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Des pressions étatiques minorent le développement, par Bernard Landais


Les pressions sont des rationnements effectifs qui s’exercent sur toutes les variables élevant la production, l’utilité, le développement ou interfèrent dans leur combinaison. La « pression passive » ou « d’abstention » a déjà été signalée en voyant qu’en de nombreux cas, l’utilité des individus est réduite parce que l’Etat refuse de prendre sa part de l’effort de transmission d’une ou plusieurs des cultures humaines impliquées positivement dans le développement. La fiscalité a été abondamment citée à propos du PIB et de sa croissance et elle ampute aussi le revenu disponible quand les ménages consomment et transmettent leur patrimoine. Sa justification principale est sans doute de fournir des recettes à l’État mais elle n’en demeure pas moins une pression.
 
Y compris dans ce cas et principalement pour les taxes indirectes, les pressions sont exercées très souvent de façon active parce qu’on pense que la liberté des agents les conduiraient à adopter d’autres comportements que ceux que les chefs publics leur prescrivent au nom de leur « mission » ou de leur intérêt propre. Il s’agit d’un processus d’ingérence qui écarte le groupe de sa position optimale spontanée. En principe, le suffrage démocratique devrait réduire l’ampleur et la portée de l’ingérence en exprimant légalement la résistance des individus, mais c’est de moins en moins vrai en pratique hors les cas de démocratie directe « à la suisse »; même dans ces situations de bonne démocratie, il reste que les pressions limitent l’utilité d’un grand nombre de gens par la tyrannie de la majorité et l’instrumentalisation du droit que redoutait déjà Tocqueville.
 
Qui exerce les pressions ? C’est l’Etat et ses agents : armée, policiers, agents des collectivités publiques ainsi que les élus et fonctionnaires locaux ou internationaux (Europe par exemple). Les pressions passives ou actives s’exercent aussi par les médias, les GAFA, le voisinage, les autorités religieuses, les associations, parfois les syndicats, les entreprises et les activistes ; de surcroît, les groupes militants cherchent à inspirer des lois et des règlements qui leur conviennent. Ces acteurs de droit privé ont en principe besoin du pouvoir coercitif ou du laisser-faire de l’Etat pour « punir » les contrevenants. Les pressions qu’ils exercent sont donc souvent passives, par leur propagande, et indirectes, mais elles prennent parfois la forme directe de l’intimidation. Jusqu’ici, le caractère public des pressions était le plus généralement avéré mais on observe depuis peu une recrudescence de pressions émanant des groupes capitalistes mondiaux (Big Data, Big Pharma, Big Finance…) pratiquant une sorte de socialisme privé à l’échelle planétaire.
 
Les pressions existent sous toutes les latitudes et à toutes les époques mais la forme qu’elles prennent est différente d’un pays à l’autre. La plupart du temps, les prescripteurs de pressions se retranchent derrière l’idée de vouloir le bien de ceux qui les subissent. Les dirigeants du monde écartent la dictature « nue » et se parent de la vertu de bienveillance. Ils exercent donc les pressions au motif d’un bien-être immédiat ou d’un mal futur hypothétique et se contentent rarement d’être les interprètes d’une volonté authentiquement populaire. Tous les efforts de propagande visent à faire apparaître alors le futur probable comme terrifiant : urgence climatique, menace terroriste, danger populiste, surpopulation…, donnant ensuite prétexte à des gesticulations publiques contraignantes, des obligations et interdictions supplémentaires, très souvent inefficaces d’ailleurs.
 
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Par ailleurs, beaucoup de gouvernements contemporains (en Occident, en Chine et un peu partout…) se sont rendu compte qu’il est beaucoup plus facile d’exercer les pressions sur les individus dans la sphère de la vie privée. Ils évitent ainsi des effets négatifs immédiats sur la croissance économique et se mettent à l’abri des révoltes de ceux qui ont de réels moyens de réaction, comme les acteurs du monde de la production : entreprises, syndicats et organisations professionnelles.
 
Les individus sont plus isolés et vulnérables, souvent incapables de se défendre efficacement1. C’est la raison du déplacement des pressions vers la sphère de l’utilité privée et du développement. Dans cette sphère, des individus sont par ailleurs nombreux à être épargnés et le réseau des privilégiés ainsi mis en place est un moyen supplémentaire de contrôle. Comme à l’école primaire d’autrefois, on a des systèmes « punitions-récompenses » à base de points en plus ou en moins, systèmes axés sur l’objectif de soumission, formelsou informels.
 
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Les pressions sont très inégalitaires : elles appauvrissent les pauvres, comme dans l’exemple chilien mais ce n’est pas tout. Elles sont aussi largement plus liberticides vis à vis des citoyens ordinaires3. La répression routière, menée sous le prétexte de sécurité ou plus récemment sous celui de l’écologie, ne gêne guère les élites mondialisées mais devient progressivement insoutenable pour une grande partie du peuple. Cette différence est telle que même les Parisiens les mieux intentionnés à l’endroit des « gilets jaunes » et les partis cherchant à récupérer leur combat n’y ont perçu qu’une revendication sociale, qu’ils comprennent, sans remarquer la révolte contre des privations quotidiennes de liberté et des menaces qu’ils n’imaginent pas. Les 80 kms/heure, d’ailleurs finalement maintenus en France malgré les promesses, ne gênent guère les urbains…
 
La répression routière commencée vers 1975, a été le galop d’essai, une répétition générale de l’Etat, vis-à-vis des libertés des individus. Après plusieurs décennies et couronnée d’un « succès » de conformisme, elle a surtout révélé l’extrême passivité des citoyens face aux premières mesures liberticides… et encouragé les suivantes ! Les règlements qui restreignent l’accès des grandes agglomérations à des véhicules « non polluants » et en pratique électriques sont une prochaine étape vers des îlots de liberté réservés aux riches4. La pollution correspondante, parfois considérable, est rejetée en amont sur les pauvres des pays producteurs de matières premières nécessaires ou sur les amoureux des paysages agressés par l’éolien. Mais les riches urbains n’en ont cure, du moins tant qu’on n’aura pas remplacé le Champ de Mars par un champ d’éoliennes…

 


En France, quelques exceptions comme « Chasse, Pêche, Nature et Traditions » ou quelques associations de défense des automobilistes. Elles agissent par des pétitions et le relais parlementaire, des actions assez faciles à ignorer ou en temps normal.
Formels de plus en plus, comme en Chine et maintenant les « pass » sanitaires.
Ce ne sont pas les riches qui sont obligés de vivre dans les quartiers des villes non nettoyés ou infestés de rats depuis l’interdiction des produits chimiques efficaces…
Lors d’un voyage à Pékin, j’avais été frappé par la mise en place de ghettos pour riches, surveillés par des polices privées. Nous y venons de plus en plus en Occident, en violation de la tradition de convivialité qui est l’une des composantes de notre art de vivre.

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