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Crise de l’eau : Dessaler l’eau de mer, un problème plutôt qu’une solution

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Publié le 17 août 2022

ENVIRONNEMENT

Utiliser l’eau de mer comme alternative à la pénurie d’eau douce est une pratique courante dans de nombreux pays. La France, confrontée à une sécheresse historique, commence à s’y intéresser. En Corse et en Bretagne, deux usines sont en installation. Si l’idée semble pertinente, les impacts sur l’environnement peuvent être très nocifs. Toute la semaine, Novethic se plonge dans la crise de l’eau. Eaux usées, méga bassines, toilettes sèches… ces pratiques sont-elles vraiment vertueuses ?                                        

Est-ce la solution miracle ? Alors que la France subit une sécheresse historique, la désalinisation de l’eau de mer est de plus en plus considérée comme une alternative. “Pour l’instant, le climat n’est pas aride en France donc on n’a peu implanté d’usines mais c’est vital d’aller dans ce sens”, préconise le directeur de recherche au CNRS et membre de l’Institut européen des membranes, Mihai Barboiu. Deux villes viennent d’ailleurs de sauter le pas. Il s’agit de l’île de Groix en Bretagne et de Rogliano en Haute-Corse. Face à la pression en eau liée au tourisme et à la sécheresse, une unité de dessalement d’eau de mer temporaire a ainsi été installée à Groix.

“Cette unité est constituée de membranes qui assurent le dessalement de l’eau. Cette technique, aussi appelée osmose inverse, permet de purifier l’eau contenant des matières en solution par un système de filtrage très fin qui ne laisse passer que les molécules d’eau”, explique Lorient Agglomération. En Corse, les enjeux sont similaires. Avec une population qui est multipliée par dix durant l’été, la consommation d’eau explose. “Dessaler l’eau de mer, c’est la seule solution qu’il nous reste, je n’ai pas le choix”, explique le maire de la ville à France Info. 

“La saumure, plus dense, asphyxie les espèces des fonds marins”

Pour Mihai Barboiu, qui travaille justement sur des membranes plus performantes, le dessalement est un choix éminemment politique. “Soit on laisse crever de soif les gens, soit on leur donne à boire. Bien sûr, il y a des inconvénients, mais les techniques s’améliorent”, assure-t-il. Cette pratique est pourtant décriée par de nombreux experts. À commencer par Christophe Mori, maître de conférences et enseignant chercheur à l’université de Corse Pasquale Paoli. “Le dessalement nécessite un procédé très énergivore. Or, sur notre île, on utilise essentiellement des combustibles fossiles”, analyse-t-il. 

L’expert pointe surtout du doigt le rejet de saumure, cette eau de mer très concentrée, “déchet” du procédé de dessalement. En Méditerranée, un litre d’eau contient 37 grammes de sel. Pour la saumure, la quantité monte à 70 grammes. “La saumure est plus dense, elle s’enfonce dans les fonds marins et créé une stratification qui va asphyxier les espèces vivant dans ces fonds”, explique Christophe Mori. “Cela a notamment des répercussions sur l’herbier de Posidonie. Cette plante est un véritable puits de carbone”, ajoute l’enseignant-chercheur

En 2019, des experts des Nations Unies avaient justement alerté sur les effets néfastes du dessalement à travers le monde. L’ONU comptait plus de 15 000 usines de dessalement dont plus de la moitié est concentrée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Au total, 142 millions de mètre cubes de saumure seraient rejetés chaque jour. “Nous subissons déjà la réalité du changement climatique. Le dessalement n’est pas une solution durable. On s’enfonce dans un système de résistance au changement climatique plutôt que de résilience“, rétorque Christophe Mori. “Il faut arrêter le court-termisme et penser à long terme“. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina 

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