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Chaînes d'approvisionnement : les fournisseurs ne sont pas assez incités à agir pour le climat

Preserver climat planete IvanJesusCruzCivieta

Publié le 14 février 2022

ENVIRONNEMENT

Les fournisseurs sont encore trop peu nombreux à dévoiler leur empreinte carbone, note une étude conjointe du CDP et BCG sur la durabilité de la chaîne d’approvisionnement. Résultat, leurs engagements pour baisser leurs émissions ne sont pas à la hauteur des enjeux climatiques. Pourtant, les émissions de gaz à effet de serre provenant de la chaîne d’approvisionnement d’une entreprise sont, en moyenne, 11 fois plus élevées que celles engendrées par son activité directe.

Le “greenwashing” est aujourd’hui le nouveau déni climatique“, alertait Laurence Tubinana, directrice de la Fondation européenne pour le climat, lors de la dernière COP26. Ce risque est d’autant plus grand que les entreprises ne rendent pas pleinement compte de l’ensemble de leurs émissions de carbone et omettent leurs émissions indirectes. Selon une étude menée par le Carbon Disclosure Project (CDP) en collaboration avec le Boston Consulting Group (BCG), “80% des fournisseurs interrogés ne reportent pas les émissions de leur propre chaîne d’approvisionnement“.

Pourtant, ce sont bien ces émissions indirectes qui pèsent le plus lourd dans la facture carbone. Elles sont, en moyenne, 11,4 fois plus élevées que celles engendrées par l’activité directe de la société, selon le rapport “Engaging the Chain, driving speed and escale”. Les experts soulignent en effet la grande difficulté des entreprises à mesurer le scope 3, c’est-à-dire celui des émissions indirectes liées à leurs sous-traitants. Mais cet “oubli” conduit à un décalage entre les promesses des sociétés et l’impact réel de leurs efforts. Une récente étude du NewClimate Institute a ainsi calculé que les baisses de 100% des émissions annoncées par des entreprises n’atteignent en réalité que 40%. La tentation du greenwashing s’en trouve ainsi démultipliée.

3% des fournisseurs ont de vrais plans climat

Par ailleurs, comme ces émissions ne sont pas prises en compte, les donneurs d’ordre sont peu nombreux (38%) à demander à leurs fournisseurs d’agir en faveur du climat. Ainsi, 44% seulement des fournisseurs ont des objectifs climatiques et 28% ont un plan de transition concret pour les atteindre. A l’arrivée, ils sont une extrême minorité (3%) à fixer des objectifs en ligne avec les accords de Paris validés par la Science Based Targets initiative (SBTi). “Au rythme actuel, il faudrait plus de dix ans avant que l’ensemble des fournisseurs aient défini des objectifs climatiques“, déplore ainsi Michel Fredeau, directeur associé au BCG.

On doit avoir une action concrète pour faire baisser les émissions“, ajoute le responsable. Ce dernier constate que les entreprises interrogent de plus en plus leurs fournisseurs avec une quantité de données demandées en hausse de 50% par rapport à 2020. Résultat, en 2021, plus de 70% des fournisseurs ont déclaré leurs émissions de scope 1 et 2, sans toutefois prendre en compte le scope 3, selon le rapport du BCG et de CDP. “La première étape est de mieux le mesurer pour savoir où se situent les émissions les plus importantes et pouvoir ainsi piloter leur abattement“, précise Charlotte Degot, directrice associée au BCG Gamma.

Pour ce faire, “il faut un partage de données et une coopération entre acteurs“, ajoute la spécialiste. Ainsi, 66% des fournisseurs estiment que la collaboration en matière de données à l’échelle du produit peut être un facteur-clé de décarbonation de la chaîne d’approvisionnement, constate le rapport. Par ailleurs, le donneur d’ordre a un rôle clé car “lorsqu’une entreprise incite ses fournisseurs à se préoccuper davantage de l’environnement, le changement opère“, note l’étude. “Les fournisseurs pourront ainsi valoriser leurs efforts de décarbonation, ce qui leur est indispensable pour rester compétitifs“, précise Charlotte Degot.

Une nouvelle plateforme au service de l’objectif de neutralité carbone

Forts de ces constats, BCG lance conjointement avec CDP un outil pour faciliter la prise en compte des émissions et réduire l’impact de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Ils ont conçu un calculateur d’empreinte carbone basé sur les standards du CDP, nommé CO2 AI Product Ecosystem. L’accès à cette plateforme visant à mesurer les émissions grâce à l’intelligence artificielle “est mis gracieusement à disposition de tous les fournisseurs et les données sont protégées“, assure Charlotte Degot. Cette plateforme regroupe les données de performance environnementale que doivent échanger entreprises, fournisseurs et clients pour répondre à l’objectif de neutralité carbone, insistent les créateurs de l’outil.

Mais encore faut-il que les entreprises prennent le sujet à bras le corps. Les gouvernements sont régulièrement appelés à réguler plus strictement les engagements climatiques des groupes avec des règles du jeu uniformisées.

Mathilde Golla @Mathgolla

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