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Contestation locale des éoliennes : un frein à la transition énergétique ?

De la tribune de Stéphane Bern aux pêcheurs de la baie de Saint-Brieuc, les éoliennes font face à beaucoup de contestations au niveau local. Tentons de comprendre ces contestations et analysons les solutions pour y répondre.

Les principaux fournisseurs de pétrole de l’Union Européenne pourraient voir leur production diminuer à partir de 2030. C’est ce que montre un rapport du cabinet The Shift Project. Il estime que la production des seize principaux fournisseurs de l’UE pourrait être inférieure de 10 à 20% en 2030 par rapport à celle de 2019. Il devient donc urgent pour l’Union Européenne d’opérer sa transition énergétique en réduisant fortement sa consommation d’énergie et en se tournant vers des sources d’énergies renouvelables. La transition énergétique devra se passer d’énergie éolienne, si on en croit une récente tribune de Stéphane Bern. Dans celle-ci, le journaliste et animateur de télévision dénonce le danger pour le patrimoine culturel et la biodiversité que représente l’implantation de nouvelles éoliennes. Il oppose deux groupes : celui des urbains “bobos” qui demandent une accélération de la transition écologique et celui des ruraux qui ne veulent pas d’éoliennes dans leurs communes.

Bien que cette division soit très schématique, cette tribune soulève la question importante de l’acceptabilité des projets d’énergies renouvelables. De la baie de Saint-Brieuc au Parc naturel régional du Perche, de nombreux projets éoliens sont contestés localement. Pourtant, les éoliennes sont majoritairement perçues comme positives à l’échelle nationale. Le gouvernement s’est, lui, donné pour objectif de faire passer la part de l’éolien dans la production d’électricité de 7 % aujourd’hui à 20 % en 2028. “Les énergies renouvelables c’est bien mais pas d’éolienne dans mon jardin”. Le débat autour de la transition énergétique se résume-t-il à cela ? La solution ne serait-elle pas d’impliquer davantage les citoyens ? Faut-il de grands plans énergétiques centralisés ou une gestion locale décentralisée ? Tentons de mettre ces questions en perspective. 

Une difficile acceptation des éoliennes au niveau local

Environ deux tiers des projets d’implantation d’éoliennes sont aujourd’hui contestés devant la justice administrative. Selon la Fédération environnement durable, 1 600 actions en justice ont été lancées depuis le début de l’année 2021. Ces actions sont menées par des collectifs de riverains, de commerçants et d’élus locaux. Le collectif Vent des Maires rassemble, par exemple, 500 maires opposés à l’implantation d’éoliennes sur leurs communes. 

Ce qu’on leur reproche

Ces collectifs reprochent principalement aux éoliennes leur impact sur le paysage et le tourisme local. Ils font état d’un sentiment d’encerclement et déplorent une dévalorisation des biens immobiliers proches des lieux d’installation. Viennent ensuite les nuisances sonores et lumineuses qu’elles représentent. On retrouve, finalement, des inquiétudes quant à leur impact écologique, sur l’avifaune notamment. Leurs opposants dépeignent ainsi les éoliennes comme des “hachoirs à oiseaux”. A cela s’ajoutent des récriminations contre l’artificialisation des sols que leur construction engendre. 

Comment expliquer ces contestations ? 

Pourtant, au niveau du pays, les éoliennes ont une image très positive. En atteste le baromètre IRSN 2021 sur la perception des risques et de la sécurité par les Français. Le parc éolien est, en effet, le site jugé le plus acceptable avec 41 % d’adhésion. Ce qui est bien supérieur à celui d’une centrale nucléaire (16%), par exemple. Le Baromètre 2020 avait montré que 82 % des Français avaient une bonne image de l’énergie éolienne contre 34 % pour l’énergie nucléaire. Alors, pourquoi tant d’opposition dans les territoires ? 

Dans une première approche, on pourrait expliquer le rejet local des éoliennes par le syndrome NIMBY pour “Not In My BackYard” (pas dans mon jardin). Ce syndrome décrit des individus qui soutiennent l’énergie éolienne en général mais s’oppose à l’installation de champs proches de chez eux car cela va contre leur intérêt personnel.

