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Daniel Farnier : «COVID-19 – Des solutions, pas de polémiques»


Daniel Farnier, vous revenez dans votre ouvrage publié chez les éditions du Panthéon, « COVID-19 – Des solutions, pas de polémiques », sur la crise du COVID-19. Pour quoi autant de polémiques et d’idées fausses répandues selon vous ?
  

Toute crise suscite des angoisses qui nous poussent à chercher des réponses simples. Cela nous rassure. Si quelqu’un nous propose une explication qui nous semble logique, nous sommes prêts à l’adopter sans trop vérifier les faits. Si jamais elle est largement répétée, alors elle devient une vérité admise par (presque) tous.

À partir de là, il devient extrêmement difficile de la remettre en cause. Au contraire on va avoir tendance à considérer tout événement comme une confirmation. Si on considère que le gouvernement a menti, on va le voir comme mentant sur tout.

L’évolution de la société vers plus d’agressivité, le rôle des médias ou le manque de repères transmis par l’école sont souvent présentés comme des explications. Mais l’affaire Dreyfus, et d’autres montrent qu’on n’a pas attendu le 21e siècle pour polémiquer à grande échelle à partir d’idées fausses. Si on peut combattre les polémiques en leur opposant les faits, espérer les faire disparaître me paraît bien présomptueux. Il faudrait changer la nature humaine.

Quelles sont les principales vérités que vous souhaitez rétablir ?  

La liste est trop longue, aussi je vais me concentrer sur une polémique emblématique que l’on peut résumer ainsi : « le pouvoir a nié la pénurie des masques et a expliqué que le port du masque était inutile en population générale uniquement pour cacher cette pénurie dont il était responsable. ».

En vrai, tout est faux.

Le 13 avril 2020, le Président de la République déclarait lors d’une intervention télévisée « Nous n’avons pas pu distribuer autant de masques que nous l’aurions voulu pour nos soignants, pour les personnels s’occupant de nos aînés, pour les infirmières et les aides à domicile. ». Le manque de masques avait donc bien été reconnu par les pouvoirs publics dès le début de l’épidémie. C’est un fait aisément vérifiable, pourtant j’entends encore régulièrement des commentateurs affirmer le contraire.

Le ministre de la Santé a été accusé d’avoir affirmé que le masque en population générale était inutile. En réalité, voici sa véritable position à l’époque : « D’après l’Organisation mondiale de la santé, pour avoir un début de réduction du risque de contamination, il faudrait que 60 % de la population totale porte un masque en permanence. ». Le discours du ministre correspondait à la position de l’ensemble des autorités médicales, pas seulement l’OMS et pas seulement les autorités médicales françaises. Il ne cherchait rien d’autre qu’à faire connaître la vérité médicale du moment.

En 2018, 750 millions de masques étaient disponibles dans le stock national. La quantité était suffisante pour passer correctement la période difficile, celle avant que la France puisse en importer. Malheureusement, plus de 600 millions se sont révélés inutilisables du fait d’un mode de stockage défaillant. Ce n’était pas le gouvernement en place en 2020 qui en était responsable, car les masques avaient pourri bien avant son arrivée au pouvoir.

À partir de 2013, les employeurs des soignants étaient censés stocker des masques permettant de faire face à une épidémie pouvant durer de 8 à 12 semaines. Malheureusement, la consigne avait été extrêmement mal diffusée. C’est pourquoi énormément d’établissements publics de santé et de soignants exerçant en libéral n’avaient pas constitué leur stock. Si la règle avait été correctement expliquée et appliquée, les soignants n’auraient pas manqué de masques. Le dysfonctionnement date de 2013, pas de 2020.

Il est essentiel de prendre conscience que la polémique a gravement discrédité la parole publique, ce qui n’a pas ensuite aidé au démarrage de la vaccination.

Vous tirez de votre analyse des enseignements très concrets. Pouvez-vous en partager quelques-uns ? 

Pour éviter que les masques se détériorent dans leur centre de stockage, on peut mettre en place un stock tournant. Chaque année on utilise une quantité de masques qu’on remplace par des neufs. Mais cela ne peut fonctionner si les intéressés achètent à l’étranger parce que c’est moins cher. Pour l’éviter, il faudra légiférer pour contraindre à acheter dans le stock national.

Les employeurs des soignants auraient dû constituer des stocks de masques, car le Code du travail les rend responsables de la sécurité et de la santé de leurs employés. Mais cette règle concerne TOUTES les entreprises où des travailleurs sont en contact direct avec la population. Je doute que l’ensemble des employeurs concernés en soient actuellement conscients.

Il serait temps de les en informer et de s’assurer que la règle sera respectée dans la durée.
Les complotistes peuvent gagner énormément d’argent grâce à leurs sites internet, car les publicités vues par les visiteurs sont rémunérées.

Des journalistes ont montré que des associations et des ministères financent ainsi des propriétaires de sites complètement en opposition avec leurs propres objectifs. Une association de lutte contre le cancer s’est ainsi retrouvée à subventionner un hurluberlu vantant l’efficacité du jus de carotte pour guérir de la maladie. Il serait temps que les pouvoirs publics réagissent… et montrent l’exemple.

Sommes-nous prêts pour affronter d’autres crises ? 

On en est très loin. Tout d’abord parce que le système de santé est en grande souffrance.
Ensuite, parce qu’on n’a pas mis en place les réponses durables permettant de corriger les faiblesses identifiées lors de la crise. Le stock tournant n’existe toujours pas alors qu’on en parle depuis plus de 10 ans.

Enfin, comme l’a écrit le Haut Conseil de Santé Publique « s’il est indispensable de savoir planifier et prévoir, il est tout aussi important de savoir s’adapter à l’évolution des connaissances au fur et à mesure qu’elles s’accumulent. ». C’est l’évolution des connaissances qui avait conduit les autorités médicales à recommander le port du masque en population générale après l’avoir déconseillé.

Pour être prêt à affronter la prochaine crise, il nous faut donc nous préparer à nous adapter. Les Français ont largement montré leur capacité à le faire, mais il y a des dispositions qui nous permettraient d’être plus réactifs le jour venu. Elles sont de tous ordres et dans de nombreux domaines : réglementaires, organisationnelles, médicales, informatiques, industrielles… Il est urgent de se mettre au travail.
 


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