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Ces scandales qui ont changé le monde : le sacrifice des Radium Girls pour les droits des salariés

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Publié le 12 août 2021

La folie du Radium a envahi le monde dans les années 20. Ce matériau miracle a envahi la cosmétique, l’alimentation, le textile, l’horlogerie. Des jeunes ouvrières, les Radium Girls, chargée d’appliquer des peintures lumineuses sur des cadrans seront victimes des radiations à force d’ingurgiter du radium. Toute la semaine, Novethic revient sur des scandales ayant poussé les industriels à changer de technologie.

La découverte du Radium en 1899 par Marie et Pierre Curie est une révolution de la science. Très tôt, on identifie la puissance de cette matière qui va faire progresser la médecine (radiologie, dermatologie…). On comprend également tôt sa nocivité à haute dose (Marie Curie elle-même en fera les frais). Malgré cela, le radium va se diffuser dans le quotidien du grand public à travers des eaux minérales, des crèmes oculaires, des rouges à lèvres et même des sous-vêtements au radium censés tenir plus chauds. Parfois, le radium n’était qu’un argument marketing sans être vraiment présent dans les produits.

Cette utilisation inconsidérée a des effets funestes dans le domaine des cadrans phosphorescents. Dans les années 20 aux Etats-Unis (et aussi dans l’industrie horlogère en suisse), sont embauchées des jeunes filles pour peindre délicatement les cadrans de voiture ou d’avion avec des peintures lumineuses. Celles-ci sont composées un mélange de colle et de radium. Les employées doivent lisser les poils de leur pinceau afin de ne pas déborder, ce qu’elles font en passant les poils entre leurs lèvres tout au long de la journée. Elle ingurgite en permanence de petites quantités de la matière radioactive. Sans compter que certaines d’entre elles se plaisent à appliquer le radium sur leurs dents et leurs ongles pour être plus lumineuses. Une pratique qui leur donnera le surnom de Ghost Girls (les filles fantômes).

Dès 1922, la première ouvrière tombe gravement malade. Mollie Maggia développe des ulcères dans la bouche, ses dents se déchaussent, ses os se brisent, une tumeur se développe dans sa gorge… Elle mourra en moins d’un an. Sa collègue Grace Fryer, elle-même gravement touchée à la colonne vertébrale, va lancer un combat difficile pour faire reconnaître cette maladie comme liée au travail. De son côté, leur employeur, l’entreprise Radium Dial, fait tout pour l’attribuer à des maladies tierces comme la syphilis. Une première expertise en 1924 établit un lien entre le radium et les décès. Et en 1927, l’avocat Raymond Berry, plaidera enfin la cause de cinq ouvrières du New Jersey.

Conditions de travail

Le procès aura une aura retentissante, y compris hors des Etats-Unis. Et de nombreux scandales similaires vont éclater. Une partie des ouvrières seront dédommagées, mais celles-ci meurent très vite, à l’image de Grace Fryer elle-même, décédée à 34 ans. Ces jugements entraineront la fin de l’utilisation du radium dans l’industrie en 1937. Ils auront aussi un impact majeur sur les conditions de travail des salariés en général. Du combat de ces Radium Girls sont nées les premières agences gouvernementales sur la santé au travail, connue aujourd’hui outre-Atlantique sous le nom de Occupational Safety and Health Administration.

Toutefois l’histoire du radium n’est pas finie. Aujourd’hui encore, ce sujet occupe en France l’Andra, l’agence nationale pour la gestion de déchets radioactifs. L’agence a entre autres pour mission de collecter les objets au radium entreposé dans des greniers, des vieilles salles de radiologie, parfois des antiquaires. L’Agence récupère une centaine de ces reliques par an. Sur son site, elle indique : “Un conseil si vous découvrez un objet radioactif : le placer dans l’obscurité. Un objet fabriqué avant les années 1960 qui brille la nuit sans avoir été exposé à la lumière depuis au moins deux jours est vraisemblablement radioactif. Le mieux est d’emballer l’objet dans du plastique avec soin avant de l’isoler dans une pièce à l’écart“. Reste ensuite à contacter l’Andra pour une prise en charge.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin

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