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COP27 : derrière les négociations climatiques, l’enjeu crucial des droits humains

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Discours du president egyptien Abdel Fattah al Sissi lors de la COP26 a Glasgow en E cosse le 1er novembre 2021 YVES HERMANPOOL AFP

Publié le 28 octobre 2022

La COP27 qui s’ouvre le 6 novembre prochain à Charm-el-Cheikh, en Egypte, doit permettre d’avancer sur la lutte contre le changement climatique. Mais elle peut aussi être l’opportunité pour la communauté internationale de mettre la pression sur le pays hôte, accusé d’être à l’origine de “l’une des crises des droits humains les plus graves du pays depuis des décennies”.

Peut-on espérer avancer sur les sujets climatiques dans un pays accusé de violer les droits humains ? C’est la question que pose Céline Lebrun-Shaath, défenseure des droits humains, alors que la COP27 sur le climat se tient à partir du 6 novembre à Charm-el-Cheikh en Égypte. Cette enseignante française s’est démenée pour faire libérer son époux, Ramy Shaath. Cet informaticien égypto-palestinien, figure de la société civile et militant politique pour les droits des Palestiniens, a été incarcéré pendant deux ans et demi dans les geôles égyptiennes pour son opposition au général al-Sissi. Quelque 60 000 prisonniers d’opinion sont encore enfermés de façon arbitraire.

“La COP27 est organisée dans un pays qui est une dictature militaire. Est-ce compatible avec le mouvement climatique et les valeurs qu’il incarne ? Alors que toutes les caméras seront braquées sur l’Égypte, il est important dès lors de porter les revendications de la société civile égyptienne afin de créer une intersection entre le mouvement pour le climat et celui pour les droits humains. Une pétition a été lancée en ce sens et nous appelons les participants à relayer le message #FreeThemAll en amont et pendant l’événement”, expliquait Céline Lebrun-Shaath, lors d’une conférence de presse organisée par Amnesty International le 19 octobre 2022.

Une Stratégie nationale des droits humains lancée en 2021

Selon Human Rights Watch, qui a publié un rapport courant septembre 2022, “l’oppression politique qui a cours sous le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi est à l’origine de l’une des crises des droits humains les plus graves du pays depuis des décennies”. “La répression du gouvernement a forcé des dizaines d’activistes et de groupes de premier plan de la société civile égyptienne, notamment ceux qui travaillent sur des questions environnementales et de droits humains, à quitter le pays ou à réduire ou cesser leurs activités militantes”, note l’ONG dans son rapport.

À l’approche du sommet international, l’Égypte a multiplié les signaux pour montrer sa volonté d’avancer sur cette question des droits humains. Le pays a notamment lancé une Stratégie nationale des droits humains (SNDH) en septembre 2021, présentée comme un document de référence. Mais il a été rédigé par un organe gouvernemental, sans consultation de la société civile égyptienne et des organisations de défense des droits humains, précise Amnesty International, qui a publié une analyse détaillée de cette stratégie.

“Les autorités ont développé cette stratégie comme outil de propagande pour dissimuler la répression et empêcher toute forme d’opposition. Depuis mars 2021, les autorités ont certes libéré des dizaines de prisonniers d’opinion ainsi que d’autres personnes détenues pour des raisons politiques, mais des centaines d’individus, notamment des défenseurs des droits humains, sont toujours maintenus arbitrairement en détention, alors que les arrestations de détracteurs et d’opposants présumés se poursuivent”, témoigne Souleimene Benghazi, chargé de campagne Égypte à Amnesty International.

Des manifestations autorisées dans un espace délimité

Sur place, pendant les deux semaines que va durer la COP27, le gouvernement égyptien assure que les manifestations seront autorisées mais dans un espace bien délimité. Quid des manifestations qui auront lieu en dehors de cet espace clos ? De même, seule une partie de la société civile égyptienne, triée sur le volet, a été autorisée à participer au sommet. Le risque de piège et de ciblage numérique contre les participants LGBT pendant et après la COP27 pourrait également être accru. En outre, le risque de représailles est bien présent, une fois que la COP sera passée.

“La COP27 doit être impérativement utilisée comme un moment unique pour accroître la pression sur les autorités. Avec la COP, c’est le moment de sortir de la diplomatie silencieuse ! Pour nous, cette COP a donc un double enjeu : faire face à la crise climatique en appelant les États à prendre des mesures à la hauteur de l’urgence. Et faire face à la crise des droits humains qui perdure en Égypte en appelant, là aussi, les États à ne pas rester silencieux face à tant de violations. Dans les deux cas, des vies sont en jeu”, résume Souleimene Benghazi.

Concepcion Alvarez @conce1

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