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Conflits, insécurité alimentaire, pertes d'emploi… Comment la pandémie exacerbe les “détonateurs” de migrations

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Publié le 30 mars 2021

Si la pandémie a considérablement fait chuter le nombre de migrants dans le monde, elle a, d’un autre côté, exacerbé les facteurs de migrations. Insécurité alimentaire, conflits, crise économique… autant de “détonateurs” qui ont un impact sur les déplacements, explique l’Organisation internationale pour les migrations. À cela s’ajoutent le changement climatique et une nouvelle réalité : les “migrants bloqués” qui sont coincés sur le chemin de retour vers leur pays d’origine en raison des mesures sanitaires.   

Fermeture des frontières, avions cloués au sol, confinement… la pandémie a “paralysé la mobilité mondiale“, selon le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Antonio Vitorino. L’OIM estime ainsi qu’en 2020, le nombre de migrants a chuté de deux millions par rapport à 2019. Si ce phénomène n’est pas une surprise, il est asymétrique fait remarquer Antonio Vitorino lors d’une audition par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. 

“La pression migratoire va se maintenir”, a prévenu le dirigeant de l’organisation rattachée aux Nations unies. “Les facteurs qui provoquent les migrations ont été exacerbés par la pandémie. C’est ce qui nous préoccupe pour ce qui va se passer dans les années à venir”, a-t-il ajouté. Et de fait le Covid-19 a généré une crise économique et sociale. L’OIM estime ainsi que 20 millions d’emplois ont été perdus en Afrique à cause de la pandémie. À cela s’ajoutent l’insécurité alimentaire et les conflits. “Si vous ne nourrissez pas les gens, vous nourrissez les conflits”, prévenait Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU au Conseil de sécurité le 11 mars.

Explosion de la faim et des conflits

Le Covid-19 a dégradé la situation. En  un an, le nombre de personnes souffrant de la faim en raison des conflits et de l’instabilité a explosé de 20 %. “Les conflits amènent des personnes à quitter leur foyer, leur terre et leur emploi, bouleversent les activités agricoles et les échanges commerciaux et limitent l’accès aux ressources vitales telles que l’eau et l’électricité et entraîne la faim”, a expliqué Antonio Guterres. À ces facteurs exacerbés, s’ajoute le changement climatique, qui va devenir un “détonateur des mouvements de population”.  

“Parfois, en Europe, on a l’impression qu’on parle de 2030, 2040, 2050… Mais la réalité du changement climatique est déjà en train de se produire aujourd’hui”, a insisté le directeur de l’OIM, appelant à intégrer cette question dans les accords de Paris sur le climat. À cet égard, a-t-il prévenu, le Sahel “rassemble tous les éléments d’une tempête parfaite” pour la migration citant une crise du développement, un manque de gouvernance, une mauvaise gestion des ressources naturelles mais également les impacts du changement climatique. 

La pandémie génère une catégorie de “migrants bloqués” 

La pandémie a également créé “une nouvelle réalité”, affirme Antonio  Vitorino : les “migrants bloqués” qui tentaient de rentrer dans leur pays d’origine, mais qui n’ont pas pu en raison des conséquences de la pandémie. Ces derniers, estimés à 3 millions dans le monde, dont 1,2 million pour les seules régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, sont bloqués sur le chemin du retour. Ils alimenteront les prochains déplacements et “commencent à bouger en ayant recours à des trafiquants”, a ajouté le directeur général de l’OIM. 

À cet égard, “on est en train de retourner à la normalité par la pire des voies”, a-t-il estimé. Et de poursuivre : “En l’absence de voies de migration légales, les gens essaient de bouger par des voies irrégulières. Est-ce que la pandémie a changé cela ? Pas du tout ! En Libye, les passeurs ne se sont arrêtés que trois semaines, en mars 2020. Après, tout est revenu comme avant.” 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP

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