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Conflit en Ukraine : Derrière la crise énergétique, le blé, arme géopolitique d'influence

ble geopoiltique

Publié le 23 février 2022

ENVIRONNEMENT

C’est un sujet géopolitique qui est passé au second plan de la crise énergétique mais qui est pourtant crucial. L’Ukraine, grande exportatrice mondiale de blé, est particulièrement convoitée pour ses terres. Or les conséquences des tensions avec la Russie pourraient provoquer de sérieux problèmes d’approvisionnement chez ses principaux importateurs de blé notamment au Maghreb mais aussi en Indonésie. 

Alors que le bruit des bottes résonne aux portes de l’Europe, en Ukraine, c’est l’extrême dépendance des Européens au gaz russe qui a été au cœur de l’actualité ces dernières semaines. Or, un autre levier d’influence crucial est passé sous les radars, celui du blé. En seulement 20 ans, la Russie est devenue une championne céréalière. De 36 millions de tonnes de blé produites en 2001, elle est passée à 80 millions en 2020. Surtout, ses exportations pèsent 35 millions de tonnes soit 20 à 23 % des exportations mondiales de blé. 

“Le blé est une arme géopolitique. Après l’armement et le gaz, la Russie a cherché à se reclasser sur la scène internationale”, explique Sébastien Abis, chercheur à l’Iris et directeur du club Demeter. La Russie n’est pas devenue seule une puissance agricole. C’est toute la région de la mer Noire qui a pris une place d’ampleur sur le marché des grains. Aujourd’hui, Moscou et Kiev représentent un tiers des exportations de blé. “L’Ukraine a toujours été convoitée”, note Sébastien Abis.

Et de fait, la situation actuelle fait écho à la théorie du Heartland, cette analyse géopolitique du début du XXème siècle du géographe Halford John Mackinder selon laquelle celui qui contrôle l’Europe de l’est contrôle le monde. Si la géopolitique a évolué, cette “zone pivot” reste toujours attractive. “Tout tourne autour de l’Ukraine et évolue au gré des tensions géopolitiques car ce sont deux pays qui exportent beaucoup de blé“, résume Dewey Strickler d’Ag Watch Market Advisor.

Des potentiels crises alimentaires 

“Si la Russie envahit l’Ukraine -ce à quoi je ne crois pas- Moscou contrôlera un tiers du marché international de blé et cela mettra en péril la sécurité alimentaire de nombreux pays”, avance Sébastien Abis. L’Égypte, l’Indonésie ou encore l’Algérie sont particulièrement perméables à cette crise alors qu’ils importent massivement du blé de la zone. Selon l’agence Ecofin, Le Caire a déjà annoncé travailler à une stratégie de diversification de ses sources d’importation. “Nous peaufinons un mécanisme de couverture pour nous protéger contre la hausse des prix mondiaux du blé”, a expliqué le ministre égyptien de l’Approvisionnement, Ali Moselhy. 

Dans un contexte d’inflation mondiale, où les chaînes d’approvisionnement sont encore ralenties par la pandémie, le coup pourrait être difficilement supportable. Pour le Liban par exemple, qui subit déjà une crise économique historique et qui importe la moitié de son blé de l’Ukraine, la situation est particulièrement tendue. “D’autres pays exportateurs pourraient prendre le relai de l’Ukraine et de la Russie si les flux logistiques s’arrêtaient. En revanche, si on enlève deux fournisseurs majeurs à l’échelle mondiale, les stocks d’autres pays exportateurs comme la France ou les États-Unis ne sont pas illimités. Et donc plus on aura besoin de tirer sur ces sources d’approvisionnement, plus les prix risquent de monter en attendant la nouvelle récolte”, explique sur France Culture Gautier Le Molgat, directeur général adjoint du cabinet d’études Agritel. S’il semble encore trop tôt pour mesurer l’impact précis de ce conflit, les tendances observées par les experts laissent ainsi présager des impacts difficiles. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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