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Concentration, financiarisation, artificialisation… ces menaces qui pèsent sur nos terres agricoles

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Publié le 28 février 2022

ENVIRONNEMENT

Des milliardaires qui rachètent des vignobles, des grandes entreprises qui mettent la main sur des hectares de surfaces agricoles favorisant ainsi la spéculation… Alors que se tient en ce moment le Salon de l’Agriculture, la ferme France est menacée. En 10 ans, 100 000 exploitations ont disparu et d’ici 2030, un quart des paysans va partir à la retraite. Or les nouvelles générations se font attendre, rebutées par le prix du foncier. Plusieurs associations réclament une plus grande régulation. 

Alors que se tient jusqu’au 6 mars le 58e salon de l’Agriculture, la guerre en Ukraine inquiète particulièrement le monde agricole. En cause, notamment, la flambée des cours de l’énergie, dont le gaz, qui sert à fabriquer les engrais azotés. À long terme, c’est une autre menace, plus insidieuse, qui pèse sur les terres agricoles. Dans un rapport inédit, l’association Terres de liens, a enquêté sur les surfaces agricoles françaises et les conclusions sont pour le moins inquiétantes. Depuis 30 ans, la France artificialise chaque année entre 50 000 et 60 000 hectares soit l’équivalent d’un terrain de football toutes les 7 minutes. “Quand on imperméabilise un sol, il n’y a pas de retour en arrière possible. À l’échelle humaine, ce sol est perdu”, analyse Isabelle Feix, Experte Sol à l’Agence de la Transition écologique (Ademe).

Et si la France perd ses terres agricoles, elle perd aussi ses fermes. De 2,8 millions en 1995, elle n’en compte aujourd’hui que 390 000. Une situation d’autant plus inquiétante que d’ici 2030, un quart des agriculteurs vont partir à la retraite. Or, en pleine crise agricole, alors que le monde paysan est endeuillé par un taux de suicide particulièrement élevé, les nouvelles générations se font attendre. Outre une crise de vocation, c’est l’endettement qui freine. Le ministère de l’agriculture a d’ailleurs mis en place un dispositif d’aides dédié aux jeunes.

20 % des surfaces agricoles vont changer de main d’ici 10 ans

En attendant, la pression monte.  Les cinq millions d’hectares de terres agricoles françaises, soit 20 % de la surface française, qui changeront de main d’ici 2030 sont particulièrement convoitées par les investisseurs favorisant ainsi la spéculation. Plusieurs coups d’éclat ont d’ailleurs fait grincer des dents ces dernières années comme le rachat du domaine du vigneron Jean-Francois Ganevat, apôtre du vin nature, par le milliardaire russe Alexander Pumpyansky ou l’acquisition de deux Châteaux de prestige, Pérenne et Guery par le fondateur d’Alibaba, Jack Ma, en 2017.

Les Safer, ces sociétés d’aménagement foncier et d’équipement rural, sont pourtant chargées de prévenir ces risques en préemptant certains terrains au prix de vente trop élevé pour les laisser entre les mains des agriculteurs. Mais grâce à des montages financiers précis se servant d’un prête-nom, les Safer n’arrivent plus à réguler la situation. “Il s’agit d’investisseurs français mais aussi de holdings étrangères dont le montage est opaque”, expliquait déjà à Novethic en 2018, Emmanuel Hyest, président de la FNSafer. Et ce phénomène prend de l’ampleur. Car derrière ces milliardaires attirés par les vignobles, se jouent en réalité une vraie mainmise de grandes entreprises sur les terres arables. 

“Hold-Up sur la terre” 

Dans son livre Hold-up sur la terre, la journaliste Lucile Leclair affirme que des enseignes de la grande distribution, des leaders de l’agroalimentaire, du secteur pharmaceutique ou cosmétique “convoitent le patrimoine agricole”. Des pratiques qui font flamber les prix à l’hectare, rendant encore plus difficile l’accès des petits agriculteurs aux terres et favorisant les exploitations de grande taille en monoculture. “Leur objectif : maîtriser de A à Z la chaîne de valeur”, écrit-elle dans une tribune publiée dans Reporterre. “L’industrie poursuit une logique d’exportation de produits standardisés. Une seule vision émerge. D’un bout à l’autre de la France, c’est la même espèce qu’on élève et la même variété qu’on cultive”. 

Si cette tendance est décriée, elle n’est pas la seule responsable de l’effet de concentration. La surface agricole d’une ferme est ainsi passée de 24 hectares en 1988 à 69 hectares en 2020, soit une augmentation de 183 %. “À un moment donné, les fermes seront si grandes qu’elles ne pourront plus être reprises. On sera sur le modèle de sociétés privées qui emploie des salariés agricoles. C’est déjà la réalité du passage “de la ferme à la firme”, explique Tanguy Martin, animateur territorial de Terre de liens Pays-de-la-Loire. Plusieurs ONG, dont les Amis de la Terre appellent à une limitation des surfaces détenues par une seule et même personne morale ou physique. Une loi a bien été adoptée en décembre dernier, destiné à réguler l’accès au foncier agricole, mais elle comporte trop d’exceptions selon l’association. Un sentiment partagé par la Confédération Paysanne. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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