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Des livreurs à vélo dans les rues inondées, symbole d’un modèle défaillant

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Publié le 24 septembre 2021

À Montpellier après des inondations, à New York après l’ouragan Ida… les mêmes scènes de livreurs à vélo bravant les intempéries pour réaliser leurs courses ont été filmées provoquant un tollé sur les réseaux sociaux. Si les consommateurs commandant un repas en pleine tempête sont pointés du doigt, c’est surtout le modèle des plateformes de livraison comme Uber Eats ou Deliveroo qui est questionné. En ne salariant pas les livreurs, ces derniers n’ont aucune protection sociale, au risque de se mettre en danger. 

C’est une image qui est devenue virale. À Montpellier, le 15 septembre, alors que le département subit des pluies historiques, le journaliste local Yann Voldoire filme un livreur portant un sac Uber Eats dont les roues du vélo sont à moitié immergées dans l’eau. Sur les réseaux sociaux c’est l’indignation. “Il y a des gens suffisamment monstrueux et égoïstes pour faire bosser un livreur à vélo en pleine inondation ?”, s’interroge un internaute. “C’est honteux, lors d’événements météorologiques majeurs, il faudrait interdire le déplacement des livreurs à vélo”, renchérit un autre.

Contacté par Novethic, Uber Eats affirme avoir envoyé un message aux livraisons vers 16 heures les “invitant à faire preuve d’une grande prudence s’ils souhaitaient effectuer des livraisons. Compte tenu des fortes chutes de pluie qui se sont abattues sur Montpellier dès 20 h 30, nous avons pris la décision de fermer l’application”, plaide la plateforme. Mais cette scène est loin d’être la première du genre. À New York, début septembre, alors que des pluies diluviennes se déversaient sur la ville dans le sillage de l’ouragan Ida, une vidéo d’un livreur immergé dans l’eau a également fait le tour des réseaux sociaux.

De “l’esclavage moderne”

Alors que l’Ouragan Ida a provoqué au moins 44 décès dans la mégalopole économique et culturelle, le maire de la ville, Bill de Blasio, a déploré un “évènement météorologique historique” et appelé les habitants à rester chez eux. “Amis New Yorkais, s’il vous plaît, arrêtez de commander de la nourriture. Ce sont des conditions dangereuses. Les eaux de crue contiennent des eaux usées et les gens ne devraient pas y pénétrer à moins qu’il ne s’agisse d’une urgence”, prévenait sur Twitter l’avocate Eliza Orlins le 2 septembre. Si la responsabilité des consommateurs passant la commande est pointée du doigt, c’est aussi celle des plateformes de livraison qui l’est. “Ces photos, à Montpellier et à New York, expriment toute la précarité des livreurs et l’impunité des plateformes”, fustige la députée européenne France insoumise Leïla Chaibi. 

Les livreurs travaillant avec les plateformes de livraison comme Deliveroo ou Uber Eats ne sont pas salariés mais indépendants. Or ce statut est de plus en plus remis en question. “Les plateformes se sont engouffrées dans la brèche du travail indépendant alors qu’elles ont une relation de subordination avec les livreurs. Si, aujourd’hui, on retrouve un livreur, mouillé jusqu’au nombril en pleine tempête c’est parce qu’il n’a pas de protection sociale et qu’il ne peut pas se permettre de rater une commande, c’est de l’esclavage moderne“, dénonce l’eurodéputée. 

Mais ce modèle économique est en péril. Partout en Europe, plusieurs affaires pourraient faire jurisprudence. En France, Deliveroo et trois de ses anciens dirigeants viennent d’être renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour travail dissimulé. En Espagne, une nouvelle loi vient d’introduire la présomption de salariat. En clair, ce ne sera plus aux livreurs de prouver qu’ils sont, dans les faits, salariés des plateformes s’ils veulent que leur statut soit requalifié par la justice mais aux plateformes de démontrer qu’ils sont indépendants. Le groupe britannique Deliveroo a d’ores et déjà menacé de mettre fin à ses activités en Espagne en raison de cette loi. 

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