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Comment le ver responsable de l'échinococcose alvéolaire a traversé l’Europe

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Actualité du 10/09/2021

En analysant l’ADN des vers du parasite Echinococcus multilocularis, un groupe international de scientifiques sous la direction de l’Anses a déterminé comment les renards ont transporté ce ver responsable de l’échinococcose alvéolaire depuis les Alpes jusqu’à l’Europe du Nord et de l’Est.

Les hôtes de prédilection du parasite Echinococcus multilocularis sont les rongeurs et les renards, mais lorsque ce parasite infeste accidentellement l’Homme, il est responsable de l’échinococcose alvéolaire. La survenue de cette maladie est assez rare, une quarantaine de nouveaux cas par an en France, mais ses conséquences sont graves, nécessitant la prise quotidienne de médicaments à vie. Les premiers cas humains de la maladie décrits au 19ème siècle étaient circonscrits aux régions alpines de la France, de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche. Mais depuis une trentaine d’années, des cas humains et/ou des renards infectés sont signalés dans d’autres régions de France, ainsi que dans des pays européens comme les Pays-Bas, l’Estonie, la Pologne, la Serbie ou la Croatie. Les renards infectés au niveau intestinal par des vers d’Echinococcus multilocularis excrètent des œufs du parasite dans leurs déjections. Ces œufs peuvent être ingérés par des rongeurs lorsqu’ils consomment des végétaux souillés. Le cycle parasitaire se poursuit lorsqu’un renard consomme à son tour des rongeurs infectés, ayant développés la forme larvaire du parasite. L’Homme peut être infecté accidentellement par exemple en mangeant des fruits cueillis près du sol ou des légumes crus ou en touchant le pelage de chiens ou de chats infectés après avoir mangé des rongeurs. 

Les renards responsables du transport du parasite 

Une précédente étude avait démontré que l’expansion du parasite s’était réalisée par la migration progressive de renards infestés à partir du foyer historique européen des Alpes vers les pays frontaliers : les profils génétiques du parasite sont communs mais avec une diversité moindre en s’éloignant des Alpes. Cette baisse de la diversité s’explique par le fait que chaque animal n’amène avec lui que les souches dont il est porteur. L’échinococcose alvéolaire étant également très présente en Asie, où elle est provoquée par des souches d’Echinococcus multilocularis distinctes de celles européennes, la question était de savoir si l’expansion géographique du parasite sur tout le continent européen s’était réalisée uniquement à partir du foyer historique alpin ou également à partir du foyer asiatique. L’identification récente de souches asiatiques en Pologne a renforcé cette interrogation. Pour répondre à cette question, les scientifiques de différents pays européens ont collecté des échantillons de parasites. Le laboratoire français de référence sur Echinococcus spp., dont est responsable l’Anses a étudié des petites portions d’ADN des vers prélevés, dont la taille variable permet de distinguer les différentes souches du parasite.

Une présence en Europe quasi exclusivement liée au foyer alpin

L’étude a été publiée dans la revue Infection, Genetics and Evolution. Elle montre que les populations du parasite observées en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas sont similaires. La présence exclusive de souches issues du foyer historique témoigne de l’expansion du parasite à partir des Alpes. Ces souches sont majoritairement communes avec celles observées au Danemark et en Suède. Ceci suggère une expansion du ver vers la Scandinavie via le Benelux puis le nord de l’Allemagne. 

Parmi les 528 échantillons provenant des neuf pays de l’Europe de l’Est, tous étaient d’origine européenne, à l’exception d’un seul, prélevé dans la partie européenne de la Russie. Un scénario spatio-temporel de l’expansion a pu être établi : le parasite s’est répandu depuis les Alpes à travers la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, puis a atteint la partie sud de la Pologne, avant de se propager en direction des pays baltes et de l’Ukraine. « Vu la lenteur du phénomène, l’expansion a eu lieu il y a plusieurs dizaines d’années, estime Gérald Umhang, responsable du laboratoire national de référence sur Echinococcus spp., et on peut penser que le parasite est aussi présent dans des pays limitrophes de ceux où sa présence est avérée, même si aucun cas n’a encore été identifié. Comprendre comment le ver s’est déplacé permet donc d’anticiper la possibilité de cas d’échinococcose alvéolaire dans des endroits où la maladie n’est pas connue historiquement. » Cependant, les conditions climatiques impactent la survie des œufs dans l’environnement et limitent l’expansion du vers : les zones comme le sud de la France et l’Espagne sont a priori trop sèches pour permettre la survie des œufs et aucun cas n’y a d’ailleurs été détecté.

Un mélange à la frontière entre l’Europe et l’Asie

« Nous avons vu que la présence des souches asiatiques en Europe est très ponctuelle. Les deux souches se mélangent dans la partie asiatique de la Turquie, en Pologne et dans la partie européenne de la Russie, mais la souche asiatique n‘a pas été identifiée au-delà. » indique Gérald Umhang. Les scientifiques espèrent pouvoir poursuivre leur étude en reproduisant leurs travaux pour l’Asie. « Nous supposons que les souches asiatiques se sont répandues de la même manière que celles européennes mais ce n’est qu’une hypothèse et nous ne connaissons pas le foyer d’origine de cette souche, même si nous soupçonnons qu’il est probablement en Chine, où surviennent plus de 90% des cas d’échinococcose alvéolaire dans le monde. »

Qu’est-ce que l’échinococcose alvéolaire et comment la prévenir ? 

L’échinococcose alvéolaire est une maladie parasitaire provoquée par Echinococcus multilocularis qui peut passer de l’animal à l’Homme. La plupart des contaminations n’aboutissent pas au développement de la maladie, mais si c’est le cas, elle détruit le foie et peut se propager à d’autres organes. Mortelle si elle n’est pas traitée, les médicaments disponibles ne font que bloquer le développement du parasite, sans pouvoir l’éliminer. Les personnes immunodéprimées sont particulièrement à risque.

Quelques gestes simples peuvent prévenir les contaminations :

  • Bien laver les fruits et les légumes cueillis près du sol
  • Se laver les mains après contact avec la terre et la manipulation de renards, chiens ou chats, potentiellement porteurs d’œufs du parasite sur leur pelage
  • Clôturer les potagers et zones maraichères pour empêcher les renards de pénétrer et de contaminer le sol et les végétaux avec leurs déjections
  • Pour les propriétaires de chiens ou chats, les vermifuger très régulièrement s’il y a un risque qu’ils consomment des rongeurs.

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