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COP 15 Biodiversité : Le déclaration de Kunming passe sous silence l'objectif de protéger un tiers des mers et terres

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Publié le 18 octobre 2021

ENVIRONNEMENT

Est-ce un mauvais signe pour la biodiversité ? L’objectif de protection de 30% des terres et mers, objectif attendu de la COP15 biodiversité, est à peine mentionné dans la déclaration de Kunming publiée lors de la première partie de la COP qui s’est tenue du 11 au 15 octobre. Cette ambition suscite l’opposition d’une poignée de pays. Si rien n’est encore acquis, l’objectif de la déclaration était avant tout d’élaborer un texte consensuel pour donner une impulsion politique après le retard lié à la pandémie.

C’est un objectif phare de la COP15 : protéger 30% des terres et des mers de la planète d’ici 2030 (objectif “30×30”). Mais l’ambition n’est que vaguement mentionnée dans la déclaration de Kunming, document clé de la première phase de COP15 biodiversité adopté par une centaine de pays le 13 octobre. Le texte stipule la nécessité d’étendre la surface des aires protégées et note seulement que “de nombreux pays soutiennent l’objectif” de protéger un tiers de la planète. L’ambition était pourtant présente dans le brouillon et dans le premier jet proposé par la Convention cadre sur la Diversité biologique publié cet été.

L’absence de l’objectif reflète l’état des discussions actuelles“, souligne Julien Rochette, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), car il n’y a pas aujourd’hui de consensus. La Coalition de la Haute Ambition pour la Nature et les Peuples, groupe intergouvernemental de plus de 70 pays mené par la France et le Costa Rica, soutient par exemple l’objectif. Mais si la seconde coalition importante (91 pays), la “Leaders Pledge 4 Nature” (“les dirigeants s’engagent pour la nature”), appelle à des actions ambitieuses pour inverser la courbe d’effondrement de la biodiversité, elle ne s’est pas encore prononcée en faveur de cette mesure. Certains pays se sont même déjà résolument prononcés contre : le Brésil, l’Argentine, l’Indonésie, ou encore l’Afrique du Sud. La Chine, présidente de cet COP15, n’a pas non plus affiché son soutien à cette ambition.

Bien que l’objectif 30×30 est attendu, “rien n’est cependant acquis“, prévient Julien Rochette. Ce n’est pas impossible qu’il disparaisse du texte final, il faut continuer à travailler, à négocier”. Sans avoir uniquement cet objectif en tête. “Il ne faut pas juger la COP15 uniquement à la lumière de l’inscription de cet objectif 30×30, ajoute-t-il. Un texte qui inclurait cet objectif sans un cadre ambitieux ce ne serait pas réussi”. D’autres problématiques cruciales doivent être abordées lors des négociations, comme la question des financements et la création d’un système de transparence et de redevabilité des États, dont l’absence a conduit à l’échec des accords d’Aïchi, la feuille de route pour la protection de la biodiversité de la décennie précédente.

Une première phase essentiellement politique

Les États réfractaires avancent deux raisons principales. D’abord, celle, la plus évidente, des financements, notamment pour les pays en développement. “Certains pays pourront changer d’avis si les financements sont à la hauteur de leurs attentes, détaille Julien Rochette. D’autres pays soulignent que la création d’aires protégées n’est pas une solution acceptable car elles entrent en conflit avec les droits des peuples autochtones dans certaines régions et donnent par exemple lieu à l’expulsion des populations locales.

Pas d’inquiétude cependant. L’objectif de la déclaration de Kunming était avant tout de fédérer les États autour d’un texte commun, et donc consensuel,  et de donner une “impulsion politique” comme l’avait annoncé la Convention sur la diversité biologique dans son communiqué de presse en août. Un élan essentiel après la pandémie qui a retardé les discussions, alors que la COP15 devait initialement se tenir en octobre 2020

En ce sens, cette COP15 est réussie”, estime Julien Rochette. “Sans être révolutionnaire, cela a fonctionné, en témoignent les nombreuses annonces des États”. La Chine a par exemple acté la création d’un fonds de 230 millions d’euros pour accompagner les pays en développement et l’Union européenne a annoncé doubler ses financements extérieurs pour la biodiversité “en faveurs des pays les plus vulnérables“. Le Japon va lui aussi mettre sur la table environ 14 millions d’euros. Les négociations vont reprendre en janvier 2022 à Genève, avant la tenue de la deuxième phase de la COP15, en avril-mai.

Pauline Fricot, @PaulineFricot

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