvaise des solutions”, ce-dernier n’a pas réussi à soutenir les ménages les plus affectés par la flambée des prix.

La crise énergétique a ainsi pesé à hauteur de 5,8% sur le niveau de vie des 20% les plus modestes, contre 3,1% sur les 20% les plus riches. Une autre étude du cabinet Astères montre que, quand l’État dépense 100 euros pour plafonner le prix du gaz et de l’électricité, il distribue 7 euros aux 10% les plus pauvres, et 14 euros aux 10% les plus riches, soit deux fois plus.

Retard important dans les transports, et notamment le ferroviaire

“Dans une société qui n’a pas encore effectué sa transition écologique, il est évident que nous ne pouvions nous passer de mesures permettant aux ménages fragilisés de faire face à l’inflation grandissante sur l’énergie. Toutefois, la crise énergétique étant là pour durer et le bouclier tarifaire n’étant pas soutenable dans le temps, nous sommes en droit de nous interroger sur la pertinence de ce dispositif pour aider réellement les ménages à faire face à cette crise”, note le Réseau Action Climat, dans un rapport évaluant le total des dépenses néfastes pour le climat et l’environnement dans le budget 2023 à 67 milliards d’euros (bouclier tarifaire mais aussi dépenses fiscales sur les taxes sur les énergies fossiles, niches fiscales sur la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), exonérations et taux réduits de TVA pour les produits énergétiques…).

Les ONG et experts appellent donc à financer la transition écologique afin de sortir de la dépendance aux énergies fossiles et sortir de cette spirale. Pendant la campagne présidentielle, le Président-candidat Emmanuel Macron avait promis d’y consacrer 10 milliards d’euros supplémentaires par an, pendant toute la durée du quinquennat. Selon une étude publiée par I4CE le 8 décembre, seulement un tiers du chemin a été parcouru avec une hausse de 3,5 milliards en 2023 par rapport à 2022.

Le retard est particulièrement important dans les investissements de l’État pour les transports. La hausse du budget 2023 atteint un milliard d’euros – contre 5,4 milliards prévus – dont 800 millions pour les aides à l’acquisition de véhicules propres. C’est surtout dans le ferroviaire et les transports collectifs urbains que le plan du Président a pris du retard. Si celui-ci a annoncé récemment dans une vidéo la création de dix RER métropolitains en France, leur concrétisation n’apparaît pas dans le Budget 2023.

Concepcion Alvarez @conce1

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