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Climat : les COP vont-elles conserver leur crédibilité ?

« Nous voulons que les dirigeants mondiaux réagissent avec le même sentiment d’urgence au défi du changement climatique qu’à celui de la pandémie », a annoncé Alok Sharma, président de la COP26, et proche du Premier ministre britannique Boris Johnson. Une COP “cruciale”, de “dernière chance”, selon les observateurs. De son côté, le secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres, n’exclut même pas “un aller simple vers le désastre”.

C’est donc plutôt sous tension, voire suspicion, que quelque 200 États vont se retrouver du 31 octobre au 12 novembre, à Glasgow à l’occasion de la COP26, sommet mondial annuel du climat. Deux précédentes COP ont déjà été qualifiées de « dernière chance » depuis le début du siècle. La COP15 à Copenhague en 2009 et la COP21 à Paris en 2015.

La COP15 devait prolonger l’Accord de Kyoto qui fixait des objectifs de réduction d’émissions pour les pays développés. Échec. Les négociateurs ont néanmoins fixé l’objectif de limiter la fièvre planétaire à 2°C, et acté un fonds de 100 milliards de dollars pour aider les pays en développement à faire face à la menace.

À Paris, il fallait trouver un nouveau cadre d’actions. Si la COP21 a été reconnue comme une réussite “historique”, son accord est moins contraignant que celui de Kyoto qui disposait d’un mécanisme de sanction. En plus, comme il fallait adopter le texte à l’unanimité des 197 parties en obtenant l’aval des petits pays marins menacés de disparition, l’objectif 1,5°C (plus pertinent scientifiquement mais déjà difficilement atteignable de l’aveu d’experts) a fini par s’imposer en complément des 2°C. Même si les engagements des États s’avéraient eux très insuffisants.

Les pays ne veulent pas tous rompre avec le fossile

Depuis, au fil des tergiversations, le compte-à-rebours climatique s’est accéléré. L’ambiance est désormais à l’amplification des catastrophes météorologiques et à la mise en garde sans équivoque des scientifiques pour l’avenir de l’humanité. Malgré cela, le consensus, règle d’or des COP, semble loin: absences du président de la Russie (4ème émetteur de CO2) et du leader de la Chine (1er émetteur de CO2), inquiétude des ONG sur la possibilité de déplacement de délégués du Sud pour cause de protocole covid…

Alors que la science exige une cassure immédiate de la courbe d’évolution des émissions de gaz à effet de serre, il apparaît surtout que de nombreux États ne désireraient pas en réalité rompre avec les combustibles fossiles, sources du réchauffement. À quelques jours du sommet, l’ONU a souligné que la plupart des grands pays producteurs de pétrole, de charbon et de gaz, “continuaient d’apporter un soutien politique important à la production de combustibles fossiles”.

La production prévue en 2030 est le double de “la quantité compatible avec une limitation du réchauffement à 1,5°C“. Le think tank Carbon Tracker a compté plus de 600 projets de nouvelles centrales à charbon en Asie (Chine, Inde, Indonésie, Viêt-Nam, Japon). La BBC révèle des pressions sur un rapport du Groupe international d’expert sur l’évolution du climat (GIEC) pour minimiser la nécessité de sortir des énergies fossiles (Arabie-Saoudite, Australie, Japon).

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Atteindre 1,5°C “sur le papier”: mission impossible pour la COP

Faut-il donc s’étonner de la faiblesse des engagements actuels contre le réchauffement ? Les pays qui ont ratifié l’Accord de Paris devaient revoir à la hausse leurs promesses de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2020.

Fin 2020, seuls 70 pays les avaient mis à jour, dont la France par le biais de l’Union européenne parlant d’un seule voix pour tous ses membres. À la fin juillet 2021, près de la moitié des États n’avaient encore rien transmis à l’ONU. Bon nombre de retardataires ont depuis remis leurs copies: Afrique du Sud, Turquie, Koweit, Irak, Pakistan, Japon, Arabie Saoudite…  Néanmoins, ces derniers jours il manquait encore Chine, Inde et une quarantaine d’autres pays… Tandis que Brésil, Mexique et Russie ont envoyé des plans qui permettent des hausses d’émissions.

Au total, les engagements mondiaux actuels aboutiraient à une augmentation des émissions de 16 % en 2030 par rapport à 2010, selon les Nations-Unies. Or, il faudrait qu’elles baissent de 45 % pour espérer limiter le réchauffement à +1,5°C.

Dans ces conditions, l’objectif principal de la Conférence des parties semble non pas d’arriver à 1,5°C “sur le papier”, mais de présenter des progrès suffisants pour que le monde continue d’y croire. En espérant que les engagements nationaux puissent être encore renforcés dans les prochaines années, comme l’a suggéré Alok Sharma au Guardian. Une occasion de refiler le bébé à la prochaine COP !

Des actions contre le méthane et pour l’adaptation aux changements climatiques

Autre problème dont hérite la COP26: l’article 6 de l’Accord de Paris, celui des modalités permettant de recourir aux marchés carbone. Il s’agit d’aider les pays à réaliser leurs objectifs de réduction d’émissions. Le principe: les pays dont les émissions sont élevées peuvent acheter des quotas carbone à ceux qui émettent peu. Mais, sans consensus, cet article a été remis sous le tapis lors des deux précédentes COP. Le régime de l’Accord de Paris (mécanismes, procédures) est ainsi rentré en œuvre le 1er janvier 2021 en manquant de règles…

Quant au fonds de 100 milliards promis il y a plus de dix ans, il n’est toujours pas abondé au niveau souhaité. Pour les pays en développement, qui montrent régulièrement du doigt “la dette climatique” des pays riches, “il s’agit d’un chiffre totémique qui est devenu une question de confiance”, a indiqué Alok Sharma au quotidien The Times of India .

Seules deux bonnes nouvelles sont en vue. Les États-Unis et l’Union européenne vont officialiser durant la COP un “pacte” pour réduire d’au moins 30 % d’ici 2030 les émissions de méthane, deuxième gaz à effet de serre persistant. Une vingtaine de pays s’y sont ralliés à ce jour, dont la France.

Un objectif mondial pour l’adaptation aux changements climatiques, jusqu’alors “parent pauvre” des négociations, doit également être lancé. Le coût annuel de cette adaptation dans les pays en développement est actuellement estimé à 70 milliards de dollars par le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE). Il doit passer à 300 milliards d’ici 2030, à 500 d’ici 2050.

Sera-ce suffisant pour que les COP puissent conserver une réelle crédibilité sur leur capacité à vraiment faire agir les États ? Dernière chance en vue.

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