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Coronavirus : triple peine pour la jeunesse et camouflet pour le développement durable

[  Mise à jour : 12 octobre 2020  ]  « Avec la récession économique qui découle du confinement, ce sont les jeunes qui vont payer le plus lourd tribut, que ce soit sous forme de chômage ou d’endettement, » estimait en avril 2020 le philosophe André Comte-Sponville dans un entretien pour le quotidien suisse Le Temps. L’essayiste François de Closets renchérissait dans une tribune dans Le Monde du 29 mai intitulée « La génération prédatrice du ‘toujours plus’, née autour de 1950, devrait avoir honte ». Selon lui, les plus jeunes ont consenti à un véritable sacrifice en acceptant de se confiner pour protéger leurs aînés. « Le Covid-19 ne représente une menace mortelle que pour les plus de 64 ans. Les jeunes générations pouvaient parfaitement vivre avec et laisser mourir les anciens. C’est d’ailleurs ce que notre génération a fait, entre 1968 et 1970, avec la grippe de Hongkong, tout aussi géronticide ».

Le même jour Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice générale de Novethic signait un éditorial dans sa publication intitulé « Élever des générations sacrifiées : quand le COVID 19 hypothèque l’avenir des plus jeunes ». Elle attire l’attention de ses lecteurs : « 2020 sera sans doute l’année de la rupture pour les jeunes générations dont on a hypothéqué l’avenir (…) Les mesures de prévention du COVID 19 ont conduit à privilégier certaines catégories de la population, celles qui détiennent le pouvoir démographique, économique, et démocratique sur les plus jeunes qui se trouvent privés de scolarité, de stages et d’emplois, saisonniers ou pas ». De son côté, Anne Lambert, sociologue et directrice de recherche à l’Institut national des études démographiques (Ined) prévient : « La pandémie n’est pas seulement une crise sanitaire ». Elle ajoute : « C’est une crise sociale, générationnelle, qui hypothèque l’avenir de la jeunesse. Croire qu’une société développée est une société qui protège ses aînés en sacrifiant ses jeunes, en reportant sur eux le poids des dettes publique et écologique et le financement de la dépendance, est une grossière erreur »[1].

Génération prédatrice contre génération sacrifiée ; « papy-winners » contre « baby-loosers » : la guerre des âges plane au-dessus du Coronavirus…

Il ne s’agit pas de dresser les uns contre les autres, alors même que la crise sanitaire a révélé la solidarité (choisie ou souhaitée) de ceux qui respirent le même air et partagent les mêmes espaces. Mais la Covid agit comme un révélateur de la domination de la génération (dont l’auteur de ces lignes fait partie) de ceux qui ont vécu les plus belles années des « trente glorieuses », dans le calme de l’après-guerre, ont pu entrer sur un marché du travail encore dynamique, acheter à bas prix leur logement et profiter des 50 années sans conflit majeur que l’Histoire a offert pour la première fois à l’humanité. C’est cette génération gâtée par l’existence qui fuit ses responsabilités et alourdit sans cesse le fardeau imposé aux générations suivantes.

 

Un camouflet infligé au développement durable

Le gonflement de la dette écologique et financière représente un transfert de responsabilité effectué sans contrôle démocratique au détriment des générations futures. Ce faisant, nous allons à rebours des exigences du développement durable. Passée d’abord inaperçue, l’expression « développement durable » a été popularisée à partir de la publication du rapport Brundtland en 1987. Madame Gro Harlem Brundtland, alors Ministre d’État de Norvège, la définit ainsi dans son rapport ‘Our common future’ : « Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »[2]. Cette définition institutionnalise un proverbe amérindien, citation dont beaucoup de politiques aiment endosser la paternité : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous empruntons celle de nos enfants ». Le philosophe allemand Hans Jonas, le plus grand penseur de la responsabilité, disait que l’humanité n’a pas le droit au suicide[3]. Car si l’homme peut s’enlever la vie, il ne peut pas, par ailleurs, mettre en péril celle des autres, puisque la société a la responsabilité de protéger la vie. Mais sacrifier sa jeunesse est une forme de suicide pour une société.

Comment ne pas comprendre qu’une partie de la jeunesse se soulève, face à ce « déni de soutenabilité » et demande des comptes à ses aînés qui sont aux commandes ? En version exaltée, cela donne le discours de Greta Thunberg à la tribune de l’ONU en septembre 2019 : « Les gens souffrent, les gens meurent, des écosystèmes entiers s’effondrent. Nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle ? Comment osez-vous ? (…) Vous nous délaissez. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis : nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en sortir comme ça ». En version plus policée, cela donne le « Manifeste pour un réveil écologique », lancé en octobre 2018 par des étudiants de grandes écoles, proposant de changer de cap aussi bien dans leur quotidien que dans le choix de leur futur emploi et annonçant qu’ils ne travailleront pas pour des entreprises qui ne s’engagent pas vers plus de responsabilité[4].

Et comme l’approche de la RSE nous invite à analyser les impacts de nos actions, les externalités comme disent les économistes, force est de constater que les plus jeunes vont payer le plus lourd tribut à cette crise alors qu’ils étaient les moins menacés par elle. Pour la jeunesse, c’est la triple peine.

 

1 – Les jeunes sont les moins concernés mais les plus pénalisés

L’étude britannique OpenSafely a montré que les 18-40 ans ont 180 fois moins de risques de mourir de la Covid-19 que les plus de 80 ans. En France, plus de 90% des morts de cette maladie ont plus de 65 ans, et l’âge médian des victimes est de 84 ans. C’est donc pour protéger nos aînés que l’option du confinement a été choisie par ceux qui détiennent le pouvoir économique mais aussi démocratique (selon le dernier pointage de l’Insee, les électeurs inscrits sont âgés de 50 ans en moyenne), malgré ses conséquences catastrophiques pour le devenir de nos jeunes.

Cela ne veut pas dire qu’il ne fallait pas consentir au confinement, ni que les jeunes auraient été épargnés par le virus en son absence. Ce dernier a permis d’éviter 3,1 millions de morts en Europe (dans 11 pays), d’après les estimations d’une étude publiée début juin dans la revue Nature. Une étude française réalisée par trois chercheurs de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) avait déjà montré que le confinement a sauvé au moins 60.000 vies en France sur le seul mois d’avril. Et sur ces vies sauvées, il n’y a pas que des octogénaires, comme le rappelle le Pr Laurent Papazian, chef du service de réanimation de l’hôpital Nord à Marseille (AP-HM)[5]. « Le confinement est une mesure qui a bénéficié à l’ensemble de la population. D’abord parce qu’une bonne partie des malades accueillis en réanimation avaient moins de 65 ans. Ensuite parce que si nos services avaient été saturés, il y aurait eu des effets collatéraux pour d’autres patients, et notamment des jeunes, qui n’auraient pas pu être soignés correctement ». Si bien que, souligne le réanimateur, « sans le confinement, cela aurait été une catastrophe sanitaire pour l’ensemble de la population ».

Cela ne veut pas dire non plus que les plus âgés auraient été mieux traités que les plus jeunes. Comment oublier notre silence collectif au début de la pandémie, lorsqu’on laissait mourir dans les Ehpad des centaines de résidents isolés qu’on ne daignait même pas compter dans les statistiques des morts ? Comment oublier les clandestins du deuil, ces morts qui ont passé leurs derniers jours sans pouvoir ne serait-ce que plonger leur regard dans celui de leurs proches, sans obsèques dignes de ce nom ?

Un adolescent français sur quatre rencontre des difficultés dans la communication avec ses parents, soit la proportion la plus élevée des pays de l’OCDE.

C’est évidemment en regard de leur potentiel que les jeunes, peu menacés par la pandémie elle-même, ont été en revanche les plus gravement impactés. Emmanuel Macron (né en 1977) l’a souligné durant son interview télévisée du 14 juillet : « C’est à notre jeunesse qu’on a demandé le plus gros effort » pendant la crise sanitaire, a-t-il souligné à ce propos, « ne pas sortir, ne pas aller faire la fête, ne pas pouvoir passer ses examens », et « parfois devoir renoncer à sa première embauche ». Rester cloîtré chez soi ne révolutionne pas la vie d’un senior, mais cela handicape gravement les jeunes, privés d’interactions sociales à l’heure où ils forgent leur personnalité dans l’échange avec leurs pairs, privés d’indépendance pour ceux qui ont dû réintégrer le bercail familial pour se confiner chez leurs parents.

Même Bill Gates a été jeune ; c’est prouvé !

 

Le confinement n’a pas toujours fait du bien à la relation parents-enfants, déjà bien dégradée avant la crise sanitaire. J’avais été frappé par la lecture d’un rapport de l’OCDE

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