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Dans la Drôme, les bouteilles s’appellent reviens

Jeudi, « jour de production » à Ma bouteille s’appelle reviens (1). Plus personne dans le petit bureau vitré : tout le monde est réuni devant la chaîne de lavage autour de Sylvain, le responsable d’atelier, qui donne les indications pour la journée de travail. « On va laver des bouteilles de 33 : c’est un peu chiant, car la machine est adaptée aux bouteilles de 75 cl. Il va falloir les surveiller et les redresser. Ensuite, il y aura les bouteilles de lait de la ferme – c’est pas grave si toutes les étiquettes ne partent pas – et celles de jus de fruits. »

Nous nous répartissons le long de la chaîne. Trois jours par semaine, Benjamin est commercial. Aujourd’hui, il gère le passage des bouteilles depuis le tapis roulant jusqu’au bain de lavage. De l’eau soudée à 70° est ensuite injectée dans leur goulot, avant le rinçage. Clémence est chargée de développer le projet et de rechercher des financements. Mais, là tout de suite, elle scrute les bouteilles lavées qui défilent sous ses yeux et prélève celles qu’il faut repasser en machine ou éliminer. Selen, stagiaire en communication, assure le rangement des bouteilles propres sur les palettes. Vonnik et Fabien, salariés en insertion, s’activent avec les transpalettes et viennent en renfort quand c’est nécessaire. Le reste de la semaine, ils assurent la collecte du verre sale et la livraison du propre. Enfin, les visiteuses du jour : nous, Céline et Lisa, en train de charger les bouteilles sales sur le tapis. Nous sommes venues de la coopérative Maison Commune (2), dans les Alpes-de-Haute-Provence, pour voir comment fonctionne Ma bouteille s’appelle reviens, et peut-être nous en inspirer pour mettre en place, chez nous, une filière de lavage.

Une machine à apprivoiser

Clémence nous avait prévenues quand nous avions téléphoné : « On peut vous recevoir, mais en échange d’une journée de travail ou d’une participation financière, car on est débordés ! Beaucoup de porteurs de projets viennent nous voir. » Vas pour une journée de travail ! C’est bruyant, mais ce n’est pas l’usine. Les postes tournent et la chaîne s’interrompt régulièrement, à chaque fois qu’il faut gérer un changement de récipient ou un petit problème technique. Achetée d’occasion en Italie, la machine est apprivoisée par Sylvain, qui trouve comment contourner ses caprices et lui faire laver toutes sortes de bouteilles.

Installée dans la zone artisanale de Chabeuil, près de Valence, Ma bouteille s’appelle reviens est, parmi la nouvelle vague de consigne du verre, la première unité de lavage opérationnelle. « La plupart des collectifs qui viennent nous voir sont sur la fin de l’étude de faisabilité, indique Clémence. Certains ont déjà mis en place une collecte et lavent leurs bouteilles chez nous. Ils viennent des départements voisins et de plus loin : jusqu’à Toulouse ! » Ce fonctionnement provisoire permet aux filières de se construire progressivement. Et si faire parcourir 800 km aller-retour à une bouteille pour la laver n’est pas idéal, c’est déjà mieux que de l’envoyer se faire fondre pendant 24 heures à 1500°, chez un verrier parfois tout aussi lointain…

« D’ici un ou deux ans, il y aura de nouvelles unités de lavage », annonce de toute façon Clémence. En attendant, « on ne marge quasiment pas sur les tarifs aux autres structures : on pense qu’il faut multiplier les projets territoriaux. On ne veut pas d’un acteur hégémonique… » Ces filières associatives et coopératives se soutiennent mutuellement au sein de l’association Réseau Consigne, qui permet de mutualiser les savoir-faire, les outils de communication et les commandes, comme pour les caisses en plastique servant au transport des bouteilles

Quand les start-ups s’en mêlent

En parallèle de ces nouvelles entreprises, il existe quelques vieux acteurs qui ont résisté à la disparition de la consigne. Les brasseurs industriels alsaciens, qui se sont mis d’accord pour utiliser les mêmes bouteilles, n’ont jamais abandonné leur système commun de collecte et de lavage. Dans la Loire, Boutin Services propose aux viticulteurs toute une série de prestations : mise en bouteille, étiquetage, lavage…

Et puis, il y a ceux qui ne jouent pas dans la même cour financière et ont flairé un « marché porteur »… L’entreprise Uzaje a été fondée en 2018 par Emmanuel Auberger, ancien PDG de Saint-Gobain Emballage (revendue à des fonds états-uniens sous le nom de Verralia), l’un des principaux fabricants mondiaux de contenants en verre. À ses côtés, Gonzague Gru, un jeune homme d’affaires qui, à sa sortie de l’école de commerce, a cofondé Agricool, une start-up qui produit des fraises dans des conteneurs à Paris. Après Rennes, Uzaje a ouvert un second centre de lavage en Seine-Saint-Denis, pour lequel il a réuni un million d’euros de financements privés et publics, et l’a inauguré en grande pompe avec Barbara Pompili, ministre de la transition écologique. La start-up, qui se réclame de l’économie sociale et solidaire, s’adresse notamment à la grande distribution, à la restauration collective, et vise « le maillage du territoire français de huit centres de lavages industriels éco-performants d’ici 2022 ».

Avec un investissement de 200 000 euros, dont 60 000 pour la laveuse d’occasion, Ma bouteille s’appelle reviens dispose de moyens beaucoup plus modestes… Elle n’en a pas moins dû convaincre les collectivités locales. Le soutien de la brasserie Pleine Lune, installée juste à côté, a été décisif. « C’est un brasseur reconnu, ça nous a ouvert les portes des institutions, explique Clémence. Aujourd’hui, on est reconnus par l’agglomération “service économique d’utilité générale”. » Pour l’instant, l’association s’autofinance à hauteur de 30 %. Les subventions publiques et les aides de fondations privées, ainsi que la prise en charge d’une partie des salaires des personnes en insertion, font le reste.

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