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Ces profs qui réinventent l’école : Tessa Deit-Brummelhuis, en guerre contre le décrochage

Pour sa première année d’enseignement, en 2020, cette prof de 26 ans a eu droit à un drôle de baptême du feu ! “Les premiers jours furent un peu compliqués”, avoue celle qui a choisi l’éducation après un cursus en sciences politiques. “Peu d’anticipation, pas d’outils interactifs et collaboratifs : mes collègues et moi avons d’abord fait du bricolage. Je me suis rendu compte que passer par les parents, en les appelant via WhatsApp, était le meilleur moyen de communiquer.”

Recréer du collectif, éviter que l’élève ne se sente seul : tel est le but de l’enseignante, qui parie sur la créativité des enfants. Par exemple, pour l’étude d’un poème, chaque élève lit une partie du texte, qu’il illustre par une vidéo réalisée sur son téléphone. “Ensuite nous avons fait un montage des films. Ce n’était pas si compliqué à mettre en place. J’ai juste dû m’entrainer à monter les vidéos ! 

Nous avons aussi travaillé sur des voyages imaginaires, les élèves inventant des îles que j’intégrais sur une carte du monde. Je leur ai aussi proposé d’écrire un journal de bord, plus proche de l’expression personnelle de sentiments que du cours, que j’ai imprimé et envoyé à chacun : le fait de poser des mots sur des ressentis était primordial.”

Cet article a initialement été publié dans WE DEMAIN n°31, paru en en août 2021, toujours disponible sur notre boutique en ligne

Le risque d’une école à la carte

Le problème principal, dans un collège en zone d’éducation prioritaire (REP), c’est le risque de décrochage des élèves. “Il y a ceux qui étaient potentiellement décrocheurs sans que je m’en rende compte. Qui venaient en cours, mais sans avoir fait leurs devoirs, car à la maison c’était compliqué, explique la professeure de français. Pour ceux-là, ne plus avoir le cadre du collège et l’obligation de s’y rendre était un risque. Et puis, il y a ceux qui ont lâché prise par manque de matériel, de connexion, d’endroits où travailler… ‘Je n’ai pas de lieu où parler dans le silence’, m’a-t-on expliqué. 

Alors on les appelle à la maison, on les remotive ; ils sont de nouveau là, ils envoient des semblants de devoirs et puis on les reperd. C’est d’une grande violence.” Sur une classe d’une vingtaine d’élèves, cinq ou six ont décroché, “dont un ou deux pour lesquels on aurait pu anticiper, car déjà en grande difficulté”, regrette Tessa Deit-Brummelhuis, qui évoque aussi tous ceux qui ont malgré tout trouvé des solutions : “Il faut savoir que la majorité suivait les classes virtuelles uniquement sur téléphone.”

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Comment va-t-elle retrouver ses élèves en septembre ? se demande la jeune femme. “J’ai peur que la crise ait donné l’idée d’une école à la carte qui se répercute sur le taux d’absentéisme.” La crise fera-t-elle évoluer le système ? Elle l’espère. “Nous sommes trop axés sur l’apprentissage de nos matières, avec l’impératif d’un programme à terminer. 

Il faudrait penser à l’élève en tant que futur adulte en développant ses compétences au-delà du scolaire. Et davantage intégrer les familles : le décrochage des enfants est souvent lié au sentiment de dévalorisation de ceux qui ne se sentent pas pris en compte.”

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