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Comment l’Europe du Nord donne le « la » de la ville durable


Comment l’Europe du Nord donne le « la » de la ville durable
Souvent soulignée, l’avance des pays d’Europe du Nord en matière de ville durable se vérifie dans toutes les études sur le sujet. Selon celle du site britannique « Compare the Market », par exemple, qui a classé 25 capitales européennes en fonction de 10 paramètres écologiques (espaces verts, transports en commun, pistes cyclables, qualité de l’air et de l’eau, émissions de CO2, gestion des déchets, etc.), les métropoles les plus vertueuses se situent plutôt au Nord du continent : Vienne (Autriche), Berne (Suisse), Helsinki (Finlande), Stockholm (Suède), Copenhague (Danemark), Amsterdam (Pays-Bas), Oslo (Norvège), Berlin (Allemagne)…
 
Vienne, championne de la qualité de vie
 
Plébiscitée pour sa qualité de vie, Vienne, par exemple, a misé très tôt sur les énergies renouvelables. Depuis 1998, une centrale électrique construite sur le Danube alimente en hydroélectricité un tiers des foyers viennois. C’est la première grande centrale hydroélectrique du monde située au cœur d’une métropole et une référence internationale pour la production urbaine d’énergie renouvelable.
 
A partir de 2010 et de l’installation à la mairie de la capitale autrichienne d’une « coalition rouge-verte », alors dirigée par Michael Häupl, bourgmestre de la ville durant 24 ans, la ville a accéléré sur la voie du développement durable. En ramenant le prix du coupon annuel pour l’ensemble du réseau de transports en commun (métro, tram et bus) à 365 euros, soit 1 euro par jour, la municipalité a modifié les usages en matière de mobilité. Aujourd’hui, le nombre d’habitants abonnés aux transports en commun est supérieur à celui des possesseurs de voiture.
 
C’est aussi à cette époque qu’est née la stratégie « Vienne Smart City 2050  », axée sur la préservation radicale des ressources, l’utilisation de nouvelles technologies et un objectif de qualité de vie élevée et équilibrée socialement. La population de la ville devant atteindre deux millions d’habitants à l’horizon 2030, il s’agit aussi de répondre aux enjeux de mobilité, d’habitat et de développement économique associés à cet accroissement de la population. Entre 2010 et 2020, de nombreux quartiers urbains ont été ainsi aménagés. La plus longue artère commerçante de Vienne a été transformée en un espace partagé et une zone piétonne, projet emblématique d’une nouvelle conception de l’espace public et de la mobilité urbaine.
 
En matière d’objectifs énergétiques et climatiques, la ville a privilégié la construction de nouveaux bâtiments utilisant des énergies renouvelables. Le programme de modernisation du logement social a systématiquement intégré des travaux d’efficacité énergétique. Entre 2011 et 2016, près d’une centaine de quartiers résidentiels appartenant à la ville, soit environ 17 000 logements, ont bénéficié d’améliorations de ce type.
 
L’approvisionnement de la ville en énergie durable est un objectif phare. Inaugurée en 2012, une centrale solaire urbaine a été construite sur le toit de la nouvelle gare et de galeries commerçantes : plus de 1 400 panneaux photovoltaïques produisent assez d’électricité verte pour alimenter quelque 130 foyers, ainsi que les bureaux et les boutiques du quartier.
 
Vienne utilise également depuis des dizaines d’années l’énergie créée par l’incinération des déchets. Et la principale station d’épuration des eaux usées de la ville est désormais autonome sur le plan énergétique grâce à l’utilisation des boues d’épuration comme source d’énergie.
 
Comment Amsterdam est devenue une smart city
 
Amsterdam innove également dans le domaine des énergies renouvelables. La capitale néerlandaise installe par exemple un système de stockage d’énergie photovoltaïque dans son grand Stade Arena. D’une capacité de trois mégawatts, ce système intègre plus de 4 000 panneaux photovoltaïques placés sur le toit du stade. Le port d’Amsterdam engage également sa transition énergétique : il accueille déjà neuf éoliennes et prévoit la mise en service de 100 000 m2 de panneaux photovoltaïques.
 
Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’habitat privé, la métropole néerlandaise expérimente aussi depuis plusieurs années sur des maisons pilotes des techniques de pointe en matière d’habitat durable : écoconception des matériaux, efficacité énergétique, recyclage des déchets, optimisation des réseaux d’énergie et de communication. Des appartements autrefois insalubres ont ainsi été portés au plus haut niveau de la performance énergétique avec des pompes à chaleur, des parquets chauffants, des panneaux solaires…
 
Avec son service « Energy Atlas  », Amsterdam a également choisi de donner accès aux données énergétiques de la ville en open data, via des cartes interactives. La carte de thermographie aérienne permet ainsi d’identifier les déperditions thermiques des toitures et d’estimer les « potentiels solaires » des toits. Par ailleurs, une carte des déchets indique également la production par quartier et les opportunités de valorisation énergétique.
 
