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Dans un contexte de pénuries, les entreprises engagées sont confrontées à de lourds dilemmes

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Publié le 29 novembre 2021

La désorganisation logistique provoquée par la crise sanitaire, les tensions géopolitiques, les catastrophes climatiques et une flambée de la demande sur des produits en tension provoquent des ruptures d’approvisionnement. Les entreprises les plus engagées sont d’autant plus touchées par ce phénomène mondial que la demande de matières premières durables augmente. Certains groupes sont contraints de reporter des lancements, d’annuler des projets durables ou d’être moins exigeants sur les conditions de production. 

Double peine pour les entreprises qui souhaitent adopter des modes de production plus durables. Dans un contexte mondial déstabilisé aussi bien par la crise sanitaire et ses conséquences que par une reprise de certaines productions plus forte que prévue, les pénuries touchent tous les secteurs ou presque de l’économie. Les marchandises produites dans des conditions durables n’échappent pas à la règle. Elles sont d’autant plus concernées que la demande pour ces biens augmente car de plus en plus d’entreprises engagent leur transition écologique. Résultat, non seulement le prix de ces matières premières durables flambent mais en plus elles deviennent introuvables.

Les composants électroniques sont durement touchés par ce phénomène. Comme tous les fabricants de téléphones, Fairphone, le plus éthique du marché, a été concerné. “Nous subissons une augmentation des coûts des matériaux durables entraînée par la pénurie – que nous surveillons de près“, reconnaît ainsi Tirza Voss, directrice des matériaux et des mines durables. Par ailleurs, les délais de livraison sont plus long. “Cela a entraîné un retard dans le lancement de Fairphone 4, qui était initialement prévu un mois plus tôt“, précise la responsable. Par ailleurs, dans ce contexte si spécifique, la priorité du groupe est de sécuriser l’approvisionnement de certains matériaux indispensables, quitte à devoir revoir sa chaîne de valeur. “Dans le même temps, le fait d’avoir établi une relation à long terme avec des sources/approvisionnements durables nous a également aidés à sécuriser les matériaux“, assure Tirza Voss.

Certains produits agricoles sont également concernés. La situation n’est pas nouvelle mais elle connaît une recrudescence de tensions. Par exemple, le coton bio devient une denrée particulièrement rare. “Le marché du textile durable est en croissance de 8 à 9 % par an mais l’approvisionnement en matières premières ne suit pas“, indique Marcial Vargas, responsable innovation chez Quantis, un cabinet de conseil en environnement. Des marques de textiles sont ainsi contraintes d’annuler des projets de collections durables, faute de matières premières.

Risque sur les conditions de travail des fournisseurs

Les matériaux indispensables à l’électrification des chaînes de production font également face à des ruptures d’approvisionnement. Ainsi, alors que les sociétés sont encouragées de toutes parts à décarboner leur modèle, la conversion au tout électrique est ralenti par la rareté de certaines ressources indispensables, comme le cuivre ou le lithium. “Nous avons méticuleusement choisi nos fournisseurs sur des critères de durabilité mais ils ne peuvent plus suivre nos demandes“, déplore ainsi un responsable d’une grande entreprise française. Face à ce dilemme, le dirigeant reconnaît qu’il pourrait être moins disant sur certaines exigences de son cahier des charges. “Par exemple, peut-être que nous serons moins regardants sur les conditions de travail des entreprises qui nous fournissent les matériaux… “, s’interroge le responsable.

Cette même logique a conduit les États-Unis à réhabiliter certains fabricants qui avaient pourtant fait l’objet d’allégations concernant leurs conditions de travail. Ainsi, depuis la première vague du Covid, le malaisien WRP Glove Company, accusé de travail forcé depuis septembre 2019, a de nouveau pu commercer avec le pays. En effet, face à une pénurie mondiale de gants en caoutchouc, les États-Unis ont considéré que ce fabricant offrait désormais des pratiques de travail acceptables… Dans ce contexte, la loi sur le devoir de vigilance, qui oblige les grandes entreprises françaises à mettre en œuvre des mesures de prévention des atteintes aux droits humains et aux libertés fondamentales, prend tout son sens.

Mathilde Golla @Mathgolla

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