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Casse sociale, moindre compétitivité…la fusion entre Veolia et Suez laisse place à de nombreuses incertitudes

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Publié le 26 janvier 2022

ENVIRONNEMENT

Un colosse au pied d’argile. Veolia a officiellement mis la main sur Suez, son éternel concurrent. L’opération à 13 milliards d’euros donne naissance à un “champion mondial français” de la transformation écologique. Mais cette spectaculaire fusion entre mastodontes scellée le 18 janvier dernier après une intense bataille juridique n’a pas dissipé tous les doutes.  

Après une bataille acharnée avec son concurrent Veolia, le conseil d’administration de Suez a “pris acte du succès de l’OPA de Veolia“, et modifié la gouvernance du groupe. Après huit mois d’un spectaculaire bras de fer financier, politique et judiciaire, Suez avait dû se résoudre à ce scénario en avril dernier. Veolia a ainsi déboursé 13 milliards d’euros pour acquérir des activités de son concurrent. Ce “nouveau” Suez sera recentré sur l’eau et la France. Il comptera 35 000 salariés dont 25 000 en France, et près de 7 milliards d’euros d’activité dont 5 milliards dans l’Hexagone. Les activités françaises de l’ancien Suez dans l’eau et les déchets ont ainsi été regroupées. Le maintien de cette entité ne règle toutefois pas tous les problèmes.

Le consortium a promis le maintien de l’emploi pendant au moins cinq ans mais une incertitude plane à plus long terme. Par ailleurs, près de 300 salariés de la tour Suez à la Défense rejoindront ce mercredi 26 janvier le siège de Veolia à Aubervilliers. Un certain nombre de postes pourrait être en doublon, notamment dans les fonctions support. Les pôles communication, stratégie, ressources humaines, affaires financières pourraient être concernés.

De plus, les deux “frères ennemies” Suez et Veolia avaient de nombreux points communs. Ils étaient tous deux des locomotives des services à l’environnement, avec des tailles d’entreprises et de chiffres d’affaires comparables. La fusion va ainsi créer un champion national avec une entité dominante qui devient à la fois le premier acteur sur le territoire français mais aussi au niveau européen et même mondial. Cette situation recrée les conditions de quasi-monopole qui pourrait attiser les convoitises de groupes étrangers et notamment de Chine.

Des risques en recherche et développement

Par ailleurs, cette moindre compétition entre les deux groupes pourrait réduire leurs intérêts mutuels à investir dans la recherche et développement. “La force de ces deux grands groupes résidait aussi dans leurs capacités à investir et à mobiliser des experts référents dans des domaines pointus”, indique Marine Colon, enseignante à AgroParisTech, qui craint qu’en “amputant Suez d’une partie de ses activités, les incitations à innover diminuent”, ajoute-t-elle. La concurrence des deux groupes de même taille les incitait en effet à innover et à rechercher de nouveaux produits. “Nous sommes une société qui maîtrise de nombreuses technologies de pointe et nous allons l’être plus encore”, assure de son côté Antoine Frérot, le PDG de Veolia, au Figaro. Il imagine également “de nouveaux modes de coopération avec les collectivités publiques”.

Dans ce domaine, hasard ou pas, les collectivités sont nombreuses à revenir à des services publiques pour la gestion de l’eau et de l’assainissement. Ainsi, Eau de Paris, la régie publique de la capitale, a signé une convention avec plusieurs communes de la région Ile de France. Lyon se prépare à reprendre la main sur son eau potable, tout comme Bordeaux. Montpellier élargit de son côté les services de sa régie eaux potable à ceux de l’assainissement. A Nice (passée en régie municipale en 2013), certains personnels “non transférables” de Veolia ont démissionné pour rejoindre la régie, une tendance qui pourrait être accentuée par la fusion.

Il est encore trop tôt pour mesurer toutes les conséquences de cette vaste opération mais elle pourrait donner naissance à un géant mondial de la transition écologique comme l’affirme son PDG. “On a un marché favorable au développement de très grandes entreprises dans ce domaine“, estime sur France Culture François Lévêque, auteur de “Les entreprises hyperpuissantes – Géants et Titans, la fin d’un modèle global ?” (Odile Jacob).

Mathilde Golla @Mathgolla

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