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Convergence des cycles

Bricoler sans les réseaux sociaux

Ça bloque déjà pour dégager la potence de guidon. « Il est où le marteau ? », plaisante Rémi, dreads sur la tête. « On peut mettre du dégrippant ? », suggère Hector, à l’accent mexicain. « C’est un vrai casse-tête chinois, ce vélo chinois », rigole Nico, en jean Converse. Avant toute chose, Loïc repère un petit ergot. Il prend un tournevis plat et dévisse. Puis, il empoigne un bidule plat en ferraille bricolé. « Cet outil-là, c’est sûr que tu ne vas pas le trouver chez Mr. Bricolage ! » Jusqu’à libérer la pièce tant convoitée. « Oh, mais c’est facile en plus ! », s’enthousiasme Rémi. « C’est juste qu’on ose pas, des fois », ajoute Nico. « D’où l’apprentissage par le démontage. Du coup, c’est pas grave si tu casses une pièce », lance Loïc.

Plus loin, d’autres passionnés de la petite reine s’activent pour les autres ateliers et projections du Cyclo camp, autogérés par les bénévoles d’Écoloc. Les enfants du village sont en train de regarder le film Raoul Taburin, le réparateur de cycles imaginé par le dessinateur Sempé. Yann, qui vient de l’atelier participatif Vélocène à Marseille, participe à l’atelier linogravure animé par Jil, situé un peu plus haut. « On a décidé de faire notre com’ sans les Gafa ni les réseaux sociaux. Du coup, on fait tous nos flyers à la main avec cette technique. On dit aux gens de ne pas le jeter, car c’est une pièce unique et ils le comprennent plutôt bien. » Avec les familles qui veulent se remettre en selle après l’hiver, les vélorutionnaires engagés contre la bagnole occupent également tous les étés les gorges de la Méouge. Où pas moins de 400 personnes peuvent circuler librement avec leur bécane, sans se prendre de gaz d’échappement dans les naseaux. Au moment du repas, il y a quand même ce petit quelque chose qui réunit tous les amoureux de biclou : la fascination pour la simplicité de la bête. Si ça n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Éloge du roulement à billes

Une chaîne, un simple pédalier, un petit coup de pouce pour faire naviguer les vitesses sur les pignons et le tour est joué. En retirant un moyeu, Loïc dévoile aux novices le trésor des vélonomes. « Et là, magie, on va trouver la première pièce cachée : le fameux roulement à billes ! Il y en plein dans le vélo. Dans les roues et le pédalier, c’est ça qui permet la rotation. » Sur la plateforme Wiklou, « le wiki du biclou », animé entre autres par le réseau l’Heureux cyclage (réseau des ateliers participatifs), on trouve tous les trucs et astuces pour apprendre à réparer son vélo et à monter son atelier. Tout est gratuit et collaboratif. « Au départ, j’ai appris à réparer dans les ateliers en tant qu’usager, raconte Loïc. Tu fais, tu échanges, et à la fin tu sais fabriquer de nouveaux vélos. » À côté de lui, Rémi prend de l’élan et grimpe sur un engin d’une autre planète.

« Wouah, dément ! » Une petite roue devant, une grosse derrière et trois fourches soudées et empilées pour rehausser le guidon de BMX. Ce qui lui donne des airs de biker zéro carbone. « Toute l’année, on bricole aussi des vélos pour les revendre et qu’ils puissent resservir. Il y a quand même une logique commerciale derrière. Si tu bosses trois semaines sur un vélo, que tu mets un peu de matos dessus, il faut qu’il tienne la route. Ça permet de rentrer des thunes pour payer d’autres outils ou faire des événements. » Les montures ne coûtent pas cher : quelques dizaines d’euros. Et les pièces d’occasion récupérées çà et là, encore moins. Avec un peu de graisse, un petit coin au sec et l’oreille musicale, un vélo est increvable. Fuyons les Decathlon et passons du côté obscur. Celui des acharné·es qui donnent un prénom à leur biclou.

Clément Villaume

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