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Des pêcheurs portent plainte contre la construction du parc éolien de Saint-Brieuc, accusé de dégrader la biodiversité

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Publié le 31 août 2021

ENVIRONNEMENT

Une plainte a été déposée le 27 août contre la construction d’un parc éolien offshore au large de Saint-Brieuc par le comité des pêches des Côtes d’Armor. Les pêcheurs craignent que leur activité soit menacée par le projet et dénoncent les risques pour la biodiversité. Le parc de Saint-Brieuc s’inscrit dans la stratégie française de développer les énergies renouvelables. Mais alors que le pays possède la deuxième surface maritime mondiale, l’éolien offshore peine à émerger. 

Les contestations durent depuis près de dix ans. Le comité des pêches des Côtes-d’Armor a déposé plainte contre le projet de construction du parc éolien en baie de Saint-Brieuc pour pollution et atteintes à l’environnement. Le chantier, confié à la société Ailes Marines, a débuté en mai. La plainte pénale, “la première à porter sur l’intégralité du projet” selon le communiqué, reproche à Ailes Marines de “détruire, altérer et dégrader la biodiversité” et regrette “une logique de minimisation des conséquences sur la faune et la flore marine“. Les avocats dénoncent l’absence de concertation préalable des associations de protection de l’environnement, l’inachèvement des études d’impact ainsi qu’un manque de suivi des éventuelles nuisances depuis le début du chantier.

Le comité a également déposé plainte pour “rejet de substance polluante” alors que deux épisodes de rejets de fluides hydrauliques par le bateau de forage ont été identifiés les 14 juin et 28 juillet. Dans un courrier adressé au préfet maritime de l’Atlantique, les avocats demandent l’immobilisation du navire qui, selon eux, a été réautorisé le 18 août à reprendre le forage.

Une opposition de longue date

Depuis l’annonce du projet en 2012, pêcheurs et associations environnementales, dont Sea Sheperd, sont mobilisés pour mettre fin au projet et questionnent notamment le choix du site. Alors que la partie sud de la baie est une réserve naturelle, le parc de 62 éoliennes doit s’étendre à 16 kilomètres de la côte où évoluent de nombreuses espèces protégées, dont certaines en danger critique d’extinction comme le Puffin des Baléares. La baie de Saint-Brieuc constitue également le principal gisement de coquilles Saint-Jacques en France et les pêcheurs s’inquiètent de la poursuite de leur activité.

Les détracteurs pointent du doigt la destruction des habitats par les forages, et la fuite des espèces marines par le bruit généré. La pollution sonore est notamment suspectée de perturber le système d’écholocalisation de certains animaux, comme les dauphins. Dans un rapport publié en 2008, l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer) observe cependant que l’installation de structures en mer peut “créer un effet “récif”, et favoriser la présence de poissons, voire la constitution d’écosystèmes“.

Face aux incertitudes, les opposants au projet appellent à la prudence. Preuve supplémentaire pour les pêcheurs et les ONG que le site n’a pas été suffisamment étudié : toutes les tentatives de l’entreprise Ailes Marines, filiale du groupe espagnol Iberdrola, ont jusqu’alors échoué. Le plancher marin dans la baie est l’un des plus dur d’Europe, et les têtes de forages s’y sont brisées une à une. L’entreprise a été contrainte de déplacer le chantier.

La France en retard

Le parc de Saint-Brieuc s’inscrit dans la stratégie française de développer les énergies renouvelables, pour atteindre 40% de production d’électricité verte en 2030. L’éolien offshore est un formidable levier pour atteindre cet objectif : la France détient la deuxième surface maritime mondiale. Mais malgré ce potentiel, le pays est à la traîne par rapport à ses voisins européens.

Alors que l’éolien en mer représente 19% de la production d’électricité au Pays-Bas et 11% au Royaume-Uni, la France ne compte qu’une seule éolienne en phase de test, et une dizaine de projets en cours. Pour combler ce retard, le premier ministre Jean Castex a annoncé le 28 août un nouveau chantier au large de la Normandie, aux côtés du projet existant à proximité de Barfleur. Afin de limiter les inquiétudes, le ministre a assuré que le nouveau projet “inclura un nouvel observatoire national de l’éolien en mer” pour “mettre à disposition de tous la synthèse des connaissances scientifiques disponibles sur les effets des parcs éoliens en mer sur la biodiversité”.

Pauline Fricot, @PaulineFricot avec AFP

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