A Amsterdam, le vélo est roi : il représente 30 % des déplacements en ville. Scooters électriques, tramway, métro et bus à hydrogène complètent la gamme de la mobilité durable. Sur le périphérique de la capitale hollandaise, l’automobiliste est désormais soumis à un système de limitation de vitesse évolutif en fonction des conditions de circulation. Un nouveau dispositif qui a permis de réduire les bouchons de 50 % et les émissions de CO2 de 15 %. Des caméras sont également utilisées pour réguler le trafic et des feux de signalisation commandés par logiciel permettent d’allonger le temps au vert en cas d’affluence dans une direction.
 
Le projet « Amsterdam Smart City » a été développé dans les années 2010 par le très populaire maire d’Amsterdam Eberhard van der Laan. Sa successeuse depuis 2018, Femke Halsema, première femme et première écologiste élue à la tête de la capitale économique et culturelle néerlandaise, veut aller plus loin pour chasser les voitures du centre-ville. Elle a fait adopter une panoplie de mesures : doublement du prix du stationnement, diminution du nombre de places de parking, réduction de la vitesse de circulation à 30 km/h dans toute la ville, augmentation des amendes pour dépassement de l’horaire ou non-paiement du stationnement… Les moyens ainsi dégagés doivent financer les transports propres.
 
Quand Copenhague fait figure de modèle
 
La capitale mondiale du vélo, la meilleure ville cyclable de la planète, reste néanmoins Copenhague. Un modèle en termes d’infrastructures, d’innovations et de priorités données aux cyclistes. Mais le plan vélo de la capitale danoise, si exemplaire soit-il, n’est pas le seul levier utilisé pour atteindre d’ici 2025 l’objectif de neutralité carbone que s’est fixé la ville. Le métro, qui fonctionne 24h/24 à Copenhague, est aussi une alternative à la voiture individuelle. Les choix de la ville en matière de production d’énergie et d’éclairage urbain jouent également un rôle décisif…
 
Dès 2018, Franck Jensen, alors bourgmestre de Copenhague, dressait un bilan très positif de l’évolution de la capitale danoise : « Nous avons déjà bien progressé. Depuis 2005, les émissions de CO2 de la ville ont été réduites de 33 %. Je suis donc persuadé que notre objectif de neutralité carbone est tenable. Nous l’accomplirons grâce à une transition écologique de notre production et de notre consommation énergétiques et grâce à des transports verts ».

Pour la métropole danoise, la transition énergétique passe également par la rénovation de l’éclairage public. Une opération – elle aussi exemplaire – réalisée en partenariat avec une entreprise française, Citelum, qui accompagne la capitale danoise depuis 2013 pour optimiser les performances environnementales et fonctionnelles de la lumière urbaine. La rénovation de quelque 20 000 points lumineux de la ville, grâce au déploiement de la LED, a permis d’atteindre l’objectif d’une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre de l’agglomération danoise… Et la facture énergétique de la ville a été réduite de 57 %.
 
Les luminaires LED sont aussi connectés à un réseau de communication intelligent qui permet de les contrôler à distance, afin d’optimiser la consommation d’énergie et de diminuer la pollution lumineuse. Cette vaste opération de rénovation a également été l’occasion, grâce à l’éclairage urbain, de mieux mettre en valeur les monuments historiques de la ville et de renforcer la visibilité et la sécurité des usagers des mobilités douces, piétons et cyclistes.
 
Copenhague a fait des choix radicaux et réfléchis en termes d’énergies et de mobilité tout en se donnant les moyens de ses ambitions avec un budget d’investissement de plus de 25 milliards d’euros engagé depuis vingt ans.
 
Si les capitales d’Europe du Nord sont clairement en avance, des métropoles comme Londres ou Paris aspirent à les rejoindre bientôt grâce à une politique volontariste, notamment en faveur d’une mobilité plus douce et du déploiement massif de l’éclairage LED. Comme l’a souligné récemment Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo, « le Plan Climat de Paris est très exigeant en matière de réduction des consommations d’énergie. Et ces économies porteront en particulier sur l’éclairage urbain, qui représente le premier marché public de la ville ». « Nous devons agir à tous les niveaux pour accélérer la transition écologique à Paris », résume Dan Lert, l’adjoint écologiste d’Anne Hidalgo en charge de ce sujet. L’Europe du Nord est une source d’inspiration quasiment infinie. Les bonnes pratiques doivent franchir les frontières afin de rendre les villes plus humaines et durables.

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