Les recherches récentes ont montré que l’explication NIMBY était un peu simpliste. Plus que chercher à maximiser leurs bénéfices personnels, les riverains attacheraient plus d’importance à la manière dont les autres se comportent et au sentiment de justice. Les émotions entreraient beaucoup en jeu. Les riverains développent ainsi un lien affectif et symbolique avec leur lieu de vie. Le sentiment d’encerclement vient aussi du fait de la grande taille des éoliennes, explique Philippe Bihouix sur France Culture. Les coûts de maintenance d’une éolienne sont fixes, il y a donc tout intérêt à construire une éolienne la plus grande possible qui produira un maximum.   

Quelles solutions pour favoriser l’acceptabilité des projets éoliens ? 

Informer

Des études montrent l’importance des processus informatifs dans l’acceptabilité des projets. On peut expliquer, tout d’abord, qu’à peine 20 % du territoire est accessible à l’éolien, selon le gouvernement. Il faut un emplacement avec des régimes de vent adéquats, situé à 500 m de toute habitation, loin des sites classés, qui évite les radars météo, les radars militaires et les couloirs d’aviation… Une faible part du territoire français est donc propice à l’installation d’éoliennes. Cela peut alimenter le sentiment de saturation ressenti par certains habitants. 

En ce qui concerne l’impact écologique néfaste des éoliennes, il est à nuancer. Une étude de 2017 de la LPO menée sur plusieurs parcs éoliens montre que les éoliennes sont responsables de la mort de 0,5 à 20 oiseaux par éolienne et par an. Il y a 9000 éoliennes actuellement en France. Si on prend la fourchette haute, cela représente 180 000 oiseaux tués par an. On peut comparé ce chiffre, par exemple, aux 75 millions d’oiseaux tués chaque année en France par les 13 millions de chats domestiques. 

Inclure et associer 

Les études en sciences sociales montrent aussi que l’ancrage local des sociétés de développement et l’association des habitants aux décisions sont des facteurs importants dans l’acceptabilité des projets éoliens. Les citoyens accepteront plus facilement un projet s’il ont le sentiment que les coûts et les bénéfices sont distribués justement. Même chose si la procédure de choix du site est équitable et transparente. La confiance dans le développeur du projet éolien est aussi cruciale. Elle permet d’adapter les projets aux réalités locales et de créer du consensus. 

Cette étude de 2015 a voulu savoir si le modèle de coopérative éolienne permettait une meilleure acceptabilité locale. Dans une coopérative, les citoyens peuvent acheter des parts sociales et ainsi devenir propriétaires des éoliennes installées sur leur commune. Ils reçoivent alors des dividendes versés régulièrement et peuvent participer au processus de prise de décision. Les résultats de l’étude montrent que la participation à une coopérative éolienne augmente significativement l’attitude positive à l’égard de cette technologie.

Le gouvernement a, semble-t-il, entendu cette demande de concertation. La Ministre de la Transition Écologique, Barbara Pompili, a annoncé, le 28 mai vouloir “réaliser une cartographie précise des zones favorables au développement de l’éolien dans chaque région.” Les préfets vont consulter l’ensemble des parties prenantes (Régions, communes, associations environnementales, associations de défense du patrimoine et représentants des développeurs) pour déterminer les zones susceptibles d’accueillir des éoliennes. Le gouvernement compte aussi développer un réseau de conseillers techniques pour aider les collectivités à développer leurs projets ou s’impliquer dans un projet éolien ou photovoltaïque. 

Vers un service public de l’énergie contrôlé par les citoyens ? 

Pour opérer notre transition énergétique de façon plus efficace, certains proposent de créer un service public de l’énergie sous le contrôle des citoyens. Ce service pourrait être alimenté avec des fonds publics, en recourant, par exemple, à l’épargne populaire. En misant sur une gestion plus décentralisée de l’énergie, ce service public pourrait associer les citoyens aux prises de décisions. Cela favoriserait leur adhésion aux projets. C’est ce que proposent, dans une tribune, une centaine de personnalités politiques.

Pour en savoir plus : les impacts écologiques des éoliennes

Photo de Peter Franken sur Unsplash

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