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Canicule : “Il faut qu'on change notre manière de parler de ça”, un journaliste de BFMTV sonne l'alerte

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Canicule France AFP

Publié le 16 juin 2022

Un changement de ton sur BFMTV qui en dit long. Sur la chaîne tout info grand public, Marc Hay, journaliste météo, a décidé “d’arrêter d’utiliser [s]on ton habituel, que je trouve au fil des mois un peu nul”, confesse-t-il. Il insiste sur les températures anormalement élevées et tente d’éveiller les consciences des téléspectateurs et de ses collègues sur les conséquences directes du changement climatique.

L’heure de la prise de conscience des médias grand public sur le dérèglement climatique a-t-elle sonné ? En tout cas, Marc Hay, un journaliste météo de BFMTV, tente de la faire advenir. Dans l’émission “22h max avec Maxime Switek”, ce dernier questionne Marc Hay: “vous avez changé de ton, non ?” Dans la mécanique bien huilée des chaînes d’info en continu, ce fait est suffisamment rare pour être souligné. Le journaliste marque une pause, cherche ses mots, et sort de sa réserve: “J’ai décidé d’arrêter d’utiliser mon ton habituel, que je trouve au fil des mois un peu nul […] je pense que ça ne marche plus, il faut que les gens comprennent que la France va cramer“, lance-t-il. Les mots surprennent, les railleries habituelles de ces shows télévisés sont ravalées. Personne ne l’interrompt.

Il poursuit : “Des gens à Toulouse me disent qu’ils étouffent“, insiste-t-il avant d’ajouter : “40 voire 42 degrés entre le Sud-Ouest et les Pays de la Loire, nous ne sommes qu’à la mi-juin (…) il faut qu’on change notre manière de parler de ça, il faut que les gens se rendent compte que ce qui est en train de se passer n’est que la partie émerger de l’iceberg“, assure-t-il devant ses confrères médusés. Les températures sont effectivement anormalement élevées pour les trois prochains jours en France. Elles sont 10 à 15°C au-dessus des normales de saison.

“Un signal puissant et un symbole fort”

Cette alerte sur une chaîne grand public surprend car elle est rare, avec moins de 3% du temps de parole accordé à la crise climatique pendant la présidentielle. “C’est un signal puissant et un symbole fort qu’un média généraliste comme BFM s’empare de ce sujet. Il faut s’en saisir pour aller plus loin“, se réjouit Eva Morel, cofondatrice du jeune collectif Quota Climat qui milite pour accorder plus de place au climat dans les médias. “C’est le début”, ajoute-t-elle. “Il faut maintenant faire le pont avec d’autres sujets et en tirer des conclusions pour transformer des secteurs entiers, comme le sport, le tourisme ou les entreprises. Il est important de parler de la canicule et de ce que nous vivons et d’évoquer la nécessaire adaptation et les solutions à déployer“, estime Eva Morel.

Mais cette évolution des lignes éditoriales est encore loin d’être majoritaire. La couverture de cette canicule est plus souvent associée au bonheur de vacanciers. Les photos d’illustration sont ainsi pointées du doigt par Vert “avec des badaud·es profitant de la plage, d’un moment de baignade ou d’une bonne glace prise en terrasse. Hélas, ces représentations sont inappropriées“, écrit la journaliste Anne-Sophie Novel. Elle cite une étude menée dans quatre pays européens qui “montre que la façon dont les médias illustrent les fortes chaleurs et les épisodes caniculaires a tendance à minimiser la crise climatique ou à la déréaliser”. Pourtant, pour favoriser une prise conscience, les scientifiques recommandent d’utiliser des photos de vie des conséquences de la canicule, dans un Ephad par exemple ou une maison protégée de la chaleur.

L’abnégation de la réalité de certains médias

Encore faut-il une volonté pour le faire. Ce qui est loin d’être partagé par l’ensemble des médias. Certains entretiennent en effet l’abnégation d’une réalité inquiétante, à l’image de propos tenus sur RMC. Dans une émission des “Grandes gueules” intitulée “canicule attendue : Ça vous inquiète ?”, Willy Schraen, le patron des chasseurs français, a lancé : “On nous parle de canicule, d’écologie… bizarrement dans l’entre-deux-tours ! Il y a une vraie manipulation !”. En plateau, aucun des animateurs n’a contredit ces propos pourtant “scandaleux et irrecevables“, s’insurge le spécialiste Serge Zaka sur Twitter.

Quelques jours plus tôt, dans cette même émission. L’avocate française et chroniqueuse, Sarah Saldmann, a déclaré, en direct : “A titre personnel, je me fous complètement de l’écologie“. Là encore ces déclarations n’ont pas été nuancés en direct. Cette provocation a suscité une levée de boucliers dont l’écrivain et militant Cyril Dion qui a réagi sur Twitter.

Mathilde Golla @Mathgolla

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