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Covid-19 : En privant les pays pauvres de vaccin, les laboratoires alimentent “une crise des droits humains sans précédent”

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Publié le 23 septembre 2021

Alors que les géants pharmaceutiques ont été applaudis pour leur rapidité à produire un vaccin pendant la pandémie de Covid-19, l’ONG Amnesty International les accuse, dans un nouveau rapport, de ne pas respecter les droits humains en fournissant quasi uniquement les pays riches, au détriment des plus pauvres. L’ONG les appelle à changer de cap au plus vite quand certains États, comme l’Inde et l’Afrique du Sud poussent, eux, à une levée des brevets pour une plus grande accessibilité. 

C’est un constat alarmant : sur les 5,76 milliards de doses de vaccins anti-Covid-19 injectées dans le monde, seulement 0,3 % est allé à des pays à faible revenu alors que les Nations Unies ont développé le dispositif Covax qui a pour objectif de garantir l’accès aux vaccins des pays à revenus faibles ou intermédiaires. Et cette situation incombe en partie aux laboratoires, estime Amnesty International dans un nouveau rapport intitulé “Vaccin contre le Covid-19 : une dose d’inégalité”. 

“Vacciner le monde est notre seule voie pour sortir de cette crise. Il devrait être temps de saluer ces entreprises, qui ont créé ces vaccins si rapidement, comme des héros“, a déclaré dans un communiqué la secrétaire générale d’Amnesty, Agnès Callamard. “Au lieu de ça, à leur grande honte et notre chagrin collectif, le blocage intentionnel du transfert de connaissances par Big Pharma et leurs manœuvres en faveur des États riches ont engendré une pénurie de vaccins tout à fait prévisible et tout à fait dévastatrice pour tant d’autres.”

Non-respect des droits humains

Six groupes pharmaceutiques, AtraZeneca plc, BioNTech SE, Johnson & Johnson, Moderna Inc., Novavax Inc. et Pfizer Inc, ont été passés au crible par l’ONG en matière de droits humains, de fixation de prix, de propriété intellectuelle, de partage de connaissances et de technologie, d’allocation de doses et de transparence. Elle a conclu qu'”à divers degrés, les six développeurs de vaccins n’ont pas respecté leurs responsabilités en matière de droits humains”. Or, comme le rappelle Amnesty International, toutes les entreprises ont l’obligation de respecter les droits humains où qu’elles opèrent dans le monde. 

“Il s’agit d’une norme de conduite générale largement reconnue et établie dans les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme des Nations unies et dans les Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)”, note l’ONG dans son rapport. “La responsabilité qu’ont les entreprises de respecter les droits humains est indépendante des obligations propres aux États en la matière et prévaut sur le respect des lois et règlements nationaux qui protègent les droits fondamentaux”, ajoute-t-elle. 

Levée des brevets

D’autant que Pfizer, BioNTech et Moderna prévoient de dégager au total 130 milliards de dollars de profits d’ici à fin 2022, selon Amnesty, pour qui “les bénéfices ne devraient jamais passer avant les vies”. Si la plupart des groupes ont reçu “des milliards de dollars de financements gouvernementaux, les développeurs de vaccins ont monopolisé la propriété intellectuelle, bloqué les transferts de technologie et limité de manière agressive les mesures qui permettraient d’étendre la fabrication dans le monde de ces vaccins”, accuse Amnesty.

L’ONG appelle entreprises et gouvernements à “changer de cap” pour fournir deux milliards de vaccins aux pays à faibles et moyens revenus. Un appel qui intervient au moment où le président américain Joe Biden a annoncé viser un objectif de 70 % de la population mondiale vacciné d’ici un an alors qu’aujourd’hui le taux de vaccination en Afrique ne dépasse pas les 3 %. Une réalité qui pose question quant à la levée des brevets.

“Je pense que les producteurs du vaccin les ont produits avec l’argent de l’État, c’est une question de sécurité pour notre planète”, a plaidé sur France Info Christine Katlama, infectiologue à la Pitié Salpêtrière. Plusieurs pays, dont l’Inde et l’Afrique du Sud, appellent à une suppression temporaire des protections de la propriété intellectuelle pour stimuler la production de vaccins dans les pays en développement, ce à quoi les Big pharma sont farouchement opposés. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP

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