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Chaos dans les transports publics : le pari risqué de l’ouverture à la concurrence

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greve ratp questions

Publié le 11 janvier 2023

Journées de 13 heures, conflits à gérer, salaires jugés insuffisants… Les salariés des transports en commun en Île-de-France craignent une dégradation de leurs conditions de travail, déjà difficiles, avec l’ouverture à la concurrence. Celle-ci se déroule progressivement, sous le signe d’une réduction des coûts. La qualité du service, déjà fortement critiquée alors que c’est un élément clé de la décarbonation, risque également d’en pâtir. Le décalage des échéances est de plus en plus envisagé.

L’ouverture à la concurrence des transports en commun franciliens suscite des craintes sur une dégradation des conditions de travail et de la qualité du service. Un collectif de 250 élus, dont la maire de Paris Anne Hidalgo, le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel, et la député La France Insoumise Mathilde Panot n’ont pas mâché leurs mots dans une tribune publiée lundi 2 janvier dans Le Monde.

C’est une nouvelle piqûre de rappel après la pétition Stop Galère, signée par plus de 50 maires, qui demande “l’abandon de la privatisation” et dénonce le chaos actuel dans les transports d’Île de France lié à un manque d’effectifs. Une lettre de l’ancienne directrice générale de la RATP à Valérie Pécresse, présidente d’Île de France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports, alertait aussi en septembre sur des risques de l’ouverture à la concurrence.

“Les opérateurs en compétition contractent les coûts au maximum”

Certains bus de la Grande Couronne ont déjà été confiés à la concurrence. En 2025, ce sera le tour de l’ensemble des bus gérés par la RATP. Puis progressivement jusqu’en 2039, le monopole de la RATP et de la SNCF en Île-de-France devra prendre fin. C’est un choix d’Île-de-France Mobilités pour réduire les coûts et avoir à disposition plus de moyens de pression pour que les opérateurs de transport améliorent leurs résultats. Île-de-France Mobilités reste responsable du financement.

Toutefois, les salariés s’inquiètent. “Les opérateurs en compétition contractent les coûts au maximum dont le premier poste de dépenses dans ce type de service : la masse salariale qui représente environ 70 % du prix de production” affirme la tribune dans Le Monde. Les conséquences se font déjà sentir là où les effectifs ont été réduits. “Augmentations des rotations, des amplitudes horaires, réduction voire disparition des temps de pause, baisse des salaires à temps de travail équivalent, défaut de formation, mise en danger de personnels et d’usagers” énumère la tribune.

“Des optimisations ont déjà été faîtes avant l’ouverture à la concurrence”, souligne Anouk Exertier, actuellement consultante en transports urbains et mobilités dans le groupe Egis et qui a également travaillé au sein de la RATP. “Dans certains cas la mise en service se fait en deux temps, une première fois le matin et ensuite l’après-midi, avec une longue pause entre les deux sans que les salariés ne puissent rentrer chez eux, et les lieux pour se reposer manquent de confort” relate-t-elle. L’amplitude journalière de travail va continuer d’augmenter, passant de 11 heures à 13 heures au maximum, selon un accord signé vendredi 6 janvier entre la RATP et les deux syndicats majoritaires. 

“La profession s’est tendue”

Les conditions de travail, déjà peu attractives comme en témoigne les difficultés de recrutement, se dégradent de plus en plus. “La profession s’est tendue, les chauffeurs de bus gèrent aussi des problématiques de sécurité, ils ont dû faire respecter les mesures sanitaires sans revalorisation salariale par ailleurs” illustre la consultante spécialisée dans les transports. “Il faut rendre attractifs ces métiers-là, les moyens humains sont indispensables au fonctionnement du réseau” assure-t-elle.

En contestation, le climat social est aujourd’hui explosif. Grèves tournantes, arrêts maladies abusifs… S’y ajoutent des complexités d’organisation entre les différents nouveaux acteurs. De quoi tirer une sonnette d’alarme pour l’accueil de milliers de visiteurs lors des Jeux Olympiques 2024. Le report des échéances demandé par la maire de Paris Anne Hidalgo n’est pas exclu, a affirmé le ministre chargé des Transports Clément Beaune ce jeudi 5 janvier.

“Il y a une nouvelle culture à mettre en place, avec plus d’attentes de productivité, mais il faut aussi arriver à des compromis pour préserver les écosystèmes locaux. Si l’objectif est seulement de réduire le coût, on va aboutir à de la casse sociale” poursuit Anouk Exertier. L’expérience du Royaume-Uni, dont l’ouverture à la concurrence des chemins de fer a été chaotique à cause d’une liberté trop grande laissée aux nouveaux opérateurs de transport, sert d’avertissement.

Fanny Breuneval

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