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Bullshit jobs : à qui profitent ces “emplois à la con” ?

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Imposture a temps complet ed du faubourg

Publié le 26 mars 2022

Dans un nouvel essai, intitulé “Imposture à temps complet”, le journaliste Nicolas Krayser-Bril revient sur la notion de bullshit jobs popularisée il y a une dizaine d’années, après en avoir expérimenté un lui-même. Au fil des pages, il démontre à quoi servent mais surtout à qui profitent “ces métiers à la con” ou “inutiles”, en étrillant au passage les gestionnaires de fond, les recruteurs ou encore les bureaucrates. 

“Les gestionnaires de portefeuille, c’est le chic des hommes riches. Ils les mettent en valeur comme les bijoux de leurs femmes.” La profession n’est pas la seule à être épinglée dans le nouvel ouvrage de Nicolas Kayser-Bril (1). Le journaliste fait une critique acerbe des “bullshit jobs”, des vendeurs de solutions de recrutement miracle aux bureaucrates croulant sous les reporting, après en avoir lui-même expérimenté un dans un institut de formation gouvernemental. Il était chargé de mettre en place des “multiplicateurs de journalisme de données grâce à un enseignement en blended learning”. Premier indice pour dénicher “ces boulots à la con”, ils ont souvent des intitulés à rallonge et incompréhensibles…

Le concept popularisé en 2013 par l’anthropologue américain David Graeber, mort en septembre dernier, est toujours d’actualité près de dix ans après. C’est donc bien que ces bullshit jobs servent à quelque chose ou à quelques-uns. La théorie de Nicolas Kayser-Bril est que ces bullshit jobs “s’insèrent parfaitement dans le système économique contemporain“, en “permettant de garder intact le mythe de la nécessité du travail” tout en “empêchant la contestation des inégalités qu’il induit”.

Signe distinctif de richesse

“Les riches (qui seraient encore plus riches sans les gestionnaires de portefeuille) savent que pour être considérés comme riches, il faut avoir un gestionnaire de portefeuille. Même si son travail n’apporte rien” écrit-il. Le gestionnaire de portefeuille serait ainsi un signe distinctif de richesse, au même titre qu’une grosse voiture ou une villa avec piscine. Et ce raisonnement s’applique aussi aux entreprises qui n’ont pas de mission.

Ce serait très dommageable pour les managers que leurs subalternes puissent effectuer un travail utile et valorisant car cela aurait pour conséquences “de déstabiliser l’organisation en modifiant les rapports de force entre managers” explique Nicolas Kayser-Bril. “En ne recourant qu’à des bullshit jobs, un manager s’assure d’être entouré d’employés qui lui donnent l’aura du succès, sans avoir à gérer leur travail ni les conséquences que ce travail pourrait avoir”.

Repenser la place du travail

La centralité du travail dans nos sociétés modernes est un autre facteur de multiplication des bullshit jobs, selon Nicolas Kayser-Bril. “L’importance du travail est si grande qu’elle a totalement éclipsé son intérêt” explique-t-il avant de reprendre. “Diminuer le temps de travail remettrait en question la centralité du travail. (…) Il faudrait remplacer le travail par autre chose, et bien peu de politiciens osent l’envisager. Au lieu de cela, c’est le travail que l’on redéfinit sans cesse afin qu’il puisse remplir les journées des citoyens.” 

L’existence des bullshit jobs serait donc due “au besoin de distinction sociale des riches, au besoin pour les managers d’avoir des subalternes et à la nécessité politique de maintenir au travail la majeure partie de la population” conclut l’auteur. Ils contribuent en outre à creuser les inégalités. “Plus on descend l’échelle sociale, plus il devient difficile d’obtenir un bullshit job. C’est pour cette raison que les métiers utiles, comme aide-soignant ou agent de propreté, sont aussi les plus mal rémunérés.

La crise du Covid-19 a plus que jamais révélé ces failles. Alors si vous avez le sentiment d’occuper un bullshit job, Nicolas Kayser-Bril ose ce dernier conseil : “je vous invite à utiliser votre temps de travail inutile pour lire, voire écrire les utopies qui permettront le monde de demain“, convaincu que la société peut se transformer “dès que ses fondations intellectuelles et morales basculent”. Lui n’en a pas eu le temps, puisqu’il a quitté ses fonctions avant la fin de sa mission, sans en avoir jamais compris le sens.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Imposture à temps complet, pourquoi les bullshit jobs envahissent le monde, Nicolas Kayser-Bril, éditions du faubourg, janvier 2022, 264 pages.

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