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Depuis un demi-siècle, Total sait qu'il participe au réchauffement climatique mais a sciemment minimisé le danger

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Publié le 20 octobre 2021

ENVIRONNEMENT

Depuis 1971, le géant pétrolier était au courant que ses activités contribuaient au changement climatique. Or, il a semé le doute en finançant des organisations climato-sceptiques, révèle une enquête publiée dans la revue Global Environmental Change, sans modifier sans stratégie. Si Exxon, BP et Shell avaient déjà été mis à jour sur leur lobbying, jamais une telle enquête n’avait visé Total. 

On les appelle les “marchands de doute”. Ceux qui ont pendant des décennies nié les impacts du tabagisme, des pesticides ou même des énergies fossiles. Plusieurs majors pétrolières dont ExxonMobil, BP et Shell ont déjà été accusés d’avoir nié le changement climatique et financé des organisations climato-sceptiques pour instiller “le doute” chez les citoyens. Jamais le géant français Total, renommé récemment TotalEnergies, n’avait été ciblé par de telles accusations. C’est désormais le cas. Un nouvel article scientifique paru ce mercredi 20 octobre dans la revue Global Environmental Change charge lourdement la firme.

Les historiens Christophe Bonneuil et Benjamin Franta ainsi que le sociologue Pierre-Louis Choquet,  démontrent ainsi comment la major pétrolière avait connaissance des conséquences néfastes de ses activités pour le climat dès 1971. Cette année-là, elle écrit dans sa revue d’entreprise : “Si la consommation de charbon et de pétrole garde le même rythme dans les années à venir, la concentration de gaz carbonique pourrait atteindre 400 parties par million vers 2010 (…) Cette augmentation de la teneur est assez préoccupante : en effet, le gaz carbonique joue un grand rôle dans l’équilibre thermique de l’atmosphère”.

“Se préparer à se défendre”

Un message clair qui est porté dans une revue lue “par les cadres, les employés et les partenaires commerciaux“, notent les auteurs de l’étude. L’article figure d’ailleurs dans un numéro spécial consacré à l’environnement dont l’éditorial est signé de la main du PDG de la major pétrolière. Et cette alerte n’est pas la seule à émerger. “La question se répand dans les milieux des décideurs”, indique le rapport. Pour autant, le groupe a passé ce sujet sous silence, relèvent les chercheurs. 

Pire, au milieu des années 80, le géant américain Exxon, via l’Association environnementale de l’industrie pétrolière, mène une campagne internationale des groupes pétroliers pour “contester la science climatique et affaiblir les contrôles sur les énergies fossiles“. Bernard Tramier, directeur de l’environnement chez Elf puis Total de 1983 à 2003, cité dans l’article, raconte avoir été informé de l’importance du réchauffement climatique lors d’une réunion de l’IPIECA en 1984. Deux ans plus tard, il alerte le comité d’exécutif d’Elf, disant : “il est donc évident que l’industrie pétrolière devra une nouvelle fois se préparer à se défendre”. 

S’adapter à l’époque 

“La nouveauté est qu’on pensait que seul Exxon et les groupes américains étaient dans la duplicité. On s’aperçoit que nos champions pétroliers français ont participé à ce phénomène au moins entre 1987 et 1994”, explique à l’AFP Christophe Bonneuil, parlant d’une “fabrique de l’ignorance”. Parallèlement Total et Elf ont fait “pression, avec succès, contre les politiques qui visaient à réduire les émissions de gaz à effet de serre”, tout en cherchant à se doter d’une crédibilité environnementale à travers des engagements volontaires, avance l’étude de mercredi.

À la fin des années 1990, l’approche des pétroliers change. Alors que les experts climat de l’ONU, le Giec, publient leur premier rapport que le sommet de la Terre à Rio en 1992 débouche sur l’adoption de la Convention cadre des Nations-unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et le protocole de Kyoto en 1997, il devient impossible pour l’industrie pétrolière de remettre en cause publiquement le changement climatique. Désormais, Total reconnaît la réalité du phénomène et “commence à promouvoir une division des rôles entre la science et les affaires, où la science décrit le changement climatique et les entreprises prétendent le résoudre“, revendiquant ainsi sa légitimité à influer sur les politiques publiques et des entreprises et mettant en avant sa “transition énergétique”.

Dans une réponse transmise à l’AFP avant la publication de l’article scientifique, le groupe déclare: “La connaissance qu’avait TotalEnergies du risque climatique n’était en rien différente de la connaissance émanant de publications scientifiques de l’époque. “Les dirigeants de Total (…) reconnaissaient l’existence du changement climatique et le lien avec les activités de l’industrie pétrolière” et depuis 2015, la société a pour objectif “d’être un acteur majeur de la transition énergétique”, poursuit-il.